Ce cinquième volet de l’enquête de José Antonio Ureta et Frederico Abranches Viotti aborde la mise en place progressive, à la faveur de la crise-covid, d’un gouvernement mondial où la Chine, grande gagnante de la pandémie en termes économiques mais aussi d’image, occuperait une place prépondérante au détriment des Etats-Unis, avec le soutien décisif de l’Eglise et la coopération active du Pape lui-même. Cela permet de mieux comprendre les nombreux signes d’allégeance que ce dernier a donnés au Géant chinois, ignorant délibérément les persécutions de l’héroïque « petit troupeau » des fidèles de l’Eglise clandestine (et cela éclaire d’une lumière cruelle sa « gaffe » du 31 décembre 2019, quand il n’a pas réussi à maîtriser un accès de rage indigne de son ministère envers une fidèle chinoise qui l’interpelait probablement sur la situation de ses compatriotes catholiques).

Episodes précédents

« En résumé, le Great Reset post-pandémique a de bonnes chances de se terminer par le déclin de l’Occident, en particulier des États-Unis, et l’extension du modèle chinois au monde entier: une dictature numérique centralisée inspirée par Mao Tsé-toung et avec la bénédiction du pape François… »

V/ Le soutien de François au gouvernement mondial unifié
(et pro-chinois)

(José Antonio Ureta et Frederico Abranches Viotti)

Dans son document d’il y a un an, l’Ipco avertissait que les promoteurs de cette « nouvelle société » proclamaient une réponse globale et coordonnée comme seule solution à la pandémie, ce qui nécessiterait un organe exécutif mondial qui impose dans un premier temps une coordination fiscale et monétaire.

L’Union européenne est depuis plusieurs décennies une initiative pionnière dans l’érosion graduelle de la souveraineté au profit d’une entité supranationale. Son plus grand pas dans cette direction a été la création d’une monnaie unique administrée par la Banque européenne, à condition qu’il n’y ait pas de mutualisation des dettes des pays membres, afin que les pays du Nord « économes » ne soient pas obligés de payer pour les déficits des pays du Sud « gaspilleurs ».

Cependant, après les lockdowns et sous prétexte d’éviter la récession, ce diktat est tombé et une véritable mutualisation de la dette publique a été incluse dans le budget septennal de l’UE et dans l’instrument temporaire de relance appelé Next Generation Eu. 750 milliards d’euros de dette seront émis conjointement et transférés aux pays de l’UE sous forme de dons et de prêts, sous réserve de l’approbation par la Commission européenne du plan national de réformes et d’investissements (encore une limitation de la souveraineté), qui doit impérativement donner la priorité à la « transition écologique » et à la « transition numérique ». L’Institut Jacques Delors a applaudi l’initiative en déclarant : « C’est l’une des plus ambitieuses d’une longue série de propositions pour la mutualisation de la dette européenne » [72]. D’autre part, certains analystes ont considéré le fonds Next Generation Eu comme un véritable « socialisme de guerre » qui bloque la société, dans lequel « les États prennent une nouvelle avance sur la société civile et sont eux-mêmes partiellement dépassés par la gouvernance européenne renforcée » [73].

Mais le plus grand progrès vers les « États-Unis d’Europe » – souhaités par le courant fédéraliste depuis le lancement, en 1923, du Manifeste paneuropéen du comte Coudenhove-Kalergi – a eu lieu dans le domaine de la santé publique, dans le sens d’une aspiration progressive des compétences des États membres au profit de la Commission européenne, qui a commencé à coordonner une réponse européenne commune à l’épidémie de coronavirus. Dans le traité de Lisbonne (2007), l’Europe unie avait acquis les compétences nécessaires pour intégrer de manière permanente les politiques nationales à travers sa stratégie sanitaire, ainsi que pour assurer « la surveillance des menaces sanitaires transfrontalières graves » et pour les combattre.

