Si l’on en croit les « spécialistes », l’apparition rapide de la fumée blanche serait un signe positif, transmettant le message que l’Eglise laissée par Bergoglio n’est pas si fracturée que cela (imaginons les transports si l’élu est un progressiste!!!). Mais il n’en est rien, dit Luisella Scrosatelli, ce serait plutôt un piège pour élire un candidat de compromis: plus précisément, de MAUVAIS compromis (il suffit de se rappeler que le cardinal Bergoglio a été élu au bout de 5 tours de scrutin), en mettant en avant d’authentiques épouvantails qui pourraient effrayer les modérés.
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Heureusement, il existe des alternatives appréciables, comme par exemple le cardinal sri-lankais Malcolm Ranjith, et le patriarche latin de Jérusalem Pierbattista Pizzaballa.

Le « conclave éclair » est le piège pour un mauvais compromis

Luisella Scrosatti
lanuovabq.it
La NBQ, 6 mai 2025

Le nouveau pape dans deux jours ? La précipitation sous prétexte d’unité peut être un piège pour ce qu’on appelle les conservateurs, incités à se rabattre sur une élection rapide au prix d’un nouveau pontificat qui divise et détruit l’Église. Mais il existe des alternatives.

Le temps peut être un bon conseiller : il faut espérer que les cardinaux électeurs en tiendront compte. Surtout ceux que l’on appelle les conservateurs. Car ces derniers temps, on assiste à une sorte de course pour clamer aux quatre vents que le conclave sera court, presque comme si un pape élu en quarante-huit heures était le signe d’une Église unie et forte. Bergoglio a été élu après seulement le cinquième tour de scrutin et ce fut une tragédie pour l’Église.

Le « conclave éclair » peut bel et bien être un piège : il vaut mieux rester des mois sans pape que de se retrouver pendant des décennies avec un pape qui divise et détruit l’Église.

Il est bien évident que d’un conclave qui requiert les deux tiers des votants, émerge souvent un pape de compromis, et dans la situation actuelle de l’Église, sauf disposition contraire de Celui qui commande, il ne faut pas s’attendre à un Saint Pie V.

Or, la plus grande tentation est précisément d’accepter un mauvais compromis, en estimant a priori qu’un blocage prolongé du conclave n’est pas tenable. La seule perspective d’un éventuel « conclave d’usure » fait naître des hallucinations chez certains prélats, qui verraient en Parolin un moindre mal, surtout maintenant que l’ancien secrétaire d’État va quémander la vingtaine de voix qui lui manquent, en offrant l’impensable.

Regardons les choses en face : Parolin n’est pas un bon compromis.

Parolin est la trahison de l’Église. Et ce n’est pas un hasard s’il est le cardinal le plus soutenu par les « journalistes » aujourd’hui. Les faits montrent que Parolin a vendu l’Église au gouvernement chinois : le reste n’est que du vent. Et la vente de l’Église ne peut être acceptée même si « en échange » la messe ancienne est accordée ou la révocation de Fiducia supplicans. Et puis, beaucoup de promesses, mais combien de garanties ? Bergoglio n’a-t-il pas promis qu’il ne donnerait pas d’interviews une fois devenu pape ?

Ce n’est un secret pour personne que beaucoup d’alternatives à Parolin sont dramatiques.

Tout d’abord, les « hommes » de Sant’Egidio. Zuppi [archevêque de Bologne], qui fait la navette entre Bologne et Rome pour montrer son zèle pastoral, et qui, chaque fois qu’il visite la ville de Bologne, ne manque pas une occasion de dire que le pape doit appartenir à tout le monde, doit être accueillant pour tout le monde. Ce qui, pour ceux qui ne connaissent pas encore Zuppi, signifie que les homosexuels peuvent également recevoir une bénédiction nuptiale publiquement à l’église, ce qui s’est produit à Budrio, dans le diocèse gouverné par Son Éminence, avant même que Fiducia Supplicans n’apportent la bonne nouvelle, avec l’approbation de Son Éminence.

L’Église ouverte à tout le monde, pour l’archevêque de Bologne, signifie aussi la bonté de la « famille queer »: un mélange d’enfants de personne, de couples homo, d’époux interchangeables, de pères et de mères ; une horreur [pour] déconstruire la famille naturelle, telle que Dieu l’a voulue, mais que le cardinal a toutefois apprécié, en disant que « l’essentiel est de s’aimer les uns les autres ».

Il y a ensuite l’autre cardinal courtisé par la Communauté de Sant’Egidio : José Tolentino Calaça de Mendonça. Le cardinal-poète peut se prévaloir d’une grande et enviable érudition littéraire, mais il n’a pratiquement aucune expérience pastorale (sauf trois ans dans une paroisse de Madère), ni diplomatique, ni même une solide formation théologique.

Dans la pratique, il sera l’otage d’autres. Son cardinalat a été l’un des nombreux coups de foudre de François : Tolentino est venu prêcher les exercices à la Curie romaine en 2018 et a reçu la barrette rouge l’année suivante. Personne ne sait pourquoi : il suffisait que François l’apprécie.

