Samedi dernier, recevant les cardinaux dans la salle Paul VI, Léon XIV a évoqué son prédécesseur Léon XIII, le pape de Rerum Novarum.

« Le pape Léon XIII, avec l’encyclique historique Rerum Novarum, a abordé la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle. Aujourd’hui, l’Église offre à tous son patrimoine de doctrine sociale pour répondre à une autre révolution industrielle et aux développements de l’intelligence artificielle, qui apportent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail« .

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Discours du pape aux cardinaux, 10 mai 2025

Il n’en fallait pas plus pour que l’on parle déjà d’une prochaine encyclique consacrée à l’IA (ce n’est pour l’instant que pure spéculation, mais c’est un espoir fondé), et le titre est tout trouvé: Rerum digitalium.
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Quoi qu’il en soit, la question sera une priorité, et c’est un signe du Ciel que ce soit à un pape scientifique (Robert Prevost est diplômé en mathématiques) que revienne la tâche d’affronter ce défi inouï avec lucidité et surtout crédibilité.

PapaLeoneXIV riceve i cardinali e spiega la scelta del nome

Le nouveau pape et l’IA, une encyclique ne sera qu’un premier pas

Ruben Razzante
lanuovabq.it/it/il-nuovo-papa-e-lia-unenciclica-sara-solo-il-primo-passo

Léon XIII a défendu l’homme contre la machine industrielle, Léon XIV devra le défendre contre la machine intelligente. Un défi qui, pour le souverain pontife, semble si décisif qu’après Rerum novarum, on émet déjà l’hypothèse d’un Rerum digitalium. Mais le vrai changement ne peut pas venir seulement d’un document.

Le nom choisi par le pape Léon XIV n’est pas un simple hommage au passé, mais un signe profond et symbolique, annonçant avec force la volonté d’affronter le présent en pensant à l’avenir.

Le choix du nom Léon rappelle directement la figure de Léon XIII, auteur en 1891 de la célèbre encyclique Rerum novarum, un jalon dans la doctrine sociale de l’Église, avec laquelle les défis de la première révolution industrielle étaient abordés avec courage et lucidité, posant pour la première fois de manière systématique la question de la dignité du travail et du travailleur, du juste salaire et du rapport entre le capital et le travail.

Aujourd’hui, avec une conscience tout aussi aiguë, Léon XIV est confronté à une nouvelle révolution, la révolution numérique, et en particulier à l’expansion rapide et souvent incontrôlée de l’intelligence artificielle, qui remodèle les structures sociales, les relations humaines, les mécanismes de prise de décision, les logiques de production et surtout le sens même du travail et de la personne. L’intention déclarée du nouveau Pontife est d’élaborer une réponse chrétienne aux questions éthiques, sociales et anthropologiques que l’IA soulève, en se référant précisément à la méthode de Léon XIII : partir du concret du temps présent pour annoncer les principes éternels de la justice, de la dignité et du bien commun.

C’est pourquoi on spécule déjà sur la publication future d’une nouvelle encyclique, qui pourrait s’intituler Rerum digitalium, qui se proposerait de guider les consciences, d’offrir des principes partagés, de proposer des limites et des perspectives à une technologie qui risque de dépasser l’homme au lieu de le servir. En effet, la déshumanisation que l’IA pourrait induire représente une réelle menace pour l’humanité. Mais une telle encyclique, aussi précieuse soit-elle, sera-t-elle suffisante ? Une parole autoritaire, aussi inspirée soit-elle, suffira-t-elle à contenir le pouvoir excessif des multinationales technologiques et à protéger les droits des nouveaux travailleurs de l’algorithme ?

Léon XIV semble regarder la complexité de ce défi avec beaucoup d’attention: un véritable changement ne viendra pas seulement d’un document, mais devra aussi passer par des actes concrets, des alliances globales, un fort engagement politique et social, et une mobilisation des consciences qui dépasse les frontières ecclésiales.

Sa formation scientifique – il est diplômé en mathématiques – le rend parfaitement conscient des potentialités et des risques de l’intelligence artificielle, et c’est précisément pour cette raison que sa voix peut être différente, plus compétente et plus crédible.

Mais il ne suffit pas de connaître la technologie : il faut aussi pouvoir l’orienter vers un nouvel humanisme numérique, dans lequel le progrès est vraiment au service de l’homme et non l’inverse. En ce sens, l’appel du pape Léon XIV ne s’adresse pas seulement aux fidèles, mais à l’humanité tout entière : aux « invisibles » du numérique, aux travailleurs des plateformes, aux législateurs, aux chercheurs, aux jeunes et aux moins jeunes, aux croyants et aux non-croyants.

Son pontificat s’ouvre donc sur une vision claire: conduire l’Église dans une nouvelle transition historique, en défendant la primauté de la personne à une époque où la machine risque de devenir l’arbitre des décisions, le juge du mérite, le moteur de l’économie et même le filtre de la vérité. Mais ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement la justice sociale : c’est l’anthropologie elle-même, c’est l’image de l’être humain, c’est la liberté profonde de décider et de discerner.

C’est pourquoi une encyclique, aussi inspirée et profonde soit-elle, ne suffira pas: il faudra des gestes, des alliances, des présences, des témoignages. Il faudra un magistère incarné, capable d’entrer dans les débats politiques, les forums internationaux, les universités, les lieux de travail et les périphéries numériques où vivent ceux qu’aucun algorithme ne considère.

Ce n’est qu’ainsi que l’Église pourra vraiment, une fois de plus, être une lumière prophétique dans un monde perdu.

Léon XIII a défendu l’homme contre la machine industrielle, Léon XIV devra le défendre contre la machine intelligente, mais dans les deux cas, le cœur du problème reste identique : comment préserver la dignité humaine au milieu d’un changement radical. Confier le sort de l’humanité à l’impénétrabilité des algorithmes semble un pari que le Magistère de l’Église entend contrer avec les armes de la culture, de la foi et de l’espérance. Et le pape Léon XIV pourrait être l’interprète idéal pour endiguer la vague technocratique qui menace de submerger les personnes, les sociétés, les économies, les institutions.

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