La Commission européenne a profité de la crise du virus chinois pour imposer une véritable mutualisation de la réponse sanitaire à travers :

Négociation et acquisition d’équipements médicaux, de tests, de médicaments et de vaccins, faisant de l’UE le principal négociateur et acheteur (y compris des transactions extrêmement coûteuses pour des médicaments inefficaces contre le Covid-19 et aux effets secondaires graves, comme le Redemsivir, issu du laboratoire Gilead) ;
Investissement direct de l’UE dans des projets de recherche et de développement pour les diagnostics et les traitements par le biais de l’Initiative pour les médicaments innovants ;
Adoption de règles pour l’utilisation, la validation et la reconnaissance réciproque entre les pays membres de l’UE des tests antigéniques rapides et la standardisation des certificats de vaccination à des fins médicales ;
Lancement du programme « Hera Incubator », en collaboration avec des chercheurs, des sociétés de biotechnologie, des fabricants et des organismes publics, visant à détecter de nouveaux variants, à développer de nouveaux vaccins adaptés et à accélérer leur processus d’approbation ;
Parrainage, en collaboration avec l’OMS, des réunions du High Level Facilitation Council, dans le but d’accélérer, à l’échelle mondiale, le développement et l’implantation de vaccins, de tests et de traitements, ainsi que d’améliorer les systèmes de santé ;
Contribution financière au mécanisme Covax pour garantir un accès équitable aux vaccins, tests et traitements, et organisation d’une campagne de collecte de dons en faveur du Coronavirus Global Response, qui a permis de récolter 15,9 milliards d’euros en faveur du même objectif [74].

Si nous portons notre regard du niveau régional européen au niveau mondial, nous constatons que l’Organisation mondiale de la santé a non seulement joué un rôle de premier plan dans la création du climat de panique qui a conditionné les réponses des gouvernements, mais qu’elle a également acquis une importance croissante dans la détermination des politiques de lutte contre l’épidémie dans le monde entier, avec des dommages pour la souveraineté sanitaire des nations.

L’OMS est parvenue à une véritable gouvernance de facto grâce aux déclarations de ses hauts responsables, à ses documents d’orientation, à ses plateformes d’apprentissage en ligne, à son plan stratégique de préparation et d’intervention, à ses protocoles de test et de traitement, ainsi qu’à la certification des vaccins et aux missions conjointes ou de vérification en Chine et ailleurs [75]. Selon le ministre allemand de la santé, Jens Spahn, annonçant la création d’un nouveau centre mondial de collecte de données sur les pandémies à Berlin, en collaboration avec l’OMS, la lutte contre les nouveaux virus nécessite une « réinitialisation globale ».

« C’est un fait naturel que davantage de virus ayant le potentiel de déclencher des épidémies ou des pandémies apparaîtront », a affirmé Tedros Adhanom Ghebreyesus, chef de l’organisation [76]. L’OMS deviendra ainsi une sorte de Pontifex Maximus de référence dans la nouvelle « guerre sainte » contre les pandémies émergentes.

L’OMS et l’Union européenne sont devenues, à leurs niveaux respectifs, les exécutants pionniers du rêve formulé par Jacques Attali dans l’article de 2009 cité plus haut : « Il faudra organiser une police mondiale, un système mondial de stockage (des ressources) et donc une fiscalité mondiale. Nous arriverions alors, beaucoup plus rapidement que ne l’aurait permis la seule raison économique, à jeter les bases d’un véritable gouvernement mondial » [77].

À notre grande tristesse et à notre grand étonnement, nous avons constaté qu’un nouveau soutien décisif à la germination d’un gouvernement mondial unifié est venu du pape François. Non seulement en raison de sa critique constante de la gestion des crises sanitaires respectueuses de la souveraineté des pays et de ses déclarations selon lesquelles la pandémie exigeait une réponse mondiale [78], mais surtout en raison de la publication de son encyclique controversée Fratelli tutti.

