Silere non possum poursuit ses réflexions en marge de la préparation du Conclave, au gré de rencontres et de conversations informelles avec des cardinaux qu’il connaît.
Il ne fait pas de pari, il ne fait aucune révélation, il ne s’agit pas de donner un nom pour le futur pape, mais plutôt de cerner le meilleur profil – il vaudrait mieux dire le moins mauvais, compte tenu de la situation de l’Eglise et de la composition d’un collège électeur en apparence « blindé ». Bref, de dresser un portrait-robot.
Le prince de l’Eglise qu’il a rencontré hier lui a parlé d’un mémorandum paru anonymement en 2022, sans donner plus de détails sur son auteur: il s’agit probablement du fameux texte signé « Demos » (peuple, en grec), publié initialement sur le blog de Sandro Magister, et dont on a su par la suite que son auteur était le cardinal Pell, disparu depuis (cf. www.diakonos.be/settimo-cielo/un-memorandum-sur-le-prochain-conclave-circule-parmi-les-cardinaux-le-voici/) .
Le cardinal confie que le document circule actuellement beaucoup parmi les électeurs, éclipsant les exposés des Congrégation générales et suscitant un grand intérêt, car il pose « de vraies et profondes questions »

Le mémorandum  doit guider nos décisions parce que ce texte a commencé à circuler en des temps non suspects et a déjà mis en évidence un « ressenti commun » parmi les membres du Sacré Collège et d’autres

22 mars 2022

Conclave.

Trahie, divisée, humiliée : l’Eglise demande justice

1er mai 2025
silerenonpossum.com/it/conclave-tradita-divisa-umiliata-la-chiesa-chiede-giustizia/

À l’approche du Conclave, l’impatience grandit et, avec elle, le poids des questions sur l’avenir de l’Église catholique. Quel pape sera choisi par les cardinaux ? Quelles seront ses priorités ?

Par un après-midi ensoleillé de cette Sede Vacante, alors que les Novendiali sont célébrés dans la basilique vaticane, nous nous retrouvons avec un cardinal à l’intérieur d’une résidence religieuse, où le cardinal séjourne en attendant de déménager à Sainte Marthe.

La conversation se déroule entre souvenirs et réflexions : nous parlons de ce qui s’est passé au cours des douze dernières années, de ce qui émerge dans les Congrégations générales, des espoirs et des craintes.

À un moment donné, le cardinal ouvre un tiroir et en sort un document : diffusé anonymement en 2022 parmi les membres du Collège des cardinaux, il dresse un tableau dramatique de l’état de l’Église sous le pontificat de François. Un texte lucide et impitoyable qui, malgré son caractère confidentiel, a retenu l’attention par la précision de sa critique et la clarté des priorités indiquées pour l’avenir.

Restaurer l’unité et la clarté doctrinale

La première priorité indiquée par le mémorandum est peut-être aussi la plus urgente : restaurer l’unité de l’Église par la clarté de la doctrine de la foi et de la morale. Ces dernières années, le manque d’action corrective de la papauté face aux propositions hétérodoxes qui ont émergé dans divers contextes – du synode allemand au cardinal Hollerich – a généré de la confusion, renforçant l’impression que Rome n’est plus un guide, mais un spectateur. L’auteur anonyme a écrit : « Roma loquitur, confusio augetur », dénonçant la perte de la fonction du pape en tant que garant de l’orthodoxie.


Le prochain pape, espère le document, devra remettre le Christ et l’enseignement apostolique au centre, en réaffirmant courageusement des vérités inconfortables pour le monde mais essentielles pour l’Église : l’indissolubilité du mariage, la vérité sur l’homme et la sexualité, la centralité de la messe et du sacrement de pénitence, la nécessité de la mission.

Restaurer le gouvernement et restaurer le droit

Le mémorandum accuse le pontificat de François de réduire l’État de la Cité du Vatican à une zone d’instabilité juridique et d’autoritarisme procédural. La justice, affirme-t-il, a été manipulée : procès menés sans garanties, lois modifiées au coup par coup, manque de transparence, licenciements arbitraires. Le nouveau pape doit rétablir d’urgence la primauté du droit dans l’Eglise, à commencer par la Curie romaine et le respect des droits fondamentaux de chaque personne. La réforme de la justice vaticane, comme celle des finances, ne peut ignorer les critères de vérité, d’équité et de légalité.

