Un tableau artistiquement et théologiquement douteux permet à l’Osservatore Romano (le jour du Jeudi Saint) de flatter le patron, tout en faisant passer le message d’ « un Dieu enclin non pas à pardonner, mais à disculper » (cf. AM Valli, Rome sans Pape). Cet épisode en rappelle un autre, en 2016, où le Pape interprétait un relief d’un chapiteau du Vézelay comme une image de Jésus portant Judas sur ses épaules (*). Selon Maurizio Blondet, c’est une nouvelle illustration d’un « trouble narcissique de la personnalité » (**) qu’il perçoit chez le Pontife.

Ndr

(*) Le 16 juin 2016, dans un discours improvisé prononcé en ouverture du Congrès ecclésial du diocèse de Rome, le Pape avait évoqué un chapiteau de la cathédrale du Vézelay . Voir sur mon site:

Le pendu du Vézelay

(**) En 2017, Maurizio Blondet avait consacré un long article au « trouble narcissique de la personnalité » dont serait affecté le Pape. Voir ma traduction:

Bergoglio sauve Judas…

Maurizio Blondet
9 avril 2021
Ma traduction

Ainsi, nous apprenons de L’Osservatore Romano que Bergoglio a placé dans son bureau un tableau où Jésus, nu et qui vient de ressusciter, « embrasse Judas après l’avoir enlevé de l’arbre sur lequel il s’est donné la mort ». « Scandale de la pitié » sifflote le flatteur.

Nous ne nous scandaliserons pas; nous y verrons plutôt un symptôme évident de son Trouble narcissique de la personnalité, un aveu – involontaire mais transparent, comme les symptômes psychiques, au-delà des intentions de celui qui en souffre – de la condition spirituelle misérable du sujet. Parce que, si un catholique – et un haut prélat – a ses raisons de s’identifier à Judas et essaie de se convaincre (et doit convaincre tous les autres croyants) que Judas a été pardonné, sauvé, l’état de sa conscience est terrible. Il ne Lui parle plus.

Plus révélateur encore est le texte de 2016 – rapporté par les flatteurs de l’Osservatore pour faire plaisir à l’irascible et vindicatif Narcisse, du texte – « dans lequel le Pontife parle de Judas et de la miséricorde de Dieu en citant le chapiteau de l’église de Vézelay dont il a accroché la photo dans son bureau personnel »

Mais il faut beaucoup de « bonne volonté » pathologique pour voir dans le chapiteau de la basilique Jésus le Bon Pasteur portant le pendu Judas sur ses épaules. Disons qu’ici, nous sommes à la limite de l’hallucination.

Ce que l’on voit, c’est un jeune homme qui emporte un cadavre, qui est probablement le pendu que l’on voit dans la scène précédente, sarcastiquement représenté avec la langue tirée pour indiquer (peut-être) un suicide; le jeune homme n’a rien dans son apparence qui rappelle le Christ, il est barbu, a les cheveux courts, dans la même cathédrale de Vézelay il y a des reliefs où Jésus est représenté, et il n’y a pas de confusion possible.

Vézelay est avant tout une extraordinaire église romane; et il est universellement connu que les maîtres sculpteurs romans ont confiné dans les chapiteaux – avec une savante théologie – la frénétique et obscène diablerie; les déformations physiques comme images des déformations morales qui assaillent les pécheurs et les vicieux; les tentations qui rendent les hommes mi-bêtes, mi-sirènes, sphinx, basilics, allusions transparentes aux tentations sensuelles; d’autant plus que les difformes surgissent de la nature végétale, luxuriante, verdoyante (un autre thème typique est celui des saisons); ces paysans, qui avec leur bétail vivaient et ressentaient le démon méridien dans les aphorismes du soleil, savaient qu’ils risquaient de perdre le contrôle sur la nature, et donc sur eux-mêmes, leur rationalité et leurs valeurs civilisées, en tombant dans une conduite immorale aux contours bestiaux ». On pourrait écrire que les monstruosités qui pullulent dans les chapiteaux romans étaient aussi « une forme de protection pour défendre la valeur de la chasteté, capable de chasser la violence et la tentation ».

La raison pour laquelle les maîtres maçons romans ont confiné les monstres grouillants dans les chapiteaux devrait être évidente : il s’agissait d’un avertissement aux fidèles, « attention, ils sont ici dans l’ombre au-dessus de vos têtes, laissez-les rester dans l’ombre, et ne pas tomber sur vous – dans l’espace sacré, clair, liturgique qui vous protège, si vous êtes dans la grâce ».