Pour le pontife, la crise sanitaire de Covid-19 a été la grande opportunité pour sortir d’une « autoprotection égoïste » :

Puisse le Ciel accorder qu’à la fin il n’y ait plus « les autres », mais seulement un « nous », afin que « l’humanité renaisse avec tous les visages, toutes les mains et toutes les voix, au-delà des frontières que nous avons créées » (Fratelli tutti, 35), parce que « la vraie qualité des différents pays du monde se mesure à cette capacité de penser non seulement comme un pays, mais aussi comme une famille humaine (Ft, 141).

Selon François, il faut « penser et générer un monde ouvert » (c’est le titre du troisième chapitre de l’encyclique), où s’appliquent des « droits sans frontières » (c’est le sous-titre d’une section), car « personne ne peut rester exclu » et « les frontières et les limites des États ne peuvent pas empêcher cela » (Ft, 121). Cependant, « pour rendre possible le développement d’une communauté mondiale, capable de réaliser la fraternité à partir des peuples et des nations qui vivent l’amitié sociale » (Ft 154), il est nécessaire « de développer non seulement une spiritualité de la fraternité mais en même temps une organisation mondiale plus efficace » (Ft, 165).

Dans ce contexte, il est indispensable – poursuit le Pape – « de développer des institutions internationales plus fortes et mieux organisées, avec des autorités désignées de manière impartiale par des accords entre gouvernements nationaux et dotées d’un pouvoir de sanction ». Une « autorité mondiale » qui ne réside pas dans une personne, mais dans des institutions « dotées de l’autorité nécessaire pour assurer le bien commun mondial » (Ft, 172) [79].

Cette autorité mondiale souhaitée par le pape François ne semble pas très éloignée du rêve des Lumières d’une République universelle couvée dans les loges maçonniques avant même la Révolution française. Il n’est donc pas surprenant que la Grande Loge d’Espagne ait publié la déclaration suivante: « La dernière encyclique du pape François montre à quel point l’Église catholique actuelle est éloignée de ses positions antérieures. Dans Fratelli tutti, le Pape embrasse la fraternité universelle, le grand principe de la franc-maçonnerie moderne » [80].

Dans cette grande fraternité universelle, la Chine entend toutefois assumer le rôle de Big Brother. Bien qu’elle ait été le centre du début de la peste et qu’elle ait fait preuve d’irresponsabilité en n’avertissant pas les autres pays de ce qui se passait, elle a fini par être considérée comme un modèle à imiter, étant donné l’efficacité supposée de ses mesures drastiques de confinement [81]. De plus, en envoyant des cargaisons massives de masques et de respirateurs dans un grand nombre de pays, les dirigeants communistes chinois ont gagné la sympathie des populations qui ont cru naïvement à leur supposé désintéressement, alors que d’autres nations se disputaient ces équipements et élevaient des barrières protectionnistes [82].

L’un des facteurs qui a le plus contribué à ce changement d’attitude a été le refus des médias et des dirigeants politiques d’appeler le Sars-Cov-2 « virus chinois », alors que – sans aucun scrupule à inciter au racisme – ils ont rempli leurs journaux et leurs discours de références aux variants anglais, brésiliens, indiens ou sud-africains.

Un sondage réalisé en Italie par la société Swg, peu après que le pays ait été frappé par le coronavirus et secouru par les Chinois, a montré qu’à ce moment-là, l’ancien Empire céleste s’était hissé à la première place sur le podium des pays « amis », avec le vote de 52% des personnes interrogées, suivi de la Russie avec 32%, tandis que les États-Unis étaient arrivés en troisième position avec seulement 17% des votes [83].

