Voici deux articles, le premier du Wanderer, qu’on ne présente plus, le second tiré du blog catholique « conservateur » américain, Crisis Magasine.
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La damnatio memoriae, à laquelle serait condamné à plus ou moins long terme le « pape venu du bout du monde », n’est peut-être qu’un vœu pieux. D’autant plus que le nouveau Pape, tout en disant des choses très belles, ne cesse de se référer à « l’amato Francesco » (espérons que ce n’est qu’une formule de courtoisie: Benoît XVI usait abondamment du « l’amato Giovanni Paolo II », mais outre que la comparaison avec le pape polonais serait pour le moins hasardeuse, dans la bouche de Benoît XVI, la formule résonnait comme un tribut d’affection sincère à un ami proche) alors que François n’est se jamais référé à son prédécesseur en disant « l’amato Benedetto » (Dieu merci!).
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Peut-être pas de damnatio memoriae pour le moment, donc (impossible, si le Pape actuel s’est engagé à réconcilier l’Eglise »), mais, progressivement, l’oubli, inévitable pour un pontife qui a été défini avant tout, peut-être abusivement, comme « le pape des gestes » (que reste-t-il des gestes, après la mort?), et dont il n’est pas inutile aujourd’hui de rappeler les mauvaises actions de son vivant, y compris dans les relations personnelles
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Et c’est cet oubli que les « Fancistes » (néologisme moins ambigu que « franciscains »!) redoutent le plus. Et c’est pourquoi « ils travaillent d’arrache-pied pour revendiquer Léon XIV et, en même temps, préserver et protéger l’héritage de François ».
François, un mois après sa mort : damnatio memoriae
La damnatio memoriae était une pratique de la Rome antique visant à effacer la mémoire d’une personne considérée comme traitre ou ennemi de l’État, notamment les empereurs, les sénateurs ou les personnages publics en disgrâce. Ce châtiment posthume, décrété par le Sénat, visait à supprimer toute trace de leur existence dans les archives publiques afin de les condamner à l’oubli. Les statues, inscriptions, bustes et documents portant leur nom ou leur image sont détruits, il est interdit de mentionner leur nom en public et, dans les cas extrêmes, les annales historiques sont réécrites. Par exemple, les noms d’empereurs tels que Néron, Domitien et Commode ont été effacés des monuments après leur mort.
François était un ennemi et un traître à la foi catholique. Les dommages qu’il a causés à l’Église sont incommensurables et il faudra beaucoup de temps pour s’en remettre. Si nous vivions dans la Rome antique, il mériterait certainement une damnatio memoriae. Et si nous étions byzantins, il devrait être retiré des diptyques, car par ses paroles et ses actes, il s’est éloigné de la communion catholique.
Pour l’instant, il repose à la vue de tous les visiteurs de Santa Maria Maggiore, dans une tombe minimaliste de style nordique, conçue par un décorateur d’intérieur de Puerto Madero [quartier brabché de Buenos Aires, ndt], qui a dû demander une fortune pour son travail. Tout cela est très pauvre et humble, bien que si cela avait été le critère, il aurait dû préférer une tombe vide dans la crypte du Vatican. Mais bien sûr, il y aurait eu plus de concurrence et moins de fidèles seraient venus le « vénérer ».
Que l’oubli commence
Austin Ruse
23 mai 2025
En ce moment, les Francistes jouent en défense, menant un combat d’arrière-garde contre ceux qui ont remis en question certaines actions, pensées, et même « enseignements » du Pape François. Il y a une odeur de désespoir parmi eux. Après tout, nous avons connu 12 années parfois difficiles, et les Francistes le savent.
Pendant toute la durée de son pontificat, ceux qui avaient ne serait-ce qu’un léger soupçon d’inquiétude ont été qualifiés d' »anti-François », qui « attaquaient » François, ou même d’hérétiques ;
On nous a dit que nous devions donner un assentiment religieux à l’affirmation de François dans Laudato Si’ selon laquelle « La terre, notre maison, commence à ressembler de plus en plus à un immense tas d’immondices. » On nous dit encore aujourd’hui que nous sommes obligés, en tant que catholiques, de croire au « changement climatique » catastrophique provoqué par l’homme. Selon les Francistes, cette affirmation scientifique est devenue aussi fermement établie dans le « magisterium » que le Dieu trinitaire. Notez que les Francistes ont tendance à crier le mot « magisterium »
Au fil des ans, je ne me suis séparé publiquement de François qu’à quelques reprises.