Ce sont, au fond, les créatures de Hieronimus Bosch, avec cette différence cruciale: dans le gothique Bosch, elles ont déjà envahi notre monde, elles l’ont transformé en un rêve inquiétant, en un jardin de délices qui n’est que le visage de l’enfer – sur terre. Bosch est le précurseur de Dali, des surréalistes: la descente « dans la sphère qui sent le Christ comme l’enfer » (Sedlmayr) avait commencé; de l’art contemporain et, bien sûr, bien au-delà de l’art.

Tout cela devrait être connu même des flatteurs érudits de l’Osservatore Romano. Ainsi, s’ils lisent le chapiteau du Vézelay et le tableau (inspiré de celui-ci) qu’il a accroché dans son bureau, c’est parce qu’à leur irascible et vindicatif patron Narcisse, on ne peut pas rappeler la vérité.

C’est ce qu’a écrit Aldo Maria Valli avec une précision éblouissante (cf. Rome sans Pape): « Le Dieu dont nous parle Bergoglio n’a pas tendance à pardonner, mais à disculper ».

Cela vaut la peine de relire ces passages:

Dans Amoris laetitia, nous lisons que « l’Église doit accompagner ses enfants les plus fragiles avec soin et attention ». Je regrette, mais ce n’est pas vrai. L’Église doit convertir les pécheurs.

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On lit également dans Amoris laetitia que « l’Église ne manque pas de valoriser les éléments constructifs dans les situations qui ne correspondent pas encore ou plus à son enseignement sur le mariage ». Je regrette, mais ce sont des mots ambigus. Dans les situations qui ne correspondent pas à son enseignement, il peut bien y avoir des « éléments constructifs » (mais après, dans quel sens?), toutefois, l’Église n’a pas pour tâche de valoriser ces éléments, mais de convertir à l’amour divin auquel on adhère en observant les commandements.

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Dans Amoris laetitia, nous lisons également que la conscience des personnes « peut non seulement reconnaître qu’une situation ne répond pas objectivement à la proposition générale de l’Évangile, mais elle peut aussi reconnaître avec sincérité et honnêteté ce qui est pour le moment la réponse généreuse que l’on peut offrir à Dieu, et découvrir avec une certaine certitude morale que c’est le don que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limitations, bien que ce ne soit pas encore pleinement l’idéal objectif ». De nouveau, l’ambiguïté. Premièrement, il n’y a pas de « proposition générale » de l’Evangile, à laquelle on peut adhérer plus ou moins. Il y a l’Evangile avec son contenu très précis, il y a les commandements avec leur force. Deuxièmement: Dieu ne peut jamais, au grand jamais nous demander de vivre dans le péché. Troisièmement: personne ne peut prétendre posséder « une certaine certitude morale » sur ce que Dieu « exige au milieu de la complexité concrète des limitations ». Ces expressions fumeuses n’ont qu’un seul sens: légitimer le relativisme moral et se moquer des commandements divins.

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https://www.benoit-et-moi.fr/2020/2021/02/22/rome-sans-pape/

Il faut relire Amoris laetitia (§§ 39-41-283) comme symptôme : le Narcisse pathologique, c’est de lui-même qu’il parle, et c’est lui-même qu’il justifie. Le Christ a dit de Judas « il vaudrait mieux qu’il ne soit jamais né », une condamnation énorme, définitive, douloureuse; le Narcisse fantasme qu’au contraire Jésus sauvera même Judas ou, pour dire les choses crûment, qu’il le sauverait s’il était aussi bon que Bergoglio.

Dans les faits, il déforme l’Église du Christ et sa doctrine pour l’adapter à son (disons les choses ainsi) désordre.

(…) On aboutit ainsi à des résultats franchement antichristiques en cachant aux croyants la voie du repentir et du salut, et en nous conduisant à l’impénitence finale. Déjà dans les messes bergogliennes, on entend des variations effroyablement hérétiques pour apaiser le Narcisse : « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » (dictat de l’Évangile) a été changé en « Paix sur la terre aux hommes que Dieu aime« . Déjà la formule nécessaire (et à caractère d’exorcisme) du Confiteor, « Je confesse à Dieu tout puissant, à tous les saints et à vous, mes frères, que j’ai beaucoup péché en paroles, en actes et par omission » a été à la hâte « congelé » dans la formule kyrie eleison [du grec ancien Κύριε ἐλέησον, Seigneur prends pitié, ndt], parce que les modernistes extrêmes savent revenir à la « tradition grecque ancienne » quand cela les arrange, pour que les fidèles ne comprennent pas de quoi il s’agit. Chez les prêtres, même bons, il est question de « fragilités » excusables alors qu’ils devraient dire « péchés », comme le dit Valli, il est question d’excuses attribuées au Christ lui-même.

Je crains fort que la prochaine encyclique ne proclame l’assomption de Judas au Paradis, parce que Bergoglio a appris que le Christ l’a excusé.

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