Le commentaire du vaticaniste chilien (ex-) fidèle de JM Bergoglio, est incontournable (avis aux historiens du futur) pour toutes les raisons que j’ai déjà eu l’occasion d’exposer dans ces pages. Le bilan du pontificat, dit-il, ne sera pas facile, Badilla reconnaît que François est une personnalité opaque.
Mais après 12 ans où le bilan spirituel s’est construit jour après jour sous nos yeux, il est permis de dire que, comme pape, il aura été une calamité: un sanglier dans la « Vigne du Seigneur ». Comme homme, « qui suis-je pour juger? ».
Dans l’immédiat, dit Badilla (et c’est le plus intéressant), nous saurons très vite à quoi nous en tenir:

… toutes les opérations effectuées sont déjà destinées à disparaître après l’élection du nouvel évêque de Rome, dont le nom et le prénom nous diront immédiatement comment l’Église catholique a vécu ces douze années de papauté bergoglienne. Le choix du nom, le choix de la résidence personnelle et les premiers mots au « peuple de Dieu » et au monde seront le meilleur test décisif pour lire le passage d’une papauté à l’autre.

L’heure de vérité sur un pape très aimé et applaudi, mais polémique, diviseur et controversé

Luigi Badilla

blog.messainlatino.it/2025/04/badilla-lora-della-verita-su-un-papal

L’heure du bilan du pontificat de Bergoglio n’a pas encore sonné. Il faudra quelques années, pas beaucoup, mais il les faudra. Ce sont les temps de l’Histoire et non ceux de la chronique qui servent vraiment. Pour l’instant, tout ce que l’on voit et entend, en particulier dans certains pays européens, n’a que le mérite de l’actualité. Les faits et les sources, les preuves et la recherche sont des dynamiques qui commencent lentement à tourner, dans l’attente des vraies questions.

La tâche à laquelle sont confrontés de nombreux experts du monde universitaire et de l’Église catholique – et qui devrait conduire au vrai visage du pape – est complexe et très difficile, alors que ce que la chronique rapporte depuis douze ans est facile et simple. François sort maintenant de la chronique et entre dans l’histoire.

Lorsque le tombeau de Sainte-Marie-Majeure sera fermé, ce sera l’heure de vérité sur un pape très aimé et applaudi, admiré et célébré, mais en même temps polémique, diviseur et controversé. Le pape François reste et restera une énigme, non seulement parce que tout son pontificat a été opaque – surtout à certains moments et événements – mais aussi parce que la personnalité de Jorge Mario Bergoglio Sivori reste à décrypter. Personnalité et œuvre sont fortement liées. Nombre d’actes de gouvernement du pape sont inexplicables si l’on ne tient pas compte de sa personnalité et de son caractère.

À tout cela, en ces jours de mort et de préparatifs funéraires, se sont ajoutées – comme on pouvait s’y attendre – des tentatives insensées d’enrôler son magistère à gauche et à droite, ce qui était impensable il y a quelques jours. La lecture des médias internationaux les plus autorisés révèle un pape plutôt inédit, résolument réformateur mais en même temps d’un conservatisme sans faille. Il est intéressant de constater que ces lectures de Bergoglio ignorent complètement le fait central : le pape argentin était le chef des catholiques en tant qu’évêque de Rome, mais on a l’impression que le rôle religieux de François n’ait rien à voir avec la raison ultime pour laquelle il occupait la chaire de Pierre.

Chacun prend dans le pontife le petit morceau dont il a besoin sur le moment, et par diverses acrobaties, parfois surprenantes, François devient une icône de la préservation et de la tradition, mais aussi de la révolution et du réformisme.

Les premiers dans cette opération sont les catholiques et la presse catholique, et paradoxalement, des fragments de la nomenclature catholique y participent aussi. Sur le pape défunt, venu du « bout du monde », finis terrae, s’est donc abattu un lourd double manteau : une lecture laïciste qui concentre tout dans le récit biographique ou dans le profil d’un leader du peuple, presque un Masaniello [révolutionnaire napolitain, 1820-1847] de la foi chrétienne.

Même si le climat médiatique est soviétoïde, contraire à l’humilité et à la douceur avec lesquelles cette même presse immortalise le pape défunt, toutes les opérations effectuées sont déjà destinées à disparaître après l’élection du nouvel évêque de Rome, dont le nom et le prénom nous diront immédiatement comment l’Église catholique a vécu ces douze années de papauté bergoglienne. Le choix du nom, le choix de la résidence personnelle et les premiers mots au « peuple de Dieu » et au monde seront le meilleur test décisif pour lire le passage d’une papauté à l’autre. La chronique n’est pas nécessaire pour ce voyage. Ce qu’il faut, c’est l’histoire, bien différente de la chronique.

Le grand problème est que le pape François a été un pontife énigmatique aux multiples facettes, et il en sera de même pour le bilan. Bergoglio a eu et présenté plusieurs visages : il est le pape médiatique, mais aussi le pape institutionnel, celui de l’opinion publique et des grands rassemblements – « della Piazza » aurait-il dit avant de mourir – et le dirigeant de l’État de la Cité du Vatican, le réformateur, mais aussi le conservateur orthodoxe [?!?] de la doctrine.

Selon l’optique ou les côtés du polyèdre, nous aurons des bilans différents et contrastés, tout comme il y aura les mêmes variations concernant la personnalité du jésuite argentin élu en 2013.

La décantation historique finira par nettoyer et séparer les ingrédients d’un mélange qui rend aujourd’hui le regard opaque.

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