Un sondage réalisé en janvier dernier – près d’un an après – par Datapraxis et YouGov, auprès de quinze mille personnes interrogées dans onze pays européens, a montré que 59% d’entre elles pensent que dans dix ans, la Chine sera une puissance plus forte que les États-Unis. Les taux les plus élevés ont été enregistrés dans les pays du sud : espagnol (79%), italien et portugais (72%) et français (62%). Résultat de cette perception géopolitique : 60% des personnes interrogées pensent qu’en cas de désaccord entre les États-Unis et la Chine, leur pays doit rester neutre ; le reste se répartit entre ceux qui pensent devoir suivre les États-Unis (22%), ceux qui pensent devoir suivre la Chine (6%) et ceux qui ne savent pas répondre (12%) ; les plus favorables à la neutralité sont les Hongrois (68%), les Portugais (67%) et les Allemands (66%) [84].

La persistance de la mystification d’une grande partie de la population occidentale par la Chine communiste n’est pas surprenante. C’est le résultat non seulement de la propagande chinoise, mais aussi de l’attitude complaisante des gouvernements et des hommes d’affaires occidentaux, pour qui le marché chinois est leur bouée de sauvetage pour sortir de la récession et qui croient naïvement à la future démocratisation de ce pays. Cela n’empêche cependant pas des secteurs de plus en plus larges de l’opinion publique de reconnaître avec une méfiance croissante les véritables intentions des héritiers de Mao, qui se manifestent par la persécution des opposants internes et par le néocolonialisme de la politique étrangère.

La concurrence mondiale actuelle pour les vaccins offre l’occasion de renforcer ce soft power chinois, notamment dans les pays moins développés, par le biais de dons et de partenariats commerciaux [85]. Dans un article du Financial Times intitulé « L’Occident doit prêter attention à la diplomatie de la Russie et de la Chine en matière de vaccins », Moritz Rudolf, de l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité, a affirmé que « la santé était l’un des nombreux sous-thèmes de l’initiative Belt & Road [la « nouvelle route de la soie », la plus grande initiative géopolitique de la Chine au cours de ce siècle]. Avec la pandémie, elle est devenue l’objectif principal » [86].

L’Amérique latine est particulièrement ciblée par la diplomatie chinoise et, selon le Quotidien du Peuple, organe officiel du Parti communiste chinois,  » dans le contexte particulier de l’épidémie, le président Xi Jinping a maintenu des contacts et des communications étroites avec les dirigeants de plusieurs pays d’Amérique latine, dont le Brésil, l’Argentine, Cuba, le Mexique, le Chili et le Venezuela, entre autres, qui ont consolidé la base du développement des relations Chine-Amérique latine dans la nouvelle situation et ouvert la voie aux relations futures  » [87].

La référence aux relations de Xi Jinping avec le Brésil ne concerne évidemment pas le président Jair Bolsonaro – qui a exprimé de sévères restrictions au programme idéologique du Parti communiste chinois – mais certains gouverneurs, comme celui de l’État de São Paulo, qui ont directement contacté les autorités chinoises.

Si, au début de l’épidémie, les autorités chinoises étaient considérées par les populations de la région comme responsables des difficultés qu’elles rencontraient, après la large distribution de vaccins chinois l’image de la Chine s’est améliorée aux yeux des latino-américains [88]. Ce changement d’attitude a conduit certains gouvernements à revenir sur leur position face aux investissements chinois massifs dans la région et, surtout, à lever les obstacles à la participation de l’entreprise controversée Huawei aux enchères de réseaux 5G des pays respectifs, malgré les risques pour la sécurité des données transmises sur le réseau et ceux liés à l’espionnage [89].

Dans sa confrontation avec les États-Unis, la Chine se présente dans les forums internationaux comme une victime de l’hégémonie américaine et un grand défenseur d’un monde  » multipolaire  » basé sur la primauté des organisations internationales, comme l’Organisation mondiale de la santé et les Nations unies, considérées comme l’axe du mystérieux Nouvel ordre mondial [90].

