Prononcée avant-hier dans la Chapelle Sixtine, devant les cardinaux, elle a fait beaucoup parler (en bien) ceux qui s’intéressent plus au contenu qu’au contenant et c’est donc tout naturel de lui faire une place ici.
Avant de lire le commentaire de Nico Spuntoni, sur la Bussola, voici le texte, la version officielle en français est maintenant disponible sur le site du Vatican:

www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/homilies/2025/documents/20250509-messa-cardinali

« Disparaître pour que demeure le Christ » : les débuts de Léon XIV

Nico Spuntoni
lanuovabq.it/it/sparire-perche-rimanga-cristo-lesordio-di-leone-xiv

Hier [vendredi 9 avril], lpremière homélie du nouveau pontife lors de la messe avec les cardinaux dans la chapelle Sixtine. Une homélie christocentrique et une célébration qui confirme l’intention de pacifier l’Église, en dépassant les polarisations.

Foto Vatican Media/LaPresse

« Disparaître pour que demeure le Christ ».

Des mots percutants, fortement christocentriques. Ils ont été prononcés hier, entre autres, par Léon XIV qui a célébré sa première messe avec les cardinaux.

Prévost est arrivé dans la chapelle Sixtine en portant des vêtements liturgiques qui confirmaient son intention de pacifier l’Église, en évitant les polarisations du passé et en ne renonçant pas aux symboles de la fonction. Le nouveau pontife portait une férule qui ressemble à celle offerte à Pie IX en 1877 par le Cercle Saint-Pierre et reprise entre 2008 et 2009 par Benoît XVI. En même temps, il avait choisi une chasuble plus simple qui semble rappeler le style de son prédécesseur immédiat. 


Les débuts de Léon ont été positifs, et pas seulement dans les aspects extérieurs. Le texte de l’homélie en est une preuve. Une déclaration d’amour pour l’Église, « arche du salut qui navigue sur les vagues de l’histoire, phare qui illumine les nuits du monde ».

Ce qui fait l’Église, ce n’est pas « la magnificence de ses structures ou la grandeur de ses édifices », qui existe et ne doit pas être niée ou cachée, mais « la sainteté de ses membres, de ce peuple que Dieu s’est acquis pour qu’il proclame les œuvres admirables de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière ».

Prévost s’est attardé sur la tiédeur de la foi actuelle et sur l’historicisation de la figure du Christ. Deux tendances périlleuses que l’on n’a pas entendues prêcher depuis longtemps.

Léon XIV a dénoncé ouvertement les nombreux contextes

dans lesquels la foi chrétienne est considérée comme une chose absurde, pour des personnes faibles et sans intelligence; des contextes dans lesquels on lui préfère d’autres valeurs, comme la technologie, l’argent, le succès, le pouvoir, le plaisir [où il est difficile de témoigner et d’annoncer l’Évangile et] où ceux qui croient sont moqués, combattus, méprisés ou, au mieux, tolérés et plaints.

Pour Prévot, précisément à cause de cela,

ce sont dans ces lieux que la mission est urgente, parce que le manque de foi entraîne souvent des drames tels que la perte du sens de la vie, l’oubli de la miséricorde, la violation de la dignité de la personne dans ses formes les plus dramatiques, la crise de la famille et tant d’autres blessures dont souffre notre société, et pas des moindres.


Le nouveau Pape montre qu’il a parfaitement cadré les vrais problèmes que l’Église doit affronter dans le monde d’aujourd’hui, et qui ne sont pas l’écologie ou l’immigration. La crise de la foi, remettre Dieu au centre. Telles sont les priorités du manifeste programmatique de ce nouveau pontificat.

Un pape missionnaire pour une société devenue un terrain imperméable à la diffusion de l’Évangile. Une homélie que certains ont ouvertement qualifiée de « Ratzingerienne ».

Prévost rejette les flatteries de ceux qui voudraient réduire le christianisme à un amas de bons sentiments et le Christ à une sorte de gourou. Il l’a exprimé ouvertement dans un passage intense de son homélie :

Aujourd’hui encore, les contextes ne manquent pas où Jésus, bien qu’apprécié en tant qu’homme, est réduit à une sorte de leader charismatique ou de surhomme, et cela non seulement chez les non-croyants, mais aussi chez de nombreux baptisés, qui finissent par vivre, à ce niveau, dans un athéisme de fait. Ici, le christianisme culturel ne suffit pas, ni la pratique religieuse obscurcie par l’ignorance des vérités de la foi.


Un texte à admirer et à méditer, conclu par un passage qui commence par une citation de la Lettre aux Romains de Saint Ignace d’Antioche.

Conduit enchaîné dans cette ville, lieu de son sacrifice imminent, il écrivit aux chrétiens qui s’y trouvaient : « Alors je serai vraiment disciple de Jésus-Christ, quand le monde ne verra pas mon corps ». Il faisait référence au fait d’être dévoré par les bêtes du cirque – et c’est ce qui s’est passé -, mais ses paroles rappellent, dans un sens plus général, un engagement auquel ne peut renoncer quiconque, dans l’Église, exerce un ministère d’autorité: disparaître pour que demeure le Christ, se faire petit pour qu’il soit connu et glorifié, se dépenser sans compter pour que personne ne manque l’occasion de le connaître et de l’aimer.

Il n’y a pas grand-chose à ajouter.

En attendant, hier sont arrivées les communications sur les rendez-vous les plus importants. La messe pour le début du pontificat sera le dimanche 18 mai à 10 heures. Demain, la récitation de la Regina Coeli sur la place Saint-Pierre et après-demain la rencontre avec la presse mondiale où, qui sait, Prévost pourrait expliquer les raisons du choix de son nom pontifical.

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