François doit se rendre au Canada du 24 au 30 juillet prochain. Le voyage, sans doute très fatigant pour lui [il faut lui reconnaître un certain courage], sera l’occasion d’un énième acte de repentance , cette fois envers les populations autochtones, remake à presque un millénaire de distance, de la pénitence de Canossa (1077), qui vit le chef du Saint-Empire romain germanique, Henri IV, s’agenouiller devant le Pape Grégoire VII afin qu’il lève l’excommunication prononcée contre lui. Sauf que la situation est inversée, que cette fois c’est le Pape qui est excommunié, et que le représentant de l’ « empire » dont il implorera le pardon est le petit Justin Trudeau. Giuseppe Nardi plaide pour l’Eglise, soulignant combien est malsaine cette lecture des évènements du passé avec les clés d’interprétation d’aujourd’hui.

Giuseppe Nardi
katholisches.info/2022/07/18/pastoralreise-bussreise-oder-gar-busswallfahrt/

Hier, dimanche, lors de l’Angélus sur la place Saint-Pierre, le pape François a parlé de son prochain voyage pastoral au Canada. A cette occasion, il a effectué une première demande de pardon envers les First Nations (Indiens), Métis et Inuits. Ce n’était pas la première et il faut s’attendre à d’autres au cours du voyage. Tout le voyage au Canada devrait en être marqué. Cela se fait toutefois dans un contexte qui n’est pas sans controverse et qui ne semble pas vraiment rectifié, afin d’éviter tout dommage à l’Eglise et de servir la vérité.

Une demande de pardon de trop vaut mieux qu’une demande de pardon de moins. Toutefois, la vérité doit également être respectée. Les falsifications sont malsaines, voire nuisibles, car elles induisent en erreur la perception collective, et ce parfois sur plusieurs générations.

Lors de l’Angélus d’hier, le pape François a dit textuellement :

« Dimanche prochain, si Dieu le veut, je partirai pour le Canada : C’est pourquoi je voudrais maintenant m’adresser à tous les habitants de ce pays. Chers frères et sœurs du Canada, comme vous le savez, je viendrai parmi vous au nom de Jésus, pour rencontrer et embrasser surtout les peuples autochtones. Malheureusement, au Canada, de nombreux chrétiens, y compris certains membres d’institutions religieuses, ont contribué à une politique d’assimilation culturelle qui, par le passé, a causé de graves dommages aux communautés autochtones de différentes manières. C’est pourquoi j’ai récemment reçu au Vatican certains groupes, représentants des peuples autochtones, auxquels j’ai exprimé mes regrets et ma solidarité face au mal qu’ils ont subi. Et maintenant, je suis sur le point d’entreprendre un pèlerinage pénitentiel qui, je l’espère, pourra contribuer, avec la grâce de Dieu, au chemin de guérison et de réconciliation déjà entrepris. Je vous remercie d’ores et déjà pour tous les préparatifs et l’accueil que vous me réserverez. Merci à tous ! Et je vous demande de m’accompagner dans la prière ».

La demande de pardon de François a pour origine d’anciens internats catholiques, appelés Residentials Schools, pour les enfants d’Indiens et de Métis. Ces derniers sont les descendants d’unions entre Européens et Indiens, le terme français « métis » désignant les métis qui ont adopté un mode de vie non pas européen mais indien et qui sont reconnus au Canada comme un groupe ethnique à part entière.

De la fin du XIXe siècle aux années 1970, ces écoles (obligatoires de 1894 à 1947) ont rempli une mission d’éducation et d’intégration pour le compte de l’État canadien. Les enfants des Indiens devaient être intégrés à la culture européenne de la population majoritaire et, pour cela, séparés de leur milieu de vie. On ne veut plus rien savoir de ces formes d’ « inclusion » qui, selon la compréhension de l’époque, étaient tout à fait bienveillantes. Dès le début des années 90, une commission de réconciliation et de recherche de la vérité de l’Etat s’est penchée sur la question. Depuis, plusieurs réunions de réconciliation ont été organisées par l’Etat.

Pour se racheter, l’État canadien s’en prend aujourd’hui à l’Église catholique, désignée comme bouc émissaire. Cela se fait surtout par l’intermédiaire du Premier ministre Justin Trudeau, qui a récemment fait passer l’une des lois sur l’avortement les plus cruelles et les plus impitoyables, mais qui s’indigne contre l’Eglise catholique pour le travail d’éducation qu’elle a effectué pour le compte de l’Etat, c’est-à-dire des dirigeants de l’époque et de leurs objectifs.

En mai, François a reçu successivement des délégations d’Indiens, d’Inuits et de Métis et a prononcé une demande de pardon.

Les avis peuvent être partagés sur les opinions et les méthodes utilisées à l’époque. La question est de nature culturelle, notamment celle de la culture politique. Il est question de choses qui appartiennent au passé depuis plusieurs décennies, et qui font donc partie d’une forme de gestion du passé. Toutefois, des personnes concernées, qui ont été placées dans ces écoles lorsqu’elles étaient enfants et qui sont les destinataires des demandes de pardon du pape, afin de créer une réconciliation sont encore en vie .

Mais certains observateurs voient surtout dans ce battage médiatique une tentative de diversion par laquelle Trudeau veut faire pression sur l’Eglise pour neutraliser ses critiques de la loi sur l’avortement et minimiser globalement son influence sur la société. L’éloignement de l’Eglise du « catholique » Trudeau est notoire.

