Le compte-rendu d’un prêtre du blog Silere non possum, qui raconte ici le déroulement d’une des congrégations (je suppose qu’il en a eu vent par ouï-dire), semble dire que les cardinaux ont enfin abordé les sujets qui fâchent, c’est-à-dire les critiques du pontificat échu, dressant un portrait-robot qui n’est pas exactement celui de François II. Dans la première partie de l’article l’auteur évoque seulement « un cardinal », avant de citer nommément le cardinal Zen, alors qu’est abordée la situation de l’Eglise en Chine
Un cardinal rompt le silence:
« Nous avons besoin d’un pape qui soit un homme de Dieu et non un homme de stratégie ».
silerenonpossum.com/it/lintervento-di-un-porporato-ultraottantenne-nellaula-nuova-del-sinodo/

Au cours d’une des Congrégations générales qui s’est tenue la semaine dernière dans la nouvelle salle du Synode, un cardinal de plus de 80 ans a prononcé un discours aussi sobre que courageux, offrant à l’Église une exhortation prophétique à la vérité, à la transparence et à la fidélité à la mission originelle du Successeur de Pierre.
Ce discours a abordé des sujets sensibles : l’unité de l’Église, les responsabilités du pape, la collégialité épiscopale, la persécution des fidèles en Chine et les ambiguïtés de la diplomatie vaticane.
L’unité de l’Eglise
Le Cardinal a commencé par une déclaration forte : l’unité de l’Église ne repose pas uniquement sur l’autorité du Pape, mais sur sa fidélité à la vérité et à la mission reçues du Christ. Il a rappelé que l’autorité papale n’est pas arbitraire, mais liée à la Tradition et à l’Évangile. Il a averti que l’unité fondée sur le pouvoir personnel risque de devenir une forme d’autoritarisme si elle n’est pas basée sur la communion ecclésiale.
Le danger d’un centralisme excessif
Le cardinal a dénoncé une tendance croissante à la concentration du pouvoir entre les mains du pape et de la Curie, contrairement à la vision du concile Vatican II, qui souhaitait renforcer le rôle du collège des évêques. Le cardinal a souligné que les évêques, en tant que successeurs des apôtres, ne sont pas de simples fonctionnaires du pape, mais qu’ils ont une véritable responsabilité dans la conduite de l’Église.
Le Collège des cardinaux : un corps décoratif
L’un des passages les plus incisifs du discours a été celui où le cardinal a parlé du Collège des cardinaux qui, au cours des douze dernières années, a été réduit à un « chœur d’approbation » sans réelle possibilité de débat ou de consultation. Il a rappelé que les cardinaux ne sont pas de simples conseillers, mais des électeurs du pape et des garants de l’unité de l’Église universelle. Ignorer leur rôle, c’est vider les institutions ecclésiastiques de leur sens.
L’insuffisance des réformes structurelles
Le prélat a mis en garde contre un enthousiasme stérile pour les réformes structurelles de la Curie, affirmant que de telles réformes risquent d’être superficielles si elles ne sont pas accompagnées d’une véritable conversion spirituelle. Il a insisté sur le fait que l’Église n’a pas besoin d’une réorganisation administrative, mais d’une réforme intérieure, partant de la prière, de l’écoute de la Parole et de la fidélité à la doctrine.
Le drame de l’Eglise en Chine
La partie la plus émouvante du discours a été la dénonciation de la situation de l’Eglise catholique en Chine. Le cardinal a parlé ouvertement de la trahison subie par les fidèles chinois fidèles au pape, abandonnés au profit d’accords diplomatiques avec le régime communiste. Il a déploré le silence du Saint-Siège face à la persécution des évêques, des prêtres et des laïcs qui refusent de se plier à l’Association patriotique contrôlée par le Parti. Il a déclaré que le soi-disant « dialogue » signifiait en fait la vente de la conscience catholique.
Le devoir de vérité et la tentation de l’ambiguïté
L’évêque émérite a invité ses frères cardinaux à ne pas céder à la tentation du silence, de la diplomatie complaisante et de l’ambiguïté doctrinale. Il a dénoncé une Église qui cherche à plaire au monde, qui adapte l’Évangile aux goûts modernes, qui se tait pour ne pas déranger. Il a rappelé que la charité sans vérité devient complicité, et que l’Évangile ne peut être bradé au profit d’un consensus.
Le souhait pour le prochain Pape
Enfin, le cardinal a lancé un appel fort en vue du prochain conclave : il a demandé que le nouveau pontife soit un homme de foi et non de stratégie, un pasteur et non un fonctionnaire, un défenseur des petits et non un complice des puissants. Il doit être, selon Zen, « un homme de Dieu », capable de « souffrir pour l’Église », de « marcher avec les saints », de « résister aux modes » et de « mourir dans la vérité ».
La voix d’un prophète
Le discours, prononcé le lendemain de la fête de Sainte Catherine de Sienne, sonnait comme l’un des appels lancés par la sainte.
À une époque où l’Église est traversée de tensions, d’ambiguïtés et de poussées contraires, le discours du cardinal a remis au centre ce qui compte la fidélité au Christ, la vérité de l’Évangile, la défense des persécutés. Dans une salle où l’on a entendu tant de panégyriques stériles de ces dernières années, non partagés même par ceux qui les ont prononcés, la voix de quelques cardinaux a résonné, limpide et dérangeante. Peut-être, précisément pour cette raison, prophétique.
A.Z.
Silere non possum