José Arturo Quarracino (né à Buenos Aires en 1953) est un universitaire argentin, et le neveu du cardinal Quarracino, primat d’Argentine jusqu’en 1998, et prédécesseur de Jorge Bergoglio dans ses fonctions. The Wanderer publie une partie de l’interview qu’il vient d’accorder à Gloria.tv. On y assiste, stupéfait, à la transformation d’un modeste prêtre effacé et pieux (c’est du moins ainsi que le voyait le naïf cardinal Quarracino) en un intrigant habile à naviguer dans toutes les eaux et sans pitié pour ses ennemis. Marco Tosatti en donne une version en italien, légèrement différente, avec des réponses pas dans le même ordre, et surtout plus complète. Il y a notamment une longue digression sur le péronisme, et ce que François doit à ce mouvement…

Qui est Bergoglio? Entretien avec José Quarracino (extraits)

http://caminante-wanderer.blogspot.com/2022/01/quien-es-bergoglio-entrevista-jose.html

Bergoglio était loin de Buenos Aires lorsque Quarracino l’a nommé évêque auxiliaire…

C’est exact. En 1992, Bergoglio avait été  » exilé  » par la Compagnie de Jésus dans la province de Cordoue, assigné là pour le tenir éloigné de Buenos Aires, où il avait servi Provincial de la Compagnie pendant plusieurs années. La fin de son mandatfut marquée par une grande division interne entre pro- et anti-Bergoglio.

Pourquoi votre oncle a-t-il choisi Bergoglio ?

Mon oncle l’avait rencontré en 1973 ou 1974 lorsqu’il était Provincial, mais la personne qui lui a parlé pour le « sauver de son exil » était l’un de ses professeurs dans la Société, le père Ismael Quiles SJ, un saint prêtre. A l’époque Bergoglio passait un très mauvais moment, tant sur le plan mental que psychologique. C’est pourquoi mon oncle a demandé au Saint-Siège de le nommer évêque auxiliaire – alors qu’il en avait déjà d’autres. Dans le livre d’Austen Ivereigh, The Great Reformer, on trouve un récit détaillé de comment mon oncle a dû se battre pour que le Saint-Siège fasse de Bergoglio un évêque.

Vous dites donc que Bergoglio a été nommé évêque « par compassion » ?

D’une part, mon oncle connaissait suffisamment bien le père Ismael Quiles et il l’appréciait beaucoup, car – comme je l’ai déjà dit – c’était un excellent prêtre et un jésuite exemplaire. Et au-delà du conflit interne avec la Compagnie de Jésus, Bergoglio présentait l’image d’un homme pieux, très ignatien, avec une vie très austère, développant beaucoup de sympathie avec ceux qui, comme on dit en espagnol, « lui plaisaient ». Cette nomination a également résolu le grand problème de Bergoglio, à savoir le terrible conflit interne qu’il vivait avec nombre de jésuites qui avaient été ses amis et avec lesquels il pris ses distances.

Savez-vous pourquoi Bergoglio a produit une telle scission en tant que provincial jésuite ?

Je ne connais pas les détails, mais vu de loin, je pense que c’est sa personnalité psychologique qui l’a mis en conflit avec ses frères, parce qu’il a toujours aspiré au pouvoir, et le moyen qu’il a trouvé pour réaliser ce désir était de s’appuyer fortement sur les prêtres plus jeunes et les novices, et pas tellement sur les prêtres adultes et plus âgés. Ce que l’on a appris, c’est que lorsqu’il a cessé d’être provincial pour des raisons statutaires, il est en fait resté actif comme s’il l’était encore, sapant l’autorité des nouvelles autorités, tant à la direction de la Compagnie qu’à la faculté de théologie où les jésuites étaient formés, dans la ville de San Miguel, siège historique de la Compagnie de Jésus.

Quel genre d’impression Bergoglio a-t-il laissé en tant qu’évêque auxiliaire ?

