Le philosophe catholique Martin Steffens vient de coécrire avec Pierre Dulau un essai sur la crise sanitaire intitulé Faire face. Dans un entretien avec Aleteia, il s’inquiète de l’alignement français sur le modèle chinois du « crédit social ». Et surtout, il interpelle directement l’Eglise (qui, à l’exception notable mais médiatiquement négligeable de Mgr Aillet, ne s’est guère fait entendre). « Par la voix officielle de ses évêques et par la voix forte de ses membres, refusera-t-elle aujourd’hui ce pass sanitaire? » Ou devra-t-elle se préparer à affronter la colère de Dieu?

Ce qu’il a de nouveau, c’est qu’on vaccine aujourd’hui les enfants, non pour leur survie, mais pour celle de leurs grands-parents, sachant d’ailleurs que ceux-ci survivront en très grande majorité à cette épidémie. Cela change tout. Un enfant qui attrape le tétanos meurt en quelques jours. Les enfants étaient les premières victimes de la polio. Mais un enfant qui attrape le Covid ne meurt pas. En France, les statistiques officielles vous disent que les moins de 44 ans représentent largement moins de 1% des décès et que l’on peut compter sur les doigts d’une seule main les enfants et les jeunes gens décédés « des suites de la Covid ».

Je pense que c’est un fantasme dangereux de léguer à la science notre pouvoir de décision. On ne peut pas se laver les mains d’une décision sous couvert d’une expertise scientifique. C’est au nom de l’économie, érigée en science dure, que la branche radicale du bolchevisme massacrait les opposants. C’est au nom de théories biologiques largement admises au XXe siècle par les scientifiques eux-mêmes, que d’autres, en Allemagne ou en Suède, planifieront l’extermination des handicapés mentaux ou la stérilisation des femmes en échec scolaire…

Tout pouvoir, pour n’être pas contesté, se revêt des atours de la scientificité. Et Lénine annonçait, enthousiaste : « C’est le départ d’une époque très heureuse où l’on pratiquera de moins en moins de politique, où seuls les ingénieurs et les agronomes auront la parole. »

Or la véritable science n’est pas arrêt de la discussion, sentence oraculaire qui tombe d’en-haut, jusqu’à rendre possible la relégation d’une partie de la population au rang de citoyens de seconde zone. La science véritable n’a pas cette terrible prétention. Elle est questionnement, tâtonnement, elle est un champ de bataille fécond, traversé de dogmes contradictoires et d’intérêts contraires, mais où sont censées avoir voix au chapitre toutes les hypothèses.

Parmi les « obstacles » levés pour « le bien de tous », il y a la possibilité d’infliger une amende de 45.000 euros à quiconque servirait un café à ces parias d’un nouveau genre que seront les non-vaccinés. Parmi ces obstacles levés, il y aura bientôt une partie des mesures que préconise un rapport parlementaire ahurissant, daté du 03 juin 2021 et intitulé « Crises sanitaires et outils numériques », consultable par tous sur Internet. Ses auteurs, sans ciller, prennent la Chine en exemple de la gestion de la crise. Les mesures que ces députés préconisent sont toutes plus cauchemardesques les unes que les autres.

Nous levons donc des obstacles, oui, mais ce sont ceux qui nous séparent de la Chine. Voyez, on s’émeut de la fameuse « note sociale » chinoise, fondée sur le traçage numérique des Chinois. Mais qu’est-ce que ce pass sanitaire sinon la première forme, en France, de notation sociale ? Il y a les très mauvais, les non-vaccinés, dont font d’ailleurs partie, merci pour eux, la moitié des soignants et bon nombre de médecins. Un peu au-dessus, parmi les non-vaccinés, il y a ceux qui se font régulièrement tester. Enfin les vaccinés. Et encore, parmi eux, il y a les vaccinés une fois, deux fois et trois fois… On dira que la note sociale chinoise se fonde sur une surveillance informatique. Or, vous le savez, la CNIL vient d’autoriser la levée du secret médical concernant le vaccin et tous les tests PCR que vous réalisez sont enregistrés et gardés en mémoire.

Au sein de l’Église catholique, il est depuis quelques temps question de la consécration de la France au Cœur de Jésus. En tout cas une chose est sûre : la France ne bat plus au rythme de ce cœur. En quelques mois, des mesures ont été prises qui font de la France une nation dans laquelle un chrétien peine à se reconnaître. Quelques exemples : nous sommes aujourd’hui autorisés, en laboratoire, à produire des chimères, c’est-à-dire des embryons mi-homme, mi-animal ; pour cause de « détresse psychosociale », l’interruption médicale de grossesse est possible jusqu’à neuf mois ; on peut désormais engendrer sans passer par l’union charnelle, en réduisant l’époux à une dose de sperme ; l’euthanasie est en passe d’être légalisée…

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https://fr.aleteia.org/2021/07/16/martin-steffens-le-pass-sanitaire-est-une-defaite-de-la-morale/

Dans son Histoire, et selon la doctrine de ses docteurs, l’Église s’accommode de tous les types de régime : démocratique, monarchique, républicain… Elle ne refuse le pouvoir que s’il se dresse manifestement contre Dieu. Ainsi des régimes totalitaires.

L’Église, par la voix officielle de ses évêques et par la voix forte de ses membres, refusera-t-elle aujourd’hui ce pass sanitaire ?

Si elle ne le fait pas, l’Histoire jugera.

Sans parler de Dieu, dont la lenteur à la colère n’empêche pas (et même suppose) qu’il l’éprouve parfois…

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Ibid
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