Selon le blog argentin The Wanderer (qui fait un parallèle historique avec Luther), le Pape se comporte ici une fois de plus en bon disciple de Perón. Il s’est servi des allemands pour son élection, et maintenant qu’il a atteint son but, il les « jette ». Le schisme est inéluctable et risque de se répandre comme une traînée de poudre. Et François sait qu’il n’a aucune autorité, morale ou autre, pour mettre un terme au comportement schismatique des évêques allemands, encore moins à une révolte des « fidèles ».

Rappel

En Allemagne, plus de 200 professeurs de théologie s’expriment en termes forts contre le vote négatif de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur la bénédiction des partenariats entre personnes de même sexe. La déclaration, préparée par un groupe de travail de l’Université de Münster et publiée le 22 mars 2021, accuse le ‘responsum’ de la Congrégation d’un «manque de profondeur théologique, de compréhension herméneutique ainsi que de rigueur argumentative». Le Magistère, argumente-t-il, sape sa propre autorité lorsqu’il ignore, «comme c’est le cas dans son document», les preuves scientifiques.

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https://www.cath.ch/newsf/des-theologiens-sopposent-au-refus-de-benir-les-couples-homosexuels/

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Le Schisme allemand

The Wanderer
20 avril 2021

Les médias, et pas seulement ceux catholiques conservateurs mais aussi les laïques, mettent en garde depuis plusieurs mois contre l’imminence d’un éventuel schisme allemand qui se produirait à la suite du synode que l’église de ce pays est en train de réaliser. Nous verrons ce qu’il adviendra, mais la situation semble être irréversible. Je propose quelques réflexions à ce sujet:

I. Bien que la rupture progressive des Allemands avec la foi catholique vienne de loin, ce n’est pas par hasard qu’elle a explosé avec le Pape François.

Je pense qu’il est possible d’établir un parallélisme historique utile pour comprendre la situation, en tenant compte du passé péroniste du pontife. Quand, à la fin des années 60 et au début des années 70, Perón était en exil à Madrid et voulait revenir au pouvoir en Argentine, il n’a écarté aucun moyen, parmi lesquels l’alliance avec la Jeunesse péroniste, qui était plus proche de la jeunesse marxiste. Ils firent en sorte d’engendrer une agitation permanente dans le pays et des actes de violence quasi quotidiens qui contribuèrent à affaiblir le gouvernement de Lanusse et à prédisposer l’opinion publique à accepter que le seul à pouvoir résoudre le chaos était Perón. Et c’est ainsi qu’il revint et fut à nouveau élu président.

Pourtant, quelques mois plus tard, il insulta publiquement, depuis le balcon de la Casa Rosada, ces jeunes qui l’avaient aidé à reprendre le pouvoir, les exclut du mouvement péroniste et assura que le peuple « tonnera une leçon ». Et il y eut une leçon des deux côtés: une guerre sale qui a coûté la vie à des milliers d’Argentins et dont le pays paie encore les conséquences et de l’autre côté, demandez aux centaines de vieillards qui passent leurs derniers jours en prison, dans l’attente d’un procès où ils savent qu’ils seront reconnus coupables, pour avoir fait cette guerre. En bref, Perón a utilisé la jeunesse péroniste pour atteindre le pouvoir et, lorsqu’elle a cessé de lui être utile, il l’a jetée et et a fait « tonner le châtiment » sur elle.

Bergoglio a fait quelque chose de similaire. Afin d’atteindre le maximum de pouvoir dans l’Eglise, il n’a pas hésité à utiliser tous les cardinaux qui pouvaient lui être utiles, des latino-américains, qui voteraient pour lui par affinité culturelle, aux américains, qui voteraient pour lui par naïveté. Et aussi les Allemands les plus radicalement progressistes qui avaient l’illusion que le magistère du nouveau pontife sanctionnerait leurs aspirations les plus profondes: suppression du célibat des prêtres, ordination sacerdotale des femmes, évolution de la morale sexuelle, etc. Bergoglio, en revanche, en bon jésuite et en bon péroniste, une fois qu’il a atteint son but et s’est assis sur le trône de Pierre, a essayé de s’en débarrasser, non pas à la manière de Perón, mais en traînant les pieds sur les paiements et les exigences que les Allemands réclamaient. Et, bien sûr, ça n’a pas marché. Ou bien cela a fonctionné comme pour le Général: les jeunes expulsés se sont radicalisés dans les groupes armés et ont entamé une longue période de terreur et d’assassinats. Les Allemands, comprenant qu’ils sont utilisés, font leur propre révolution.

