Je fais avec lui une exception à ma résolution, depuis que la mort de François a officiellement lancé la « course » à sa succession, de ne surtout pas me joindre aux bookmakers d’occasion qui peuplent ces jours-ci les journaux, les blogs, et les plateaux de télévision.
Mais ce portrait du Patriarche latin de Jérusalem , me donne un peu d’espoir pour le conclave.
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Quant au titre énigmatique choisi par AM Valli pour son article, il se réfère à un autre Pizzaballa, son oncle Pierluigi, footballeur international italien des années 60, resté célèbre parce que sa figurine Pianini, introuvable, était donc pour cela devenue iconique

Et si c’était la figurine de Pizzaballa qui sortait ?

Ils disent qu’il parle très peu, ces jours-ci, pendant les congrégations. Mais il écoute beaucoup. C’est son style. Il n’aime pas se mettre en avant. Mais il a une cohérence et un caractère concret, très lombard, qui lui donnent ce qui manque à beaucoup d’autres cardinaux donnés comme candidats au pontificat : la crédibilité.

Pierbattista Pizzaballa, originaire de Cologno al Serio (Bergame), franciscain diplômé en théologie de l’institut Sant’Antonio de Bologne et ayant suivi des études bibliques à Jérusalem, est lié aux lieux saints depuis le début de sa formation. En tant que gardien de la Terre sainte (nommé en 2004), il a travaillé à la protection des sanctuaires chrétiens et à la gestion des relations avec le judaïsme et l’islam. En 2016, le pape François l’a choisi comme administrateur apostolique du Patriarcat latin de Jérusalem, nomination confirmée en 2020 par son élévation au rang de patriarche. En 2023, il reçoit la pourpre, ce qui fait de lui le premier patriarche latin de Jérusalem à faire partie du Collège des cardinaux de l’époque moderne.

Il a étudié l’hébreu, le comprend et le parle. Diplomate par nécessité et par vocation, il sait être clair. À l’occasion de Pâques, il a admis : « D’ici, au vu la situation, il semble difficile de parler de vie et d’espérance » [toutes les citations sont extraites du dialogue du cardinal avec Matteo Matzuzzi pour Il Foglio].

Inutile de tergiverser : « Il y a un avant et un après le 7 octobre 2023 », l’attaque du Hamas contre Israël. Un choc pour tout le monde : Israéliens, Palestiniens, Arabes en général.

« On vit très mal. Il y a un profond sentiment de méfiance qui pénètre la vie sociale à tous les niveaux. Il sera très difficile de reconstruire ».

Même au niveau religieux, il n’y a pratiquement pas d’interaction.

« Il est très difficile de se rencontrer. Tout est immobile. Chacun est enfermé dans son propre récit religieux ».

L’adjectif « difficile » revient souvent dans ses analyses. En tant que croyant et prêtre, il ne perd certes pas espoir, mais il ne peut nier la réalité. À cette réalité, il oppose non pas des philosophies ou des idéologies, mais un visage: Jésus. Il dit :

« En tant qu’Église, il ne s’agit pas de faire du marketing. Il s’agit d’être capable de dire la foi d’une manière sérieuse et solide. Mais pour convaincre, il faut être convaincu. Et pour croire vraiment, il faut en avoir fait l’expérience ».

Si nous ne parlons pas de conversion et de péché, c’est parce que nous excluons Dieu de la vie :

« Je pense qu’il est évident qu’aujourd’hui nous ne parlons pas de conversion et de péché. Ils présupposent l’existence de Dieu. Si Dieu est présent dans votre vie, vous ressentez également le besoin de vous convertir. Si vous avez la conscience de la présence de Dieu à vos côtés, vous avez aussi la conscience du péché et donc de la conversion. Mais si vous n’avez pas la conscience de la vie transcendante, si vous n’avez pas la conscience qu’il y a quelqu’un qui est la source de la vie et qui la change pour vous, et que vous n’avez pas besoin de lui, vous n’avez même pas besoin de vous convertir. Aujourd’hui, nous ne parlons pas de conversion parce que nous avons perdu la conscience de Dieu. Il est inutile de parler de conversion si l’on ne parle pas d’abord de Dieu. C’est de là qu’il faut partir. La conscience de Dieu vous amène à comprendre que vous êtes toujours en manque devant lui et que vous devez vous convertir. C’est un parcours continu, mais le point de départ est la conscience de Dieu. À quoi sert une Église qui ne parle pas de Dieu ? »

L’espoir, disait-on. Vu de l’épicentre d’un conflit interminable, ce concept semble vide de sens. Mais le cardinal précise :

« Pour vous, en Occident, il est facile de confondre espoir et optimisme. Pour nous, en Terre Sainte, il est facile de confondre l’espérance avec la fin du conflit ou avec une solution politique. Si nous identifions l’espérance à un horizon purement humain, aussi beau et désiré soit-il, comme la fin du conflit, nous nous berçons d’illusions en pensant que nous serons consolés. L’espérance, à mon avis, n’est pas l’attente de quelque chose à venir, mais l’expression d’une expérience propre, de quelque chose que l’on a en soi. Elle est l’enfant de la foi. Sans la foi, l’espérance n’a pas de fondement sur lequel construire ».

En ce qui concerne l’ignorance religieuse actuelle, il dit:

« Lorsque j’accompagnais des adultes au baptême, je ne commençais jamais par le catéchisme. Je commençais par l’Évangile, parce qu’il faut d’abord leur faire rencontrer Jésus, le faire connaître directement. Ensuite, chacun doit comprendre comment vivre cette expérience, comment la traduire dans la vie, et c’est là que le catéchisme entre en jeu. S’il n’y a pas de rencontre avec le Seigneur, la catéchèse et la formation deviennent comme un beau cadre construit, mais sans l’image à l’intérieur ».

Patauger dans le bourbier du conflit israélo-palestinien peut rendre cynique ou placide au point de glisser vers l’extériorité. Dans le cas de Pizzaballa, ce n’est pas le cas. Le dialogue est son pain quotidien, souvent amer, mais il préfère le promouvoir plutôt que d’en faire un argument rhétorique. Sincère, il peut mettre mal à l’aise, notamment lorsqu’il dénonce l’instrumentalisation de la religion par la politique, mais il est respecté.

Il a eu soixante ans le 21 avril, lundi de Pâques, le jour de la mort de François. On dit : un peu trop jeune pour être pape.

Citoyen d’honneur de Bergame, il est apparenté à Pierlugi Pizzaballa, l’ancien gardien de but de l’Atalanta [club de Bergame, ndt], célèbre parce que sa figurine, au milieu des années soixante, était introuvable et donc très précieuse.

Et si une autre figurine de Pizzaballa sortait du conclave ?

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