En tant qu’évêque auxiliaire, Bergoglio a su gagner l’affection et l’estime d’une grande partie du jeune clergé de l’archidiocèse, avec sa simplicité, sa piété, son accompagnement et sa gestion psychologique, qu’il a exercée comme peu d’autres, souvent pour le meilleur, et dans certains cas pour le pire. Avec ceux qui tombaient en disgrâce auprès de lui, il était souvent très dur, voire cruel. Et il mettait subtilement le clergé adulte « de côté » afin de promouvoir ses amis et ses jeunes protégés.

En tant qu’évêque auxiliaire, Bergoglio différait-il de Bergoglio en tant que provincial ?

En général, il ne gardait pas autant de visibilité et n’avait pas autant de responsabilités exécutives que lorsqu’il était provincial, mais il avait parfois des attitudes qui attiraient beaucoup l’attention, comme celle de couper tous les liens avec quelqu’un et pour toujours, sans que l’évêque disgracié ne sache souvent ce qu’il avait fait de mal.

Le cardinal Quarracino s’entendait-il bien avec son évêque auxiliaire ?

Je dirais très bien. Mon oncle l’aimait beaucoup et, dans sa posittion, Bergoglio lui a été d’une grande aide, surtout dans le travail pastoral, lorsqu’il a commencé à souffrir de maladies qui limitaient sa mobilité (pendant deux ans, il n’a pas pu marcher et a vécu dans un fauteuil roulant, et un jour – miraculeusement – il a retrouvé la mobilité de ses jambes).

N’y avait-il pas d’autres évêques auxiliaires ?

Sii, au cours des dernières décennies, l’archidiocèse a toujours eu plusieurs évêques auxiliaires, car bien qu’il s’agisse d’un petit territoire, il compte environ trois millions de personnes, 251 paroisses, 54 congrégations masculines et 121 congrégations féminines, des zones résidentielles et d’autres à l’habitat précaire, etc. L’archidiocèse était alors divisé en quatre vicariats, avec leurs évêques auxiliaires respectifs. Il était impossible de ne pas avoir 4 ou 5 évêques auxiliaires pour s’occuper d’un archidiocèse de cette taille.
Dans ce contexte, Bergoglio a su se démarquer des autres évêques jusqu’à être nommé vicaire général de l’archidiocèse et, dans les dernières années de la vie de mon oncle, il est devenu évêque coadjuteur avec droit de succession (ce qui signifie qu’à la mort de mon oncle, il prenait immédiatement la relève comme nouvel archevêque).

Comment avez-vous perçu Bergoglio en tant qu’évêque auxiliaire ?

De 1995 à 2002, j’ai travaillé dans le cercle de Bergoglio, à la fois comme évêque auxiliaire et comme chancelier de l‘Universidad del Salvador, où je travaillais. À cette époque, il cultivait un profil très jésuite, très pieux, très pastoral. Mais il a maintenu une opposition très forte avec la Compagnie de Jésus, au point que lorsqu’il est devenu évêque, l’Ordre a dû nommer un prêtre colombien, le père Álvaro Restrepo, comme provincial, car aucun des jésuites argentins ne s’entendait bien avec Bergoglio. Ce fut une affrontement « à mort », comme on a l’habitude de dire en Argentine.

Était-il un « conservateur » ?

Sur le plan doctrinal, Bergoglio a cultivé un profil orthodoxe, avec de nombreuses touches jésuites. Sur le plan pastoral, il a eu tendance à mettre l’accent sur l’attention portée aux problèmes sociaux et à la prise en charge des enfants et des familles. Et le service des pauvres comme priorité, avec beaucoup de permissivité et de laxisme en matière liturgique et sacramentelle.

Lorsque Bergoglio a remplacé votre oncle comme archevêque de Buenos Aires, avez-vous ressenti un changement ? Quel souvenir gardez-vous de son séjour à Buenos Aires ?

Il y a eu un changement total dans sa façon de procéder. Il a d’abord pris soin de se débarrasser de ceux qui avaient été d’excellents collaborateurs de mon oncle, comme Mgr José Erro, recteur de la cathédrale de Buenos Aires et saint prêtre, à qui il a demandé par téléphone de démissionner de son poste et de prendre sa retraite. Sans aucune forme de considération ou de remerciement. Je pense qu’il a agi ainsi pour faire savoir au clergé de Buenos Aires que la direction de l’archevêché allait changer radicalement, balayant tout ce qui signifiait la continuité avec la période précédente, tout en prenant soin de maintenir quelque chose de l’héritage de mon oncle.