Dans un discours prononcé le 20 avril lors de la conférence annuelle du Forum de Boao pour l’Asie 2021 – une sorte de « Davos chinois » – le président Xi Jinping a affirmé qu’il fallait « vaincre la pandémie par la solidarité, renforcer la gouvernance mondiale et continuer à rechercher une communauté avec un avenir commun pour l’humanité », il faudrait donc « sauvegarder le système international centré sur l’ONU ». Nous devons, a-t-il ajouté, « développer pleinement le rôle clé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) » en prenant de vastes mesures « pour améliorer la gouvernance mondiale en matière de sécurité sanitaire » et créer ainsi « une communauté sanitaire mondiale pour tous ».

Après avoir rappelé aux participants que  » l’année 2021 marque le centenaire du Parti communiste chinois « , Xi Jinping a déclaré que son pays  » poursuivra la coopération anti-covid avec l’OMS et d’autres pays, honorera son engagement à faire des vaccins un bien public mondial, et fera davantage pour aider les pays en développement à vaincre le virus » [91].

Il est important de noter l’utilisation continue par la propagande chinoise, ainsi que par d’autres, de « mots-talismans » (« multipolaire », « solidarité », « gouvernance mondiale », « avenir partagé », etc.) qui prennent des significations différentes et sont utilisés pour favoriser un transfert idéologique du public dans un sens qui accepte avec soumission une autorité supranationale irrespectueuse de la souveraineté de chaque pays. Ce programme a trouvé un nouvel allié en la personne du président Joe Biden, qui est favorable à la suppression des brevets sur les vaccins [92] et promet de renforcer l’OMS [93].

Cette vision « multipolaire » coïncide en de nombreux points avec la volonté du pape François de contribuer à la construction de la  » mondialisation polyédrique  » dont il rêve [94], qui verrait la fin de  » l’ordre atlantique  » – en vigueur depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et où subsiste une certaine primauté des restes de la civilisation occidentale et chrétienne. Cette conviction du pontife argentin que le XXIe siècle sera le siècle de l’Asie en raison du transfert du pôle de progrès de l’humanité vers l’Extrême-Orient est l’une des raisons qui explique le recyclage de l’Ostpolitik et le rapprochement du Vatican avec la Chine, culminant avec la signature d’un accord sur la nomination des évêques.

Cet attrait pour l’Extrême-Orient apparaît également dans les nominations de cardinaux, avec l’octroi, au cours des sept consistoires de son pontificat, de treize barrettes à des prélats de la région asiatique. Et elle s’est manifestée également dans l’encyclique Fratelli tutti, comme le souligne Piero Schiavazzi dans un article qui parle d’ « une authentique traslatio imperii que le Pontife n’a pas seulement soutenue, mais anticipée, en la pigmentant de pourpre et en plaçant la barrette, ou si l’on veut le chapeau, sur les futurs équilibres planétaires ». Selon l’analyste, « le ‘pivot vers l’Asie’ de François […] consiste en une conversion à l’Est de l’axe préférentiel de la politique étrangère ». […] Un ‘petit livre rouge’, qui se propose comme vaccin et antidote au virus mutant de l’individualisme et du mercantilisme exaspéré, dans les nouveaux scénarios du monde à traction – et attraction – orientale  » [95].

La conséquence pratique de l’accord Chine-Vatican est que la hiérarchie catholique officielle, inféodée au gouvernement, non seulement reste sous les griffes des autorités chinoises, mais a également commencé à contribuer à la glorification du Parti communiste chinois, en vue de la célébration de son premier centenaire en juillet prochain. Mgr Ma Yinglin – président de la Conférence des évêques (de l’Église dite patriotique) et l’un des évêques dont l’excommunication a été suspendue par le pape François à la suite de l’accord -, a souligné lors d’un symposium à Pékin que « sans le Parti communiste, il n’y aurait pas de Chine nouvelle, pas de socialisme aux caractéristiques chinoises et pas de vie heureuse pour nous aujourd’hui ». Par conséquent, « la communauté catholique en Chine doit répondre activement à l’initiative d’aimer le Parti, d’aimer la patrie, d’aimer le socialisme, de soutenir fermement la direction du Parti communiste chinois, de soutenir le système socialiste aux caractéristiques chinoises, de suivre fermement la voie du patriotisme, et d’aimer activement la société socialiste et de s’y adapter » [96].