Dans le cadre de l’enquête, des accusations mensongères ont été lancées sur ce qui se serait passé dans les internats catholiques du Residential School System géré par l’État et l’Église. Les enfants auraient été opprimés, maltraités et même tués en masse. Les histoires d’horreur se sont succédé avec toujours plus de cruauté. Pendant des années, les médias les ont diffusées sans les vérifier, mais elles se sont révélées fausses.

Mais le mal était déjà fait par un environnement politique et médiatique ouvertement hostile à l’Église.

Les Premières Nations et les Métis se considèrent comme des victimes et voient une chance d’attirer l’attention face à la population majoritaire. La dénonciation de l’Église semble être le moyen d’y parvenir. Pour ce faire, elles aussi sont prêtes, dans leur propre intérêt, à ne pas toujours faire une distinction adéquate.

C’est aussi la faute de l’Eglise elle-même si l’affaire a pu s’envenimer. Il ne s’agit pas ici de méthodes d’éducation dépassées depuis longtemps, qui étaient à l’époque considérées comme justes et appropriées par les autorités séculières et qui étaient également appliquées à la population majoritaire (également en Europe). La hiérarchie ecclésiastique n’a pas réagi à l’accusation, mais est restée sur la défensive. Elle a ainsi accepté le rôle d’accusé, contre lequel de nouvelles accusations, souvent non vérifiées, voire inventées de toutes pièces, pouvaient être formulées.

Depuis, elle est contrainte d’être clouée au pilori et de présenter excuse sur excuse, ce que les milieux intéressés, comme l’ineffable Premier ministre, exploitent à fond. Dans la course entre deux victimes différentes, les Indiens d’hier et l’Eglise d’aujourd’hui, certains milieux se réjouissent. Et ce n’est pas tout : cela paralyse la capacité d’action de l’Eglise.

Le pèlerinage pénitentiel d’un pape succède-t-il au pèlerinage pénitentiel d’un empereur ?

Dans quelques jours, à côté de la célèbre marche pénitentielle d’un empereur, la marche pénitentielle d’un pape entrera-t-elle donc dans l’histoire de l’Église et du monde ? Le fait de qualifier le voyage pastoral d’un pape de « pèlerinage pénitentiel » constitue une nouveauté. Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Un pèlerinage pénitentiel « profane » chez les Indiens du Canada ? De nombreux médias profanes parlent d’un « voyage de pénitence », ce qui serait un changement d’accent. Du côté du Vatican, on parlait toutefois aussi hier d’un « pèlerinage de pénitence ».

Il n’est pas encore possible de dire quelles modifications du programme feront la différence entre un voyage pastoral du pape et un « pèlerinage pénitentiel » ou un « voyage de pénitence ». Selon le programme, le voyage du pape se concentrera sur la rencontre avec les Indiens et les Métis du Canada. Il ne s’agit pas d’un voyage pastoral consacré au Canada et à la population canadienne. De tels éléments de caractère exclusif ont déjà eu lieu par le passé dans les voyages de François. La plupart du temps, les catholiques en étaient exclus.

Le logo insolite du voyage pastoral au Canada ne laisse transparaître aucune référence chrétienne. Il représente des oiseaux, des poissons et des plantes et veut, selon l’explication, correspondre à l’univers imaginaire (préchrétien ?) des Indiens – plus encore, il semble, de manière pratique, correspondre au culte climatique ressemblant à une religion auquel le mainstream politico-médiatique rend hommage.

Au cours de ce séjour de six jours, trois offices papaux sont prévus : une messe dans un stade sportif de l’État d’Alberta ; le même jour, une liturgie de la parole dans le cadre du pèlerinage du Lac Ste Anne, un pèlerinage organisé depuis 1889 en l’honneur de sainte Anne sur le lac du même nom en Alberta, un des premiers centres métis ; enfin, une messe au sanctuaire national canadien Sainte Anne de Beaupré dans l’État de Québec. Une première chapelle y avait été érigée dès 1658. La construction de l’église actuelle n’a toutefois eu lieu qu’après un incendie en 1922. Tout comme le lac, qui s’appelait d’abord le lac du Diable, cette église est dédiée à Mère Anne. Sa construction a été encouragée par Anne d’Autriche (1601-1666), arrière-petite-fille de l’empereur Charles Quint et petite-fille du roi Philippe II. En tant qu’épouse du roi Louis XIII, l’archiduchesse d’Autriche et infante d’Espagne fut reine de France de 1615 à 1643, puis régente de France pour son fils Louis XIV jusqu’en 1651.

La proximité que le pape François recherche avec les Indiens, les Métis et les Inuits l’honore et correspond à sa mission pastorale. A côté de cela, il faut cependant rendre aussi hommage à la vérité et s’opposer aux critiques inappropriées de la part de personnes non qualifiées. La différenciation est nécessaire. C’est ce qu’exige la vérité. Il faudrait avant tout rappeler à Trudeau que celui qui vit dans une maison de verre ne doit pas jeter de pierres [proverbe germanique – origine et sens incertains: « quand on est soi-même fragile, on s’abstient de provoquer les autres », ndt]. Le pape François ne l’a justement pas fait au cours de son pontificat jusqu’à présent, en tout cas pas à l’égard des politiciens de gauche. Le fera-t-il au Canada ? Une rencontre avec le Premier ministre Trudeau est prévue le 27 juillet à 16h20 – à la Citadelle de Québec.

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