Ainsi, l’aimable évêque auxiliaire est soudainement devenu un archevêque revêche? Qu’est-ce que les gens ont dit à ce sujet ?

Ce qui a choqué et déstabilisé beaucoup de gens, c’est que dans presque toute son expérience d’archevêque titulaire, il a presque toujours présenté un visage renfrogné, amer, triste, une « face de vinaigre » comme il le disait parfois à certaines religieuses et à des chrétiens « traditionalistes » ou « orthodoxes ». Il était très impressionnant de voir ce visage si « distant » des autres dans les célébrations liturgiques ou sacramentelles, totalement dépourvu de joie lorsqu’il célébrait l’Eucharistie, comme cela s’est produit dans ses célébrations en tant que Pape. Personne ne pouvait expliquer la raison de cette façon d’agir et de se présenter, qui était très blessante pour certains.
En revanche, il est très frappant de constater qu’après avoir été élu pape, il a commencé à montrer le visage joyeux et jovial qu’il n’avait pratiquement jamais eu à Buenos Aires. Au point que certains se sont demandés si ce n’était pas son ambition inassouvie – devenir pape – qui le motivait au final.

Comment Bergoglio a-t-il gouverné à Buenos Aires?

Il a commencé à avoir une relation très distante en général avec tous ceux qu’il ne connaissait pas et qui ne faisaient pas partie de son cercle d’amis. Jusqu’à ce qu’il devienne pape, les commentaires des fidèles de l’archidiocèse sur le visage colérique qu’il montrait toujours dans chacune de ses activités publiques étaient monnaie courante. Un prêtre en qui il avait confiance, un curé de paroisse, lui a demandé – en plaisantant mais aussi sérieusement – de ne plus faire de visites pastorales s’il allait montrer ce que Bergoglio lui-même a appelé « une face de vinaigre ».

S’est-il lui-même qualifié de « face de vinaigre » ?

Il ne s’y référait presque jamais et n’en parlait pas. Il a commencé à utiliser cette expression en public lorsqu’il est devenu pape.

Y avait-il, à cette époque, des preuves que le Bergoglio orthodoxe était devenu hétérodoxe ?

Pas dans les premières années, mais au fil du temps, il a commencé à montrer des signes d’un certain « relâchement », pas tant dans ce qu’il disait que dans ce qu’il faisait, comme s’il s’agissait de dérapages ou d’attitudes voyantes.
Mais il a vraiment commencé à montrer son comportement hétérodoxe un an et demi après sa prise de fonction comme archevêque à part entière, après la mort de mon oncle (28 février 1998). C’était une semaine avant l’ouverture officielle de l’année jubilaire 2000, à Noël 1999. Ce jour-là, le 18 décembre 2000, Bergoglio a convoqué l’archidiocèse de Buenos Aires pour célébrer la « messe du millénaire » (et non du jubilé), qui n’avait bien sûr rien à voir avec la célébration de l’Église universelle, anticipant l’initiative papale.

Pourquoi cela ?

La seule explication que je puisse trouver aujourd’hui est qu’il l’a fait pour montrer au « monde du pouvoir » qui dirige réellement le monde – la ploutocratie mondialiste – qu’il était suffisamment indépendant pour agir indépendamment de l’Église universelle, mais en veillant aux formes. Ce n’est pas un hasard s’il a été le candidat du progressisme ecclésiastique pour succéder à Jean-Paul II en 2005, contre Ratzinger.

Quelle était la stratégie de Bergoglio en tant qu’archevêque ?

Pendant son mandat à Buenos Aires, il est devenu célèbre parce que personne ne savait ce qu’il pensait vraiment, puisqu’il disait toujours à chaque interlocuteur qui lui rendait visite ce qu’il voulait entendre. Et il était également connu parce qu’il commençait à mettre les prêtres plus âgés ou adultes au second plan ou à les ignorer directement, afin de mettre en avant les jeunes prêtres qui avaient une grande dévotion pour lui. Et de façon très voyante, il a imposé aux séminaristes de l’archidiocèse une loi leur interdisant de porter la soutane, tant à l’intérieur de la maison d’études que dans leur travail pastoral extérieur.