Mendonça a été particulièrement attentif à ne pas prendre de positions publiques sur les sujets brûlants du pontificat de Bergoglio, faisant du larvatus prodeo [j’avance masqué] son uniforme personnel. C’est pourquoi il est apprécié à Sant’Egidio. Comme Zuppi, Mendonça parraine lui aussi des personnages très problématiques en préfaçant leurs livres, mais en prenant soin de ne pas trop s’exposer. Et si Zuppi aime les ponts du Père James Martin, le Portugais se sent une affinité particulière avec Sœur Teresa Forcades, la bénédictine de Montserrat, qui veut révolutionner l’Église sur le divorce, l’avortement, le genre et le sacerdoce féminin. La religieuse « Pasionaria » devant, abattant les murs, et lui, le poète, derrière, pour voir comment cela se passe. Virilement.

Un autre nom qui semble émerger est celui du cardinal François-Xavier Bustillo, évêque d’Ajaccio. Très problématique, son lien avec le frère Daniel-Marie Thévenet, frère conventuel lié au Renouveau charismatique, qui aurait « renouvelé » dans ce sens les couvents de l’Ordre présents au-delà des Alpes [en France}, à l’invitation de Bustillo lui-même, supérieur de l’Ordre en France et en Belgique de 2006 à 2018. Bustillo est également, avec Thévenet, l’un des trois frères fondateurs du couvent de Narbonne. Contrairement aux indications de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Thévenet remplit les célébrations eucharistiques d’exorcismes publics, de prétendues prophéties, de parlers « en langues », de vagues préannonces de guérisons, d’applaudissements et de chorales dignes d’un stade pendant l’élévation, et de tout ce qu’il faut pour alimenter le pur sensationnalisme au détriment de la crédulité des gens simples. C’est cet homme que Bustillo a chargé de « réformer » les couvents de l’Ordre. Avant d’être scandalisé par le flot de réactions négatives à Fiducia supplicans.

Un « deuxième ligne » qui, en cas d’impasse, pourrait figurer parmi les papabili est le cardinal Stephen Brislin. Attristé par le fait que les gays ne se sentent pas chez eux dans l’Église, l’archevêque de Johannesburg (Afrique du Sud) s’est aussi distingué par d’autres ouvertures : comme l’accueil, dans son diocèse, du mouvement We Are All Church SA, partisan du sacerdoce féminin et de l’abolition du célibat sacerdotal obligatoire. Son adhésion aux bénédictions autorisées par Fiducia Supplicans, en opposition avec l’épiscopat du continent, est bien connue.

La liste des calamités pourrait être allongée à l’infini, car il y a dans le Conclave des personnages qui ont plus d’un squelette dans leur placard. Et d’autres dont nous avons appris à « apprécier » les talents ces dernières années : comme le couple Hollerich-Grech, les metteurs en scène des Synodes d’ouverture à toutes les insanités ; ou comme le cardinal Marx, qui a ouvert la voie au Synodaler Weg, le lançant dans les vastes prairies du schisme. Il y a aussi Tucho Fernández, que l’on ne présente plus, et Claudio Gugerotti, surnommé « le bouquetin » pour ses ascensions curiales (et sans doute aussi pour l’encornement de ses concurrents).

Mais ce que nous voulons dire, c’est que le danger de ces « alternatives » ne doit pas terroriser les cardinaux au point qu’ils se tournent vers Parolin. Car des alternatives réellement valables existent et doivent être soutenues, même au prix d’une impasse.

Comme celle du cardinal sri-lankais Malcolm Ranjith Patabendige, archevêque de Colombo (Sri Lanka), un homme à l’expérience pastorale extraordinaire, à la fois comme prêtre et comme évêque, activement proche (et pas en paroles) de la pauvreté matérielle et spirituelle, mais aussi avec une bonne expérience de la diplomatie et de la Curie romaine. Il possède une incroyable polyvalence linguistique (il en parle dix couramment), une capacité de dialogue avec les autorités politiques, mais aussi un grand sens de la justice qui ne le réduit pas au silence lorsque c’est nécessaire. Doté d’un grand sens de l’Eglise et de la liturgie, Ranjith a pour atout son extraordinaire capacité à catéchiser les enfants. Un homme qui vit vraiment dans les périphéries, les connaît et les aime, mais en même temps une personnalité qui connaît aussi le leadership ecclésiastique.

Et puis le cardinal Pierbattista Pizzaballa qui, en ces années de graves tensions en Terre Sainte, a fait preuve d’une remarquable et solide stature spirituelle et diplomatique. La diplomatie de Pizzaballa est authentique : ses interventions, en vrai pasteur, ont toujours cherché la défense et le soutien de la communauté chrétienne dans une situation d’extrême difficulté. Alimenté par la controverse, le patriarche de Jérusalem des Latins est néanmoins connu comme un homme de foi profonde, non seulement pour son authentique piété eucharistique et mariale, mais aussi pour sa capacité à lire les situations à la lumière de la foi, plutôt que de la politique.

Deux noms, mais pas les seuls. Des noms qui ouvrent la voie à un compromis réaliste, qui n’a cependant pas pour contrepartie la liquidation de l’Église. Un tel compromis n’est pas seulement possible : il est nécessaire.

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