Reconstruire la crédibilité morale et financière du Saint-Siège

Les scandales financiers incessants – de Sloane Avenue à l’affaire du cardinal Becciu – ont sérieusement ébranlé la confiance dans la gestion du Vatican. Le nouveau pape devra achever la réforme financière initiée puis interrompue par François, en garantissant la compétence, la transparence et l’indépendance des processus de décision.

Mais le memorandum met en garde: la véritable urgence n’est pas le budget, mais la foi. Le plus grand danger pour l’Eglise n’est pas le déficit économique, mais le déficit spirituel. Les réformes financières sont importantes, mais elles ne doivent pas devenir l’objectif de l’Église.

Arrêter la dérive synodale et préserver la catholicité

Le plus grand risque indiqué dans le document est que l’Église universelle se fragmente en une sorte de fédération d’églises locales, chacune avec sa propre doctrine. Le synode universel, selon ce memorandum, s’est égaré, se transformant en un processus indéfini, coûteux et dispersif. Le nouveau Pape devra redéfinir les limites du processus synodal, en évitant qu’il ne devienne une plateforme de changement doctrinal, et réaffirmer le principe « unitas in necessariis » : l’unité dans l’essentiel.

Réintégrer les fidèles exclus : todos, todos, todos

L’un des reproches les plus sévères adressés au pontificat de François est l’inégalité de traitement : tolérance à l’égard des dérives théologiques, sévérité à l’égard des fidèles attachés à la Tradition. Des monastères contemplatifs et des prêtres tridentins ont été persécutés sans raison. En outre, de nombreux supérieurs généraux ont surfé sur la vague du viol de la loi pour commettre des abus d’autorité et de conscience à l’encontre de moines, de religieuses et de monastères qu’ils avaient ciblés pour des raisons personnelles. L’autonomie des monastères sui iuris a disparu. Le nouveau pape devra panser ces plaies, promouvoir la réconciliation liturgique et redonner de la dignité aux charismes qui ont été marginalisés. Il faudra aussi renouer avec les jeunes clercs et séminaristes, souvent désabusés et désorientés.

Restaurer la voix de l’Église sur la scène internationale

Ces dernières années, la voix morale du Saint-Siège s’est affaiblie. Les silences sur les questions de persécution religieuse (Chine, Ukraine, Venezuela) et le manque de soutien public à des communautés catholiques entières ont réduit le poids du Vatican dans la géopolitique mondiale. Le prochain pape devra relancer la diplomatie vaticane en tant que voix de la vérité et de la justice, et non en tant qu’écho du politiquement correct.

Réformer les Jésuites, repenser le rôle des ordres

Le memorandum conclut par une note préoccupée sur l’état de la Compagnie de Jésus, réduite numériquement et, selon l’auteur, moralement. Une visite apostolique, suggère-t-il, pourrait être nécessaire. À une époque où de nombreux ordres religieux sont en déclin, il est urgent de redéfinir le rôle de la vie consacrée dans l’Église, en distinguant ce qui est essentiel de ce qui est devenu stérile.

Vers le conclave

Le prochain pape héritera d’une Église fatiguée, blessée, divisée. Mais c’est précisément dans les moments de crise que la Providence suscite des figures capables de guider le peuple de Dieu vers la vérité.

Le prochain Pontife doit être, avant tout, un homme de foi profonde, ferme dans la doctrine, libre de la logique mondaine, capable de redonner l’espérance par la clarté et la charité. « Le mémorandum, explique ce cardinal,  doit guider nos décisions parce que ce texte a commencé à circuler en des temps non suspects et a déjà mis en évidence un « ressenti commun » parmi les membres du Sacré Collège et d’autres ». 

Contrairement à certains discours de circonstance, que l’on entend même dans la nouvelle salle du Synode en ces heures, ce texte a mis sur la table de vraies et profondes questions.

Aujourd’hui, plus que jamais, l’Église a besoin d’un berger, pas d’un manager ; d’un témoin, pas d’un promoteur publiciste ; d’un successeur de Pierre, pas d’un porte-voix médiatique.


d.L.A.
Silere non possum

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