Great reset, contrôle social: ça se précise. Et même concrètement, une banque canadienne a émis une carte Visa permettant de suivre les émissions de carbone estimées des achats de ses utilisateurs. Pour le moment, cela reste limité dans l’espace et basé sur le volontariat. Mais ce ne serait plus vraiment compliqué de passer au niveau supérieur et de généraliser son usage, le martèlement des médias se charge de préparer l’opinion…

Les écologistes ont toujours essayé de contourner les gouvernements et leurs longueurs pour imposer leurs règles directement à la société, avec des méthodes allant de la persuasion à l’autoritarisme. Pas les quelques extrémistes qui se collent aux murs et barbouillent les tableaux dans les musées. Ceux-là font la une des journaux, provoquent plus d’indignation que d’attention chez les gens ordinaires, et leur geste reste presque sans suite. Le travail des écologistes que l’on ne voit pas, mais qui a un impact beaucoup plus important, est le travail de lobbying auprès des grandes entreprises et des banques, pour introduire des méthodes de contrôle « par le bas », directement dans la société, en régulant le marché, d’abord avec des règles coutumières et volontaires. Puis, lorsque le terrain est prêt, également avec les lois de l’État.

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Écologisme : arrivée des cartes de crédit qui rééduquent

Stefano Magni
lanuovabq.it/it/ecologismo-arrivano-le-carte-di-credito-che-rieducano

Normalement, nous craignons que notre carte de crédit ne bloque l’un de nos achats parce que nous avons épuisé notre crédit. Mais depuis deux ans déjà, on voit se répandre les cartes de crédit qui bloquent un de nos achats parce qu’il est climatiquement incorrect. Autrement dit, selon la banque émettrice, nous risquons d’émettre trop de CO2 avec nos achats.

Au-delà des cas individuels et des produits financiers, il s’agit d’un exemple typique de la manière dont s’établit l’hégémonie écologique. La COP 27 en Egypte s’est terminée sans rien ou presque, comme toujours lorsque des gouvernements très différents sont réunis. Et à l’heure de la crise énergétique, il est encore plus difficile de convaincre l’opinion publique de faire des sacrifices au nom de la lutte contre le réchauffement climatique. C’est pourquoi les écologistes ont toujours essayé de contourner les gouvernements et leurs longueurs pour imposer leurs règles directement à la société, avec des méthodes allant de la persuasion à l’autoritarisme. Pas les quelques extrémistes qui se collent aux murs et barbouillent les tableaux dans les musées. Ceux-là font la une des journaux, provoquent plus d’indignation que d’attention chez les gens ordinaires, et leur geste reste presque sans suite. Le travail des écologistes que l’on ne voit pas, mais qui a un impact beaucoup plus important, est le travail de lobbying auprès des grandes entreprises et des banques, pour introduire des méthodes de contrôle « par le bas », directement dans la société, en régulant le marché, d’abord avec des règles coutumières et volontaires. Puis, lorsque le terrain est prêt, également avec les lois de l’État.

Comment inciter les gens à mener une vie à faible taux d’émission ? Très simplement, en les frappant au portefeuille. Le dernier exemple en date est la carte de crédit, sur le circuit Visa, qui sera émise à partir du début de l’année prochaine par la banque coopérative canadienne Vancity, à Vancouver. De nombreux sites Internet en parlent en ce moment. Afin de ne pas être accusé de complotisme laissons la parole à Vancity:

Chaque titulaire de carte Visa Vancity sera en mesure de suivre les émissions de carbone estimées de ses achats par carte de crédit. Les utilisateurs pourront voir comment leur décompte mensuel se situe par rapport à la moyenne nationale, ou quels achats par carte de crédit ont le coût environnemental le plus élevé. Le Carbon Counter aidera les détenteurs de cartes Vancity à comprendre l’empreinte carbone de leurs achats et leur fournira des conseils sur ce qu’ils peuvent faire pour réduire leur empreinte carbone.

Pour obtenir les données nécessaires à la compréhension de la quantité d’émissions que chaque bien ou service acheté « pèse », une société environnementale est intervenue;

Vancity s’est associée à Ecolytiq, l’une des principales sociétés européennes en matière de technologie d’engagement climatique, pour fournir le premier Visa Carbon Counter au Canada. La solution d’Ecolytiq combine la sensibilisation au climat, l’éducation et le nudging comportemental dans son outil destiné aux institutions financières.

Par « nudging comportemental » (traduction d’une obscure terminologie sociologique anglaise), on entend une incitation à se comporter « bien ». Un exemple de « nudging comportemental » était par exemple le Green Pass obligatoire [pendant le Covid]: bien que vous ne soyez pas obligé de vous faire vacciner, si vous ne vous faites pas vacciner, vous pourrez en faire de moins en moins dans votre vie.