Sur le plan social ?

Sur le plan social, il a accordé une importance croissante au travail de proximité dans les bidonvilles urbains, comme ce qu’il a appelé plus tard « l’Église en marche », mais avec la recommandation – ou l’exigence – de ne pas insister sur la formation sacramentelle et la prédication.

Au niveau politique ?

Sur le plan politique, il a cultivé des relations avec pratiquement tout le spectre politique de l’archidiocèse, sans s’engager dans un secteur particulier. En ce sens, la confrontation qu’il a eue avec le président de l’époque, Néstor Kirchner, a été très marquante pour beaucoup, probablement parce qu’il s’agissait de personnalités presque identiques, qui prétendaient avoir tout le pouvoir entre les mains, ou presque.

Quelle était la stratégie derrière cela ?

Probablement d’accumuler le plus de pouvoir possible, afin de ne pas avoir à dépendre de quelqu’un ou d’une force ou d’un secteur particulier.

Comment a-t-il géré les finances ?

En ce qui concerne les finances, je n’ai presque rien à dire, car je n’ai pas eu accès à ce genre d’informations. Je peux juste vous dire qu’il a commencé à encercler et à coincer les ordres et les congrégations les plus orthodoxes, d’une part à cause de leur fermeté doctrinale (qui était pour lui une « dureté »), et d’autre part parce que ces ordres avaient souvent un patrimoine important.

Comment le séminaire de Buenos Aires s’est-il développé sous la direction de Bergoglio ?

D’après ce que je sais, grâce au témoignage de certains séminaristes qui ont été contraints d’aller dans un autre diocèse, le séminaire – à l’époque l’un des plus importants du pays en termes de formation académique – a commencé à baisser le niveau d’exigence de la formation doctrinale et théologique, pour mettre l’accent sur la formation à l’action pastorale, quoi que cela signifie, avec pour résultat que les nouveaux prêtres se caractérisent de plus en plus comme des agents d’assistance sociale, à quelques exceptions près, mais avec peu ou pas de formation doctrinale, théologique ou intellectuelle.
En ce sens, l’une des initiatives prises par Bergoglio en tant qu’archevêque à part entière a été, comme je l’ai mentionné précédemment, d’interdire aux séminaristes de l’archidiocèse de porter la soutane, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du séminaire. Ce qu’il a également fait à Rome, en tant qu’évêque de Rome.

Certains disent que le cardinal Bergoglio est coupable de « couvrir des cas d’abus homosexuels ». C’est vrai ?

Malheureusement, oui, souvent parce qu’il s’agissait de personnes proches de lui. Le cas d’un prêtre de son entourage intime, connu pour avoir des penchants homosexuels, qu’il a « aidé » en l’envoyant à Rome quelques années avant qu’il ne devienne pape, a été très commenté, entre autres, parce qu’il lui a permis de connaître de nombreuses intimités du Saint-Siège, sentant – ou sachant – qu’il pouvait arriver là où il est arrivé [ndt: s’agit-il de Mgr Pedacchio, cf. http://benoit-et-moi.fr/2013-III/actualites/les-nominations-de-franois.html]. Il ne faut pas oublier que ces types de personnalités ont tendance à être très prédisposées à porter et à rapporter des informations de toutes sortes. Des informations que l’archevêque d’alors aimait avoir sous la main et connaître.

Avez-vous également des informations de première main sur ces affaires ?

Oui, et j’ai pu le vérifier personnellement. En avril 2001, quelques mois après sa création en tant que cardinal, une personne travaillant à l’Universidad del Salvador, dont il était non seulement le grand chancelier mais aussi le grand contrôleur, lui a apporté la preuve qu’une personne très proche du nouveau cardinal, qui non seulement travaillait à l’université mais était aussi un fonctionnaire de l’État, avait distribué des photos pornographiques à des membres de l’université pour s’amuser. En conséquence, le proche collaborateur de Bergoglio a continué à travailler sans problème pendant plusieurs années encore, et la personne qui l’a mêlé à cette « affaire » a été licenciée sans motif de l’université quelques mois plus tard.

