Nous en avons parlé hier (cf. F comme François) et j’ai eu la curiosité de revenir à l’article d’origine, celui du blog Silere non possum. La nomination qui sert de modèle ici (mais il y en a/aura sans doute d’autres) est celle du nouvel Archiviste et Bibliothécaire du Saint-Siège, un poste prestigieux autrefois systématiquement associé à la pourpre cardinalice (et même le parcours des deux protagonistes, tous deux ayant un cv impeccable, est intéressant sous cet angle). L’épisode illustre à la perfection ce qu’on appelle la « méthode François »... et comment la transition s’opère et les chacals s’agitent quand le pape qui a tout centralisé sur sa personne est malade et réduit à l’impuissance.
Archives apostoliques.
Exit Zani, Pagazzi arrive.
Les nominations du pape malade
Il n’aura fallu que quatre jours après son soixante-quinzième anniversaire pour mettre fin au mandat de Mgr Angelo Vincenzo Zani au poste d’Archiviste et Bibliothécaire de la Sainte Eglise Romaine. Ce matin, le pape François a nommé à sa place Mgr Giovanni Cesare Pagazzi, actuellement secrétaire du dicastère pour la culture et l’éducation.
Le service de Mgr Angelo Vincenzo Zani

Né en 1950, Mgr Zani a été ordonné prêtre le 20 septembre 1975 pour le diocèse de Brescia. Après des études théologiques à Rome à l’Université pontificale Saint-Thomas et à l’Université pontificale du Latran, il a obtenu un doctorat en théologie et une licence en sciences sociales à l’Université pontificale grégorienne.
Son ministère a été marqué par un engagement constant dans l’éducation et la pastorale. De 1995 à 2002, il a été directeur de l’Office national pour l’éducation, les écoles et les universités de la Conférence épiscopale italienne. Par la suite, il a été sous-secrétaire (depuis 2002) puis secrétaire (depuis 2012) de la Congrégation pour l’éducation catholique, recevant la dignité archiépiscopale et le siège titulaire de Volturno. Ordonné évêque par le pape Benoît XVI le 6 janvier 2013, il a exercé sa charge avec dévouement, contribuant de manière significative au travail du Saint-Siège sur les universités et sur la promotion et l’organisation de l’éducation catholique. Mgr Zani a également laissé un important héritage académique avec de nombreuses publications dans le domaine de l’éducation et de la sociologie de la religion.
Malgré sa longue carrière au service du Saint-Siège, Mgr Zani n’a pas été nommé cardinal, subissant le même sort que Mgr Jean-Louis Bruguès, également archiviste et bibliothécaire de la Sainte Église romaine de 2012 à 2018. Le dominicain français, comme Zani, avait occupé cette fonction sans toutefois être élevé à la pourpre. Un sort qui semble se répéter pour ceux qui, bien qu’occupant des rôles importants dans la garde du patrimoine culturel et documentaire du Saint-Siège, ne reçoivent pas la reconnaissance cardinalice étant donné le manque d’intérêt de la governance actuelle pour ces questions.
Mgr Zani a également été le premier archiviste après la réforme voulue par le pape François le 22 octobre 2019, par laquelle le nom des Archives secrètes du Vatican a été changé en Archives apostoliques du Vatican. Un choix qui semble superflu et dénué de sens, puisque le terme « secret » n’avait aucune connotation mystérieuse, mais indiquait simplement que certains documents n’étaient pas publics. Dans la pratique, cette distinction reste valable, mais comme c’est souvent le cas aujourd’hui, l’image compte plus que la substance des actions.
Mgr Giovanni Cesare Pagazzi : le nouvel archiviste et bibliothécaire

Le pape François a choisi comme son successeur Mgr Giovanni Cesare Pagazzi, actuel secrétaire du dicastère pour la culture et l’éducation.
Né en 1965, Mgr Pagazzi a été ordonné prêtre en 1990. Il a obtenu son doctorat en théologie à l’Université pontificale grégorienne et a mené une brillante carrière universitaire, enseignant la théologie dans plusieurs instituts, dont l’Institut théologique pontifical Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille.
Il a été nommé secrétaire du dicastère pour la culture et l’éducation en septembre 2022, poste qu’il a occupé avec une grande compétence.
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[Basses manœuvres en coulisses et nominations douteuses]
Mais dans la situation actuelle, avec un pape incapable d’apposer une signature lisible sur un acte, les tensions internes s’intensifient. En conséquence, ceux qui voyaient en lui un « competitor » potentiel n’ont pas hésité à manœuvrer pour qu’il soit retiré de la Piazza Pio XII [siège de la Congrégation pour l’éducation catholique, ndt], éliminant ainsi un possible épouvantail.
À Sainte-Marthe, depuis quelques jours, la dynamique des grandes heures de Stanisław Dziwisz et de Piero Marini est visible. Un cardinal confie:
La signature du pape est illisible, on ne peut même pas dire que c’est la sienne. Ici, il y a des papiers qui circulent, mais on ne sait pas trop d’où ils viennent. Pendant ce temps, dans les différents bureaux de la Curie, il y a les chefs de dicastère qui ont une pile de documents à signer et à soumettre au pape, mais il est clair que le deuxième étage de Sainte Marthe est blindé. Je ne pense pas que nous y aurons accès avant un certain temps.
Il s’agit du « système François », qui est très différent de celui de saint Jean-Paul II, même si certains journaleux continuent à proposer des récits déformés et « pro-paganti ».
Ces dernières années, le pontife a tout centralisé sur lui et voilà le résultat. Pape à l’arrêt, Église à l’arrêt. Mais en attendant, la structure doit continuer, même si cela ne plaît pas à certains.
Et c’est le moment où tous les ‘très proches’ commencent à ‘prendre l’initiative. Le même cardinal ajoute:
Ce qu’ils ne se sont jamais permis de faire pendant toutes ces années parce qu’ils savaient bien que cela dépendait de l’humeur [de François]. Un peu comme au « Jeu du calamar » (Squid Game), si tu sautes sur la mauvaise zone [??], tu meurs »
Cependant, le pape étant malade, certains osent, peut-être parce qu’ils savent que la normalité ne reviendra jamais.
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