Toute la presse a commenté très flatteusement le motu proprio du 29 avril portant sur la gestion des finances du Vatican, censé imposer (comme le titre triomphalement La Croix) « des règles drastiques contre la corruption », mais surtout l’image d’un pape intègre luttant seul contre une curie corrompue. En réalité, comme l’explique ici AM Valli, il ne s’agit que d’une énième opération de com‘, qui risque en plus de fonctionner comme un boomerang, et les faits contredisent lourdement les annonces pour la galerie.

VATICAN MEDIA / AFP

Nouvelles dispositions sur la transparence. Encore une opération de façade

Les dirigeants du Vatican, y compris les cardinaux, les chefs de dicastère et les administrateurs, devront signer une déclaration indiquant qu’ils n’ont fait l’objet d’aucune condamnation ou enquête pour terrorisme, blanchiment d’argent ou évasion fiscale. Ils ne pourront pas non plus avoir d’actifs dans des paradis fiscaux ou investir dans des entreprises qui agissent contre la doctrine de l’Église. C’est ce qu’établit la lettre apostolique sous forme de motu proprio du Pape, contenant des dispositions sur la transparence dans la gestion des finances publiques. La déclaration devra être signée au moment de l’entrée en fonction ou de l’affectation, puis répétée tous les deux ans. Il est également interdit à tous les employés du Vatican d’accepter des cadeaux d’une valeur supérieure à quarante euros.

Le nouveau motu proprio tient de l’incroyable. De deux choses l’une : si le pape est contraint de faire signer une telle déclaration aux cardinaux et autres cadres de premier rang, cela signifie qu’il n’a aucune confiance dans le personnel qu’il a lui-même sélectionné ; ou que l’état de corruption, de malversation et d’immoralité dans les palais sacrés est endémique. Dans les deux cas, la classe dirigeante du Vatican s’en tire très mal. Ou, et c’est une troisième possibilité, le pape a décidé la mesure pro domo sua, pour montrer au monde à quel point il est bon dans la lutte contre la malhonnêteté. Mais même dans ce cas, l’opération est dévastatrice pour la crédibilité de la Curie romaine, de l’État de la Cité du Vatican et du Saint-Siège. Mais il ne semble pas que cette crédibilité tienne à cœur à l’actuel locataire de Sainte Marthe.

Si un observateur extérieur peut éventuellement croire à l’image médiatique d’un Bergoglio intègre, engagé dans la lutte contre la corruption mais victime de ses collaborateurs, ceux qui connaissent la dynamique du Vatican savent que les proclamations d’aujourd’hui représentent une nouvelle opération de falsification de la réalité, dans laquelle ce qui est divulgué correspond à l’exact opposé de ce qui se passe. Ceux qui, comme Mgr Carlo Maria Viganò, ont essayé de lutter contre la corruption et ont travaillé efficacement pour assainir le budget du Gouvernorat, ont été « promus » (promoveatur ut amoveatur / «qu’il soit promu, pourvu que l’on s’en débarrasse») et l’équipe de ses collaborateurs de confiance dispersée, car ils représentaient une menace pour le système. Au plus valeureux d’entre eux, Eugenio Hasler, le pape miséricordieux a réservé un traitement inqualifiable : convoqué par lui-même, il a été renvoyé sur le champ sans donner de raison, envoyé au pilori médiatique et détruit dans sa dignité.

Il convient également de rappeler que le travail méritoire du cardinal Pell et d’autres excellents administrateurs des biens du Siège apostolique a été bloqué par des accusations infondées et par une persécution réelle et appropriée, qui a conduit le cardinal australien à subir l’injuste peine d’emprisonnement dont il a ensuite été totalement acquitté. Vice versa, les architectes de l’effondrement financier du Vatican non seulement restent en place, mais ils sont désormais flanqués de personnages largement compromis et, par conséquent, extrêmement influençables et manœuvrables.

Les scandales qui ont éclaté au Vatican au cours des derniers mois, parmi lesquels l’investissement dans des sociétés pharmaceutiques produisant des médicaments abortifs, ne peuvent pas être couverts par de la poudre aux yeux ; de même, la révocation du cardinal Becciu après la dénonciation de la spéculation immobilière à Londres ne peut pas atténuer les graves responsabilités de ceux qui croient pouvoir séduire l’opinion publique avec un motu proprio grandiloquent, après avoir créé les conditions de la corruption et des conflits d’intérêts en écartant ceux qui auraient pu, au contraire, guérir définitivement une situation de malversation invétérée.

Une fois de plus, Bergoglio semble déterminé à discréditer l’image et le prestige de l’Église afin d’apparaître comme un moralisateur et d’en tirer un avantage personnel. Mais l’histoire enseigne que le culte de la personnalité, propre aux dictatures, se transforme facilement en damnatio memoriae.

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