L’occasion était une messe célébrée à Rome le 12 mars en l’Eglise mère des Jésuites à Rome. François a laissé au Père Sosa le rôle de célébrant principal, et il a concélébré pratiquement en tenue de ville, sans aucun ornement liturgique, contredisant les instructions données par lui-même dans Traditionis Custodes et témoignant ainsi de son désintérêt total, voire son mépris, pour la liturgie. Les objections raisonnées d’un éminent canoniste américain, le Père Gerald Murray, rapportées par Giuseppe Nardi.

L’ Horror Missae du Pape François

Giuseppe Nardi
23 mars 2022
https://katholisches.info/2022/03/23/horror-missae-durch-papst-franziskus/

Gerald E. Murray, prêtre et spécialiste de droit canonique bien connu aux Etats-Unis, accuse le pape François d’abuser du droit liturgique. La concélébration de François lors de la messe en l’église romaine des jésuites le 12 mars dernier en est la cause. Le célébrant principal était le général jésuite Arturo Sosa. La théologie liturgique et le droit liturgique ne connaissent aucune telle concélébration de l’évêque du lieu.

Gerald E. Murray a été ordonné prêtre en 1984 pour l’archidiocèse de New York. Après avoir travaillé plusieurs années dans la pastorale paroissiale à Manhattan et dans le Bronx, il a été envoyé à Rome pour étudier le droit canonique à l’Université pontificale grégorienne, où il a obtenu son doctorat et a ensuite travaillé comme juge au tribunal ecclésiastique métropolitain. Il est cependant rapidement retourné à la pastorale paroissiale, où il travaille encore aujourd’hui. Pendant de nombreuses années, il a également été aumônier militaire de la réserve navale américaine. Depuis des années, il est surtout actif dans l’apostolat des médias, a ses propres émissions et chroniques dans différents médias catholiques comme EWTN et Radio Maria, mais aussi dans des médias séculiers comme Fox News, MSNBC et Voice of America. Outre l’anglais, il parle le français, l’espagnol, l’italien et un peu le portugais.

Hier, Murray a publié un commentaire sur le média Internet The Catholic Thing, fondé en 2008 par Robert Royal. Le déclencheur a été la concélébration du pape François lors de la messe célébrée dans l’église mère de l’ordre des jésuites à Rome à l’occasion du 400e anniversaire de la canonisation d’Ignace de Loyola, le fondateur de l’ordre des jésuites. A cette occasion, François a une nouvelle fois fait part de sa sympathie pour Pedro Arrupe, l’ancien général controversé de l’ordre.

« Cette pratique est strictement interdite ».

Le spécialiste du droit canonique Murray porte toutefois son attention sur la célébration de la messe qui s’y est déroulée. Le pape était annoncé comme célébrant principal, mais il a concélébré et prêché, tandis que le supérieur général de l’ordre des jésuites, le P. Arturo Sosa, était le célébrant principal. A ce sujet, Murray dit :

« La théologie et le droit liturgiques ne prévoient pas qu’un évêque, et encore moins l’évêque diocésain dans son propre diocèse, concélèbre la messe avec un prêtre comme concélébrant principal (sauf en cas de nécessité grave, comme une infirmité). Cela découle de la nature même du ministère épiscopal : l’évêque est le grand prêtre dans son diocèse. Il offre le sacrifice de la messe pour son peuple, tandis que ses prêtres, les collaborateurs qui servent l’Église locale sous son autorité, concélèbrent avec lui ».

C’est sans chasuble, sans aube ni étole, que le pape François a concélébré samedi dernier dans l’église romaine des Jésuites.
Murray dénonce le fait que François n’ait pas participé à la procession d’entrée, mais qu’il soit déjà assis sur son siège, et qu’il n’ait pas non plus porté les ornements liturgiques pendant la concélébration.

« Cette pratique est strictement interdite ».

L’auteur renvoie à ce sujet à l’instruction Redemptionis Sacramentum de la Congrégation pour le culte divin de 2004, qui dit ceci :

« Il faut réprouver l’abus selon lequel des ministres sacrés, contrairement aux prescriptions des livres liturgiques, célèbrent la sainte messe, même si un seul ministre y participe, sans vêtements sacrés« .

C’est pourquoi Murray pose la question de savoir si le pape est lui aussi soumis au droit liturgique, pour répondre par l’affirmative. Et il pousse aussitôt la question de savoir si le pape peut se dispenser des lois liturgiques, ce à quoi il répond par un « oui, mais ».

« Oui, mais le canon 90 dit qu’il doit y avoir une ‘raison juste et raisonnable’ pour une dispense ».

Le pape François s’est-il donc dispensé canoniquement de l’obligation de porter des vêtements liturgiques, bien qu’il ait prêché et concélébré à la messe ? « C’est possible », écrit Murray, « mais le Saint-Siège n’a donné aucune indication qu’il l’ait effectivement fait ».

Un mépris flagrant des lois liturgiques sans raison apparente

C’est justement ce qui semble inhabituel et qui a poussé le spécialiste du droit canonique à formuler des objections, car l’acte du pape François est, pour autant que l’on sache, sans précédent dans l’histoire. On ne connaît aucune concélébration et encore moins une forme quelconque de célébration de la messe d’un pape sans vêtements liturgiques. Murray poursuit :

« Y avait-il une raison juste et raisonnable pour que le pape ne porte pas les vêtements liturgiques prescrits ? Il est très difficile, voire impossible, d’affirmer qu’une telle raison existait dans ce cas ».