On dit que le cardinal Bergoglio avait des secrétaires qui avaient l’habitude d’assister à la messe à la Fraternité Saint-Pie. Bergoglio a également semblé défendre Pie X. Comment cela s’inscrit-il dans l’image du François liberal ?

Il a toujours été caractérisé par le fait de jouer avec les contraires, passant d’un extrême à l’autre : un jour, il est orthodoxe – devant un groupe de médecins catholiques ou devant des micros, il condamne l’avortement de vive voix, le décrivant comme un acte exécuté par un tueur à gages – et le lendemain, il reçoit et fait l’éloge d’Emma Bonino, ou de la présidente argentine, avorteuse avouée, et l’autorise à participer à une messe célébrée sur l’autel à côté de l’urne contenant les restes de saint Pierre.

Qui peut comprendre cela ?

Cela a toujours été le jeu de Bergoglio, un jeu de ruse, pas de sagesse, parce que c’est un moyen qui lui permet de ne pas être catalogué et, en même temps, qui lui permet de garder l’initiative. Bien qu’il s’agisse finalement d’une ruse de vol court, comme celui des poulets.

En tant que pape, François s’est révélé être très pro-homosexuel. Cela était-il visible lorsqu’il était cardinal ?

Pour autant que je sache, l’attitude gay-friendly de Bergoglio n’a jamais été aussi évidente et visible, ni en tant que jésuite ni en tant qu’évêque. Elle n’était pas non plus trop évidente en tant que cardinal, car cela aurait éventuellement rendu impossible son élection comme pape au sein du collège des cardinaux. On connaît des cas de prêtres ayant de tels comportements qui ont toujours compté sur la protection discrète de Bergoglio. Il ne l’a fait ouvertement que lorsqu’il est devenu titulaire de la Chaire de Pierre, en donnant le spectacle aberrant de donner refuge et protection politique et cléricale à un criminel notoire tel que l’évêque Gustavo Zanchetta.

Beaucoup ont suggéré que François veut des collaborateurs qui peuvent être soumis au chantage et contrôlés. Avez-vous des éléments pour confirmer cela ?

Malheureusement, oui, et à tous les niveaux, en plus du fait qu’il s’est toujours entouré de personnalités médiocres, soumises et serviles. Parce que le leadership de Bergoglio, plutôt que d’être un dictateur comme Henry Sire l’a caractérisé, est typiquement despotique, il n’admet pas la dissidence ou l’indépendance de jugement.

Comme à l’époque où il était Provincial des Jésuites d’Argentine ?

On a beaucoup parlé de la confrontation de Bergoglio avec les Jésuites après la fin de son mandat de Provincial des Jésuites. Ce que peu ou très peu disent, peut-être pour des raisons de discrétion et de décorum, c’est que ceux qui l’ont le plus affronté étaient ceux qui avaient été ses collaborateurs ou ses compagnons dans sa direction de l’Ordre. Certains d’entre eux étaient des amis très proches de lui, qui le respectaient et l’aimaient beaucoup.

Pourquoi cette confrontation ultérieure ?

On ne l’a jamais su. On savait qu’il s’agissait de personnes sérieuses, avec leur propre personnalité, ni manipulables ni sujettes au chantage.


Bergoglio péroniste? (extrait)

A propos de Bergoglio, tout le monde parle de péronisme….

On dit souvent que Bergoglio est un péroniste, mais ce n’est pas vrai. Il est vrai qu’après son élection comme provincial jésuite, il était proche d’un groupe péroniste – la Guardia de Hierro. Cela alla si loin qu’il abandonna la direction et l’administration de l’université du Salvador et, en accord avec le père Pedro Arrupe, le supérieur général jésuite, la confia à des laïcs, tout en conservant le contrôle ultime. Cette expérience s’est mal terminée quelques années plus tard, car il était impossible pour deux organisations – l’une politique et l’autre religieuse – de coexister dans le même environnement universitaire. De cette expérience est né un mythe selon lequel Bergoglio aurait été membre de ce groupe péroniste. Lorsque Bergoglio a rencontré la Guardia de Hierro, il était déjà provincial, avec une position ecclésiastique correspondante ; il lui aurait donc été impossible de s’impliquer dans un groupement politique.