Le projet n’est pas nouveau, nous en avons déjà parlé ici. La start-up suédoise Doconomy y avait également pensé, en 2020, en utilisant cette fois le circuit Mastercard : Do Black, la première carte de crédit qui vous indique combien vous polluez et bloque vos dépenses « si vous en faites trop ». Les utilisateurs qui font preuve de respect pour l’environnement reçoivent même des récompenses financières: effectivement, les propriétaires de Do Black peuvent recevoir des bonus par les magasins connectés au système.

Tant qu’il s’agit de choix personnels et que ce sont les clients qui demandent de telles cartes de crédit, il n’y a pas de grand problème La question ne concernera que ceux qui veulent apprendre à vivre d’une manière respectueuse du climat. Ce n’est pas un choix facile. En effet, ce que vous mangez, buvez, où vous allez, combien vous chauffez, combien vous refroidissez, combien d’appareils vous utilisez, comment vous vous habillez, quelles sont vos habitudes, tout a un impact direct ou indirect sur le climat. L’homme est un fardeau pour la planète, selon l’idéologie écologique. Moins on bouge, moins on mange, moins on consomme d’énergie (et moins on a d’enfants), mieux c’est. Telle est la logique qui doit guider l’action de l’homme nouveau. Mais si c’était seulement le choix de quelques puritains du climat, il n’y aurait aucun effet sur les politiques de lutte contre le réchauffement climatique. Pour que cette stratégie prenne effet, il faut que chacun devienne un puritain du climat.

Un article paru dans Nature (une revue scientifique) réintroduit le concept de « Personal carbon allowances » (PCA), c’est-à-dire les quotas de carbone que chacun est autorisé à consommer. Il ne s’adresse pas seulement aux personnes qui adoptent volontairement ce mode de vie.

Un système de PCA prévoit que tous les adultes reçoivent une part égale de carbone négociable qui diminue au fil du temps en fonction des objectifs nationaux. Dans sa conception initiale, le quota pourrait couvrir environ 40 % des émissions de carbone liées à l’énergie dans les pays à haut revenu, y compris les émissions de carbone des particuliers liées aux déplacements, au chauffage des locaux, au chauffage de l’eau et à l’électricité.

Le même article affirme que ce système doit être révisé. Mais comment ? En introduisant massivement l’intelligence artificielle. Donc, avec un plus grand contrôle sur l’action individuelle.

L’intelligence artificielle pourrait être particulièrement bénéfique pour les projets PCA qui incluent également les émissions liées à l’alimentation et à la consommation. De nombreuses applications volontaires pour smartphone sont déjà en mesure de détecter les comportements personnels en matière de déplacements et d’alimentation afin d’estimer les émissions de carbone et les conséquences potentielles sur la santé. Les algorithmes de ces applis peuvent comprendre intelligemment le mode de transport en fonction de la vitesse et de la trajectoire de l’utilisateur et estimer les émissions liées à l’alimentation en fonction des habitudes d’achat. Plus important encore, l’apprentissage automatique pourrait nous aider à comprendre quelles informations et quels conseils sont les plus efficaces pour promouvoir un changement de comportement par le biais du PCA.

Y aura-t-il, tôt ou tard, un gouvernement qui montrera l’exemple en attribuant à chacun des quotas maximums de carbone autorisés, comme c’est déjà le cas aujourd’hui pour les entreprises et leurs émissions ? On peut y arriver en trois étapes simples et les nouvelles cartes de crédit montrent la voie.

  1. D’abord l’obligation de payer avec de la monnaie électronique.
  2. Puis l’introduction sur le marché de cartes de crédit qui utilisent la technologie pour vérifier les achats que vous effectuez et juger s’ils répondent ou non aux objectifs écologiques fixés par le gouvernement.
  3. Enfin, le fait de les rendre obligatoires bouclera la boucle et nous aurons un régime de contrôle généralisé, semblable au système de crédit social de la Chine.

Au moins, pourra-t-on dire ce qu’on veut, même si ce n’est pas conforme à l’idéologie écologique ? Pas toujours. Facebook, par exemple, a déjà introduit la « bannière » climatique, après avoir introduit celles sur le Covid-19 et les vaccins. Tout ce qu’un utilisateur publie sur le climat, surtout s’il est sceptique, sera automatiquement signalé par une bannière indiquant « Découvrez comment la température moyenne évolue dans votre région » et un lien « Explorez les informations sur la science du climat » menant aux sites web du GIEC, de l’Organisation météorologique mondiale et du Programme des Nations unies pour l’environnement. Il ne s’agit pas (encore) d’une forme de censure. Mais d’un début de rééducation.

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