La différence est que François ne pourra pas « tonner le châtiment ». Dans un article paru il y a quelques jours [cf. NCR, A Theological Virus Is Spreading, 16 avril], Michael Warsaw demandait à Rome de faire quelque chose pour arrêter le schisme allemand avant qu’il ne soit trop tard. Et il comparait la situation à ce qui s’est passé avec Luther. Dans ce cas, Rome a réagi lentement et, quand elle l’a fait, il était trop tard. Mais même si c’était tardif, ce fut efficace. Une bonne partie de la chrétienté a été perdue, mais une autre partie a été préservée. Le pape disposait d’un pouvoir de décision et d’une autorité, et du soutien d’une bonne partie des évêques qui souhaitaient être fidèles à l’orthodoxie et même des gouvernants qui n’hésitaient pas à utiliser leurs armes pour contenir l’hérésie.

Mais aujourd’hui, de quelle autorité dispose Bergoglio pour imposer son autorité en faveur de l’orthodoxie? Ce personnage, qui a passé tout son pontificat à flirter avec tous les hérétiques et hérésiarques du monde, n’a pas la moindre capacité à exiger l’obéissance ou l’adhésion doctrinale. Un bon test de la capacité d’autorité restante du Saint-Siège aura lieu le 10 mai, lorsque 2 500 prêtres et « agents pastoraux » allemands béniront publiquement tous les couples de même sexe qui le souhaitent, au mépris des normes du Vatican. L’important ne sera pas le nombre d’adhésions ou de bénédictions, mais la réaction de l’épiscopat allemand et de Rome. Je pense que personne ne dira rien, et surtout pas le pape François, non seulement parce que la dernière chose qu’il souhaite est de se faire mal voir des progressistes internationaux, mais aussi parce qu’il sait qu’ils ne lui obéiront pas.

Bergoglio sait que si les évêques allemands finissent par proclamer les changements doctrinaux prévus, il aura les mains liées. Va-t-il les « ménager » comme il l’a fait avec beaucoup d’évêques conservateurs en les expulsant de leur siège ? Il savait pouvoir compter sur l’obéissance de Mgr Rogelio Livieres ou de Mgr Pedro Martinez, et que les fidèles de Ciudad del Este ou de San Luis courberaient la tête avec soumission devant le nouveau berger qui leur était envoyé. Et il sait aussi que les Allemands ou les Autrichiens résisteront à toutes les miséricordes pontificales, qu’ils ne quitteront pas leurs sièges et que les fidèles défieront l’autorité papale.

D’autre part, les Allemands affirment que leur « voie synodale » soumettra les enseignements de l’église à un vote et respectera les décisions de la majorité. Et ils demandent, au nom des « normes d’une société démocratique », que les « recommandations et décisions prises par la majorité soient également acceptées par ceux qui ont voté différemment. » Quelle autorité peut avoir Bergoglio, alors? Il y a quelques jours, il a affirmé: « Les gouvernements et même moi en tant que dirigeant, sommes les commis de ce que Dieu nous envoie à travers ce qu’il nous délègue. Quand il n’y a pas de consultation du peuple, il n’y a pas de souveraineté« . Ignore-t-il les décisions souveraines du « peuple de Dieu en pèlerinage en Allemagne » sur ce qui doit être cru et pratiqué? Impossible.

Même si Bergoglio venait à décéder dans les prochains mois, son successeur aurait-il l’autorité nécessaire pour arrêter le schisme? J’en doute. L’autorité pontificale est affaiblie; le relativisme que nous a légué Vatican II, que Jean-Paul II a exposé au monde lors de la rencontre d’Assise et que François ne se lasse pas d’illustrer jour après jour depuis huit ans, a sapé toute possibilité d’imposer l’autorité du progressisme.

La comparaison avec ce qui s’est passé au XVIème siècle avec Martin Luther est intéressante. Si un frère augustin a pu obtenir le soutien, pour une raison quelconque, des princes de la moitié de l’Allemagne, que ne pourra faire un épiscopat puissant comme celui de l’Allemagne? Il n’aura pas l’aide militaire des États laïques, mais il aura leurs chaleureuses félicitations pour avoir participé à l’extension des droits propres à la culture démocratique moderne. Et avec le soutien également d’une bonne partie des fidèles qui voient en Rome l’ancienne gardienne d’un ordre complètement périmé.

L’éventuel schisme allemand se répandra comme une traînée de poudre, à la même vitesse qu’Internet, dans le monde entier. Et il ne serait peut-être pas surprenant que des paroisses françaises ou américaines, par exemple, adhèrent au schisme. Leurs évêques pourraient-ils les réprimer, déposer leurs curés ou menacer leurs paroissiens d’interdit? Je ne le pense pas. Ces mesures ne sont utilisées que par Mgr Eduardo Taussig, évêque de San Rafael [en Argentine), pour punir ceux qui osent commettre le sacrilège sanitaire de donner la communion dans la bouche.

Le pontificat du pape François est déjà un pontificat raté et fini, même si nous ne connaissons pas encore la profondeur de l’abîme dans lequel il va tomber.

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