Au cinquième jour des « Novendiali », cycle de 9 jours de deuil officiel où sont traditionnellement célébrées dans la Basilique Saint-Pierre par les cardinaux présents à Rome des messes pour le repos de l’âme du Souverain Pontife, les rangs se raréfient parmi les prélats assistant aux célébrations. La lassitude, après douze ans d’un pontificat qu’il est peu de décrire comme épuisant, est palpable (et ainsi, le « récit » privilégié par les médias se consolide: le bon François contre la méchante curie). Un des prêtres romains rédacteurs du blog Silere non possum a pu s’entretenir de façon informelle avec quelques cardinaux. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas la joie.
Un cardinal : « Quel héritage ? »
Une Église fatiguée
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Ce soir, cinquième jour des Novendiali, le cycle des Messes en suffrage du Souverain Pontife défunt, a été célébré dans la Basilique Vaticane. La liturgie a été présidée par le cardinal Leonardo Sandri, vice-doyen du Sacré Collège, dans la forme de la Chapelle papale où seuls les cardinaux concélèbrent. Cependant, aujourd’hui, comme les jours précédents, la participation effective du Collège des cardinaux a été nettement inférieure aux attentes des organisateurs.
Selon ce qui a été observé, quelque 90 cardinaux étaient présents à la concélébration, soit moins de la moitié des 180 qui s’étaient inscrits le matin pour assister aux congrégations générales dans la salle du Synode. Les organisateurs avaient essayé de répartir les cardinaux en demi-cercle pour donner une impression de remplissage, mais il y avait visiblement moins de chaises – déjà réduites les jours précédents – dont certaines sont restées vides.

Silere non possum a ponctuellement documenté cette diminution progressive, montrant jour après jour des photographies qui mettent en évidence l’absence croissante des cardinaux.

Certains prélats continuent de préférer les célébrations avec les petites communautés qu’ils n’ont pas vues depuis un certain temps dans l’Urbe et préfèrent consacrer du temps à des entretiens personnels pour s’aérer l’esprit et apprendre à connaître leurs frères.
Un cardinal explique:
« Il y a plus de liberté, on est plus libre en parlant personnellement plutôt que de quelques ‘candidatures’ que certains font habituellement ».
(…)
« Quel héritage ? Un cardinal raconte
Certains cardinaux ne cachent pas leur inquiétude :
« Certains donnent des interviews en parlant de Conclaves courts, de Conclaves longs… En réalité, nous ne sommes sûrs de rien parce que lorsque les portes se fermeront, le temps de la fiction prendra fin.
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Ce matin encore, plusieurs considérations d’ordre pratique et économique ont été faites, on est toujours attentif à parler en bien du passé mais on n’a pas le courage de dire qu’il faut changer de cap, qu’il faut revenir au respect des personnes, de la loi, des normes. Nous devons commencer à nommer des personnes en qui nous avons confiance et c’est tout, sans alimenter un climat de méfiance qui nous a conduits dans cette impasse ».
En sortant de la basilique et en passant devant la forteresse dans laquelle François s’était réfugié, la question fuse: « Mais qu’est-ce qui a changé depuis 2013, quelles exigences peut-on avoir aujourd’hui pour celui qui s’assiéra sur le trône de Pierre ? »
Le cardinal secoue la tête et explique :
« Rien n’a changé en mieux, nous sommes dans une situation pire encore. Douze ans d’invectives continues sur le cléricalisme, la corruption, la voiture dernier modèle, la puanteur de l’église, les procès, les commérages, la pédérastie…. »
Je ne peux pas écrire tout ce que le cardinal énumère à la vitesse de l’éclair. Je réalise qu’il y a de la fatigue mais aussi de la méfiance, ils ne parviennent pas à identifier quelqu’un qui puisse reprendre l’héritage de cet homme.
Il me demande de manière purement rhétorique:
Quel héritage? Si en 2013 les gens avaient l’impression d’une Curie avec des factions en son sein et des choses qui ne fonctionnaient pas et qui donnaient même lieu à des scandales, aujourd’hui cette idée s’est intensifiée.
François n’a cependant pas éradiqué la corruption, il a simplement repris la main sur les personnes, mais il y a aujourd’hui plus de corrompus qu’avant. Ce qui change, c’est que ce ne sont pas des ennemis de la presse, il y a beaucoup de choses qu’ils arrivent à ne pas laisser sortir, mais elles existent et certains cas ont émergé et émergent dans leur nature tragique, encore maintenant avec la question de la corruption dans la gendarmerie vaticane et le Bureau du Promoteur.
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Combien de fois avons-nous dit qu’il fallait faire face à ces réalités. L’homme qui devra assumer cette lourde tâche devra certainement faire fi des pressions de la presse, laquelle agira avec les mesquineries que l’on sait et commencera à attaquer dès que le Pape s’éloignera des choix de François.
Il s’agit cependant d’un « choix de survie », explique le cardinal.
Mots Clés : Conclave 2025« Si nous voulons survivre et faire avancer l’Eglise du Christ, nous devons agir sans conditionnement. Sinon, il sera difficile d’entrevoir un avenir radieux ».