Murray se montre alors très clair :

« Nous sommes ici confrontés à une réalité qui n’est que trop familière aux catholiques dans la vie de l’Église au cours du dernier demi-siècle et au-delà – le mépris flagrant des lois liturgiques sans raison apparente autre que la préférence du prêtre célébrant« .

Pour certains, selon le canoniste, de tels abus sont insignifiants, d’autres considèrent toute critique du pape comme  » outrageante « , car après tout,  » c’est le pape « , et celui-ci peut  » faire ce qu’il veut « . Murray rétorque à cela :

« Mais c’est justement parce qu’il est le pape que nous devrions être préoccupés par sa décision de ne pas respecter les règles de célébration de la messe. Le pape est la plus haute autorité de l’Eglise et, en tant que tel, il est appelé à faire respecter les lois de l’Eglise afin de ne pas scandaliser les fidèles par un mauvais exemple. Le scandale consisterait à donner l’impression qu’à l’instar du pape, chaque prêtre peut faire ce qu’il veut en ce qui concerne le respect des lois liturgiques ».

Cela aurait des conséquences :

« Ce n’est un secret pour personne que de nombreux catholiques reviennent à la célébration de la messe latine traditionnelle, parce qu’ils sont fatigués des abus liturgiques largement répandus lors de la célébration de la nouvelle messe ».

Le pape en serait parfaitement conscient, puisqu’il l’évoque lui-même dans la lettre d’accompagnement aux évêques de son motu proprio Traditionis custodes du 16 juillet 2021 :

« Les abus des uns et des autres dans la célébration de la liturgie me font souffrir de la même manière. Tout comme Benoît XVI, je condamne le fait que « dans de nombreux endroits, le nouveau Missel n’a pas été célébré fidèlement mais a été perçu comme une autorisation, voire une obligation de ‘créativité’, qui a souvent conduit à des déformations difficilement supportables de la liturgie ».

Murray rappelle que François a également donné un conseil aux évêques à ce sujet :

« En même temps, je vous demande de veiller à ce que chaque liturgie soit célébrée avec dignité et dans la fidélité aux livres liturgiques promulgués après le Concile Vatican II, sans excentricités qui peuvent facilement conduire à des abus ».

Le mauvais exemple

Murray ne le mentionne pas, mais le mauvais exemple a été donné par François précisément dans l’église mère de l’ordre des jésuites, dont les membres sont déjà accusés : Jesuita nec rubricat nec cantat. Le spécialiste américain du droit canonique en tire ses conclusions :

« Les propres mots du pape François sont un blâme pour sa décision de concélébrer la messe sans vêtements liturgiques. Le caractère sacré de nos actes liturgiques est encouragé et protégé lorsque les prêtres et les évêques se conforment volontiers et soigneusement aux exigences du droit liturgique. Les fidèles chrétiens ont le droit de participer à la prière liturgique sans être contraints de subir des ‘distorsions insupportables’ du bon ordre liturgique. Ce droit dépend de la volonté des prêtres et des évêques de se conformer au droit liturgique ».

Il n’y aurait, selon Murray, « aucun privilège clérical » qui permettrait aux prêtres et aux évêques de réécrire les règles à leur guise.

« Mais c’est malheureusement ce que certains prêtres et évêques retiendront de ce regrettable cas d’abus liturgique pontifical ».

Ce que le pape François a pratiqué samedi dernier dans l’église romaine des Jésuites est « une recette pour plus de chaos dans la vie de l’Eglise. Cela doit cesser ».

Le nouveau maître de cérémonie pontifical, Mgr Diego Giovanni Ravelli, et les cérémoniaires de l’Office des célébrations liturgiques du pape ne sont pas intervenus.

Annexe

Dans la lettre accompagnant le motu proprio Traditionis Custodes, le pape François demande aux évêques « d’être vigilants pour que chaque liturgie soit célébrée avecdécorum et fidélité aux livres liturgiques promulgués après le Concile Vatican II, sans les excentricités qui peuvent facilement dégénérer en abus. »

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Samedi 12 mars, le Saint-Père François a participé à une messe présidée par le Révérend Père Arturo Sosa, pour les quatre cents ans de la canonisation des jésuites Ignace de Loyola et Francesco Saverio, la carmélite déchaussée Thérèse d’Avila, l’oratorien Philippe Neri. Il a été communiqué au Bureau de presse du Vatican que le Saint-Père présiderait, comme il était évident, la célébration eucharistique, mais ce fut pas le cas. Dans l’Église du Très Saint Nom de Jésus à Rome, l’Église mère de la Compagnie de Jésus, le Pontife a choisi de prendre du recul et de laisser la célébration au Supérieur Général. Que le Pontife assiste à la messe, il n’y a rien de mal à cela, le Pape peut assister à une célébration eucharistique [pas si simple, en, fait, s’agissant du Pape] avec la mozzetta et l’étole. Mais non, François n’a rien porté par-dessus sa soutane.

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Il a tout de même prononcé l’homélie. Puis, au moment de la consécration, il a concélébré. Sans étole, sans vêtement liturgique, il a tendu la main et prononcé les paroles de consécration.

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Ce fut le chaos dans la salle de presse ! Personne ne savait comment présenter l’événement dans le bulletin quotidien. Le Bureau de Presse écrit : « Cet après-midi, la Sainte Messe a eu lieu en présence du Saint-Père François » et Vatican News écrit : « Le Pape François concélèbre la Sainte Messe ». Sans parler du fait que François était assis aux moments forts de la célébration.

Comment espérer que les fidèles comprennent le sens du sacré si c’est le Pape lui-même qui ne donne pas le bon exemple ?

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https://www.riposte-catholique.fr/archives/166080
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