Évidemment, ce discours pro-communiste et la soumission aux impositions dictatoriales du régime sont rejetés par les évêques, les prêtres et les fidèles de l’héroïque Église clandestine, qui n’acceptent pas la position schismatique du clergé inscrit dans l’Église patriotique, reconnue par les autorités.

En résumé, le Great Reset post-pandémique a de bonnes chances de se terminer par le déclin de l’Occident, en particulier des États-Unis, et l’extension du modèle chinois au monde entier: une dictature numérique centralisée inspirée par Mao Tsé-toung et avec la bénédiction du pape François….

« Digitus Dei est hic » (Ex 8,15) [97].

Cette mise à jour exhaustive de la thèse d’Ipco, à savoir que lors de l’épidémie de Covid-19 nous avons assisté « au plus grand transfert d’ingénierie idéologique et sociale de l’histoire » pourrait amener le lecteur à imaginer que nous considérons la conjoncture actuelle uniquement comme l’exécution d’un plan purement humain. Toutefois, une telle perception serait trompeuse.

Bien sûr, toutes les données fournies ci-dessus démontrent abondamment que derrière la dictature sanitaire et la marche vers une République universelle se cache un discret groupe de pression qui a une grande influence sur les plus hautes autorités internationales et nationales et – comme il est triste de devoir le dire ! – même sur les autorités religieuses.

Il importe peu que le Sars-Cov-19 ait été délibérément préparé comme arme de guerre biologique dans un laboratoire hautement spécialisé de Wuhan, qu’il se soit échappé involontairement ou qu’il soit le résultat d’une mutation naturelle chez un animal qui l’a ensuite transmis à l’homme [98]. Ce qui compte vraiment pour l’avenir de l’humanité, c’est que son apparition a ouvert la fenêtre d’opportunité pour ceux qui rêvaient d’une Grande Réinitialisation. La part de l’homme dans la situation dramatique que vit le monde est donc indéniable, même s’il n’est pas responsable de l’événement qui a servi à la créer.

Une vision catholique, cependant, doit s’élever au-dessus des réalités naturelles et humaines, jusqu’aux réalités les plus élevées, et se demander dans quelle mesure et de quelle manière ce changement de situation interfère avec la grande bataille qui se déroule tout au long de l’histoire dans le monde surnaturel. C’est-à-dire la bataille entre Dieu et Satan, entre la Cité de Dieu et la Cité de l’Homme, pour employer la comparaison de Saint Augustin.

Cette vision de la réalité – qui ne fait pas abstraction de la foi pour analyser les données concrètes de la vie humaine – ne pouvait pas ne pas examiner le fait, difficilement explicable sur la base de circonstances purement naturelles, que, en classant les pays selon le taux de mortalité par million d’habitants, quelque chose de surprenant apparaît : sur les quatre-vingt-un pays dont le taux est supérieur à la moyenne mondiale, soixante-cinq d’entre eux (80%) sont de tradition chrétienne, et les quarante-huit premiers sont tous des pays chrétiens, des trois Amériques, des Caraïbes et d’Europe [99].

En même temps, la suspension, pendant plusieurs mois, des messes publiques dans presque tous les pays occidentaux, avec la triste complicité de nombreuses autorités ecclésiastiques, plus attentives au soin du corps qu’à celui de l’âme, a laissé d’innombrables fidèles orphelins, dont beaucoup sont morts sans avoir accès aux sacrements. La situation est d’autant plus grave que l’augmentation des restrictions s’est produite précisément pendant les célébrations liturgiques les plus importantes, comme Pâques et Noël.

Comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église catholique, « le mal n’est pas une abstraction, mais il désigne une personne : Satan, le Malin, l’ange qui s’oppose à Dieu. Le ‘Diable’, diá-bolos, est celui qui ‘se met en travers’ du plan de Dieu et de son œuvre de salut accomplie dans le Christ » (n° 2851). Dans le Notre Père, « en demandant d’être libérés du Mal, nous prions en même temps d’être libérés de tous les maux, présents, passés et futurs, dont il est l’auteur ou l’instigateur » (n° 2854). Ces maux sont avant tout spirituels, mais ils peuvent aussi être physiques, y compris la maladie, comme on le voit dans la vie de Jésus, dans certains récits de l’Écriture (notamment le livre de Job) et dans les récits des exorcistes. En tant qu’anges déchus, les démons ont en effet un pouvoir sur la matière. Par conséquent, rien ne les empêche de participer, par permission divine, à l’apparition ou à la propagation du Sars-Cov-19.

Du point de vue du mal spirituel promu par les démons, le document de l’Ipco soutenait que, sans une contamination préternaturelle collective, il serait difficile d’expliquer l’extrême passivité de l’opinion publique face aux restrictions sévères de sa liberté et aux violations de l’ordre démocratique, ainsi que sa volonté de se prêter à un transfert idéologique. Pire encore, la grande majorité de la population a sympathisé avec ses geôliers, comme si elle était victime du « syndrome de Stockholm » [100].

Malgré les protestations qui ont mobilisé des milliers de personnes dans de nombreux pays, les enquêtes réalisées par des instituts de sondage réputés continuent de montrer que la majorité de la population accepte largement les décisions du gouvernement et même les projets visant à imposer des contrôles encore plus stricts et invasifs.

Par exemple, en ce qui concerne les douze mois écoulés depuis le premier lockdown au Royaume-Uni, un sondage Ipsos réalisé en collaboration avec le King’s College de Londres a montré qu' »un tiers des personnes interrogées (32 %) déclarent que pour elles personnellement, l’année écoulée a été similaire ou meilleure que la moyenne [des années précédentes], tandis que la majorité (54 %) disent qu’elles regretteront au moins certains aspects des restrictions Covid-19 et qu’une personne sur cinq (21 %) déclare que ses finances seront finalement meilleures qu’elles ne l’auraient été s’il n’y avait pas eu de pandémie ». Le paradoxe est qu’une grande partie d’entre eux reconnaissent que « la pandémie va aggraver leur santé mentale » (43%) et que « dans l’ensemble, elle a été pire que prévu pour le pays ». (57%) [101].

Une autre enquête Ipsos – cette fois-ci pour le Forum économique mondial – a révélé qu’en moyenne, « environ trois adultes sur quatre dans vingt-huit pays sont d’accord pour dire que les passeports contenant le vaccin Covid-19 devraient être exigés des voyageurs pour entrer dans leur pays et qu’ils seraient efficaces pour sécuriser les voyages et les grands événements ». Et « environ deux personnes sur trois disent qu’ils devraient être obligatoires pour avoir accès aux grands lieux publics, et un nombre égal s’attend à ce qu’ils soient largement utilisés dans leur pays ». L’approbation de la moitié des vingt-et-un mille répondants ne concerne que l’accès aux magasins, aux restaurants et aux bureaux [102].

Quelle que soit la prépondérance du facteur peur dans les populations, les conduisant à accepter des limites qu’elles n’accepteraient pas normalement, la présence d’une composante préternaturelle dans cette surprenante passivité de la majorité ne peut être ignorée.

Quel que soit l’équilibre entre les éléments humains et préternaturels dans la création de la situation actuelle et dans l’attitude énigmatique d’une grande partie des autorités et d’une grande partie de la population, un catholique ne peut nier que tout cela a été permis par Dieu, qui gouverne habituellement l’Histoire par des causes secondaires, c’est-à-dire par l’action de ses créatures, qui peuvent être des virus, des démons, des hommes, ou les trois à la fois.