Le péronisme consiste-t-il à dire à tout le monde ce qu’ils veulent entendre ?

Vous évoquez ici la caricature du péronisme. Beaucoup pensent que Perón a parlé à tous après sa chute en 1955 et jusqu’à son retour en Argentine en 1973 parce qu’il les recherchait. En réalité, il recevait qui voulait lui parler. Il ne cherchait jamais personne, mais tout le monde le cherchait, surtout lorsque les tentatives de gouverner le pays sans Perón et sans le péronisme avaient échoué. Perón rentre dans son pays sans chercher à se venger ou à être puni.

Quelles étaient les relations du cardinal Bergoglio avec le gouvernement ?

Bergoglio a flirté avec le monde péroniste, mais il a aussi flirté avec le monde liberal et progressiste, toujours dans la mesure où cela lui convenait. Il s’est toujours bien entendu avec les gouvernements de Buenos Aires, mal avec le président Kirchner, très bien avec son successeur, Cristina Kirchner, au point qu’elle a rencontré George Soros.

Récemment, Henry Sire (« The dictator pope ») a donné une longue interview à Gloria.tv. Que pensez-vous de son livre ?

Lorsque le livre est sorti, j’ai pu en lire quelques extraits. Je n’ai jamais tenu le livre entier dans mes mains. J’ai été surpris par les connaissances et la précision de l’auteur et impressionné par le courage dont il a fait preuve en le publiant.

Et son interview avec Gloria.tv ?

J’ai eu le privilège de lire l’interview [cf. Argentin, ce simple mot est la clé pour comprendre François] à l’avance, grâce à la gentillesse de Gloria.tv, et je suis tout à fait d’accord avec ce que dit Henry Sire dans certains cas, moins avec ce qu’il dit du péronisme. Pour comprendre Bergoglio, il faut tenir compte de ses liens avec la Maison Rothschild par le biais du Conseil pour le capitalisme inclusif. Ce que Sire et d’autres attribuent au « péronisme » de Bergoglio vient en fait de la baronne Lynn Forester, troisième épouse de Sir Evelyn de Rothschild : le concept d’inclusion, le cri des pauvres et le cri de la Terre Mère, etc., des concepts familiers au monde oligarchique que cette dame représente.

Quelle est la fonction de Bergoglio dans ce Conseil ?

La baronne Lynn Forester a déclaré dans une interview que son Conseil pour le capitalisme inclusif est la prose pour laquelle la présence de Bergoglio fait la musique. Ainsi, Bergoglio est le bouffon d’un groupe ploutocratique qui veut donner au capitalisme un « visage humain » parce que ces gens sont conscients qu’ils sont hyper-milliardaires alors que 90% de la population mondiale a reçu quelques miettes de la richesse que nous produisons tous. Bergoglio joue l’acteur politique, plutôt que le Vicaire du Christ – un titre auquel il a renoncé dans l’édition 2020 de l’Annuaire pontifical. Cela se fait sur la base du jésuitisme, qui conserve les formes mais abandonne le contenu. Bergoglio lui-même a déclaré que dans ses décisions, il se fie « à son instinct et au Saint-Esprit » et ne tient pas compte de l’Écriture Sainte, de la Tradition et du Magistère.

Existe-t-il des exemples de ce comportement ?

En 2014, il a poussé à une rencontre entre la présidente de l’époque, Cristina Kirchner, et George Soros, qui a eu lieu quelques mois plus tard. Mais il ne s’est jamais intéressé à un médecin argentin qui a été condamné en 2018 par un tribunal provincial (Rio Negro) pour ne pas avoir pratiqué un avortement – qui était illégal mais « autorisé » par un arrêté ministériel. Ce médecin a sauvé deux vies, celle d’une jeune mère qui était sur le point de se faire avorter et de mourir, et celle de son fils. Bergoglio, d’ailleurs, n’a jamais encouragé les mouvements pro-vie qui luttent contre la légalisation de l’avortement. Par contre, il a envoyé des mots d’encouragement aux politiciens de gauche qui affrontaient des affaires pénales et civiles, même s’ils étaient des ennemis de l’Église.

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