Par conséquent, si l’origine de l’épidémie était purement naturelle, il s’agirait clairement d’une grande punition pour l’humanité initiée par Dieu lui-même, qui pourrait l’intensifier par le biais de nouvelles variantes du virus et du chaos sanitaire, économique et social que les nouvelles vagues de la pandémie entraîneraient.

Si, par contre, l’épidémie – qu’elle soit naturelle ou provoquée par l’homme – a été méticuleusement employée dans le but de produire la « nouvelle normalité » dictatoriale vers laquelle le monde semble se diriger, cela pourrait aussi être un moyen utilisé par Dieu pour infliger un grand châtiment à l’humanité qui consentirait à devenir esclave par peur de mourir.

Dans cette perspective, la punition divine et l’action surnaturelle et humaine ne s’excluent pas mutuellement.

À Fatima, la Vierge a expliqué aux enfants bergers que la Grande Guerre, qui se poursuivait encore en 1917, était une punition pour les péchés des hommes. Mais cette punition de la société brillante et corrompue de la Belle Époque est venue des mains d’hommes qui avaient des plans précis, dont l’exécution a conduit au massacre de la fleur de la jeunesse, à la chute des monarchies des Empires centraux, à la perte de l’influence politique et culturelle de l’Europe et à la montée du modèle libéral-égalitaire annoncé par Hollywood, et – surtout – à la montée du communisme en Russie et à la création de la Société des Nations, ancêtre de l’ONU.

Par conséquent, les punitions de Dieu peuvent être infligées par les machinations maléfiques des hommes.

Une réflexion analogue peut être faite sur un aspect particulièrement douloureux de la situation actuelle : la manifestation de la crise interne de la Sainte Eglise, dans laquelle on voit aussi la main de l’homme, les griffes du diable et le « doigt de Dieu » (Ex 8,15) qui punit l’infidélité.

La docilité de la grande majorité des pasteurs face aux impositions arbitraires et illégales des autorités ; sa complaisance à suspendre les actes de culte divin et les grandes fêtes et à empêcher ou à limiter l’accès des fidèles aux églises ; sa hâte à favoriser les cérémonies pénitentielles générales, sans confession individuelle des péchés, et à interdire la manière révérencieuse de recevoir la Sainte Communion, à genoux et sur la langue ; sa mauvaise volonté envers les prêtres zélés qui se soustrayaient aux règles absurdes de l’administration des sacrements ; l’empressement à défendre ces mesures et les autorités civiles qui les ont imposées ; et, enfin, l’effort pour convaincre les fidèles de se faire vacciner, alors qu’il n’existe aucune raison proportionnellement sérieuse de le faire, tout cela a rendu public et notoire le fait que ces prélats remplacent la foi dans le surnaturel par une adhésion inconditionnelle au « médicalement correct » et le zèle pastoral par la soumission au monde et à ses caprices du moment.

Mais comment ne pas voir qu’avec cette attitude les prélats laissent entrer, par les fentes des portes et des fenêtres des églises fermées, les bouffées de la « fumée de Satan » moderniste qui pollue l’intérieur des milieux catholiques depuis tant de décennies ?

Dans ce processus d’autodémolition de l’Église catholique, qui se révèle aux yeux de tous, même des fidèles les plus simples, il est possible de discerner le doigt de Dieu avec des yeux surnaturels. L’attitude d’une grande partie de la hiérarchie catholique a permis de révéler aux yeux des petits la décadence d’une grande partie du clergé, sur laquelle la Vierge a pleuré lors de l’apparition à La Salette.

Une fois encore, on peut dire que les punitions de Dieu passent parfois par les machinations perverses des hommes.

Fin (de ma traduction)

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