J’ai écrit dans un article sur Crisis Magazine qu’il avait tort sur le nationalisme. J’ai écrit que J.D. Vance avait raison sur le « changement climatique » et que le pape avait tort. J’ai écrit que le pape s’était trompé en célébrant le jésuite arc-en-ciel James Martin, bien que j’aie accordé à François le bénéfice du doute en disant qu’il ne savait pas vraiment ce que Martin préparait et que son cercle de conseillers l’avait trompé. Et je le crois encore.
Comme beaucoup de catholiques fidèles, j’ai été troublé par certaines publications de François. Je comprends que l’Église ait appelé à l’abolition de la peine de mort. Cependant, je ne comprends pas comment la peine de mort peut être – dans certaines circonstances – parfaitement acceptable un lundi après-midi, mais devenir un péché mortel, ou « inadmissible » ou quelque chose comme ça, le mardi matin. C’est littéralement la vitesse à laquelle les choses ont changé.
Je ne comprends toujours pas comment un couple adultère peut commettre un péché mortel en recevant la Sainte Communion le lundi, mais que le mardi, sous certaines conditions d’ « accompagnement », cela devienne tout à fait acceptable.
Et puis il y a la bénédiction des unions homosexuelles. Comment procède-t-on? Bien sûr, les Francistes nous ont tout expliqué. Le prêtre ne bénit pas l’union. Il ne fait que bénir deux personnes qui se tenaient par hasard la main l’une à côté de l’autre. Rappelez-vous, c’est le père James Martin qui l’a fait presque immédiatement.
Ensuite, il y a l’insistance pour que nous acceptions une proposition scientifique comme le « changement climatique ». Tout cela fait partie de ce que le Franciste Austen Ivereigh appelle le « Magistère de François ». Faute de quoi nous ne valons pas mieux que des hérétiques. Pour ma part, je crois au réchauffement climatique, et je crois que c’est une bonne chose. Quant à la catastrophe ? Je suis assez vieux pour me souvenir de l’époque où l’on disait qu’il n’y avait plus d’ours polaires et que Wall Street était censé être sous l’eau à l’heure qu’il est.
Et puis il y a l’aspect personnel. Comme beaucoup de catholiques fidèles, j’ai été surpris de voir à quel point il semblait méchant, voire vindicatif. Pendant des années, beaucoup d’entre nous ont eu le sentiment que François ne nous aimait pas. JPII aimait tout le monde. Benoît aussi. Pas François.

Les Francistes nous ont dit ad nauseam combien il était bon et miséricordieux. On nous dit encore aujourd’hui qu’il était le pape de la miséricorde. Dites-le aux tradis. Dites-le au cardinal Burke, qui s’est vu retirer sa pension par le Vatican. Dites-le au cardinal Sarah et au cardinal Müller, qui ont tous deux été licenciés sommairement.
Les images de François écartant sa main de ceux qui voulaient embrasser non pas son anneau mais l’anneau papal sont gravées dans ma mémoire. Quelle humiliation cela a dû être pour ces personnes traitées sans ménagement par notre père spirituel.
Ils nous ont dit à quel point il était humble. Ils soulignaient généralement que François avait renoncé aux appartements papaux, simples et même humbles, pour s’installer dans l’hôtel du Vatican, où il occupait un étage entier. Les gens s’enregistraient à l’hôtel et on leur disait de ne jamais s’approcher du pape. Je me souviens que le pape Jean-Paul II aimait les déjeuners animés, agrémentés d’arguments théologiques. J’imagine François mangeant humblement seul dans la salle à manger de l’hôtel.
Maintenant que Léon est pape, les Francistes sont inquiets. Ils travaillent d’arrache-pied pour revendiquer Léon et, en même temps, préserver et protéger l’héritage de François. Nous verrons s’ils réussissent. Je soupçonne qu’ils n’y parviendront pas, et ils le savent. On ressent un grand soulagement à l’idée qu’une nouvelle papauté a commencé.
Woody Allen a dit que les relations sont comme les requins ; elles doivent continuer à aller de l’avant ou elles meurent. Tels sont les « progressistes » dans l’Église. Pas un pas en arrière ! Tels sont les Francistes.
D’autres dans l’Église pourraient dire : que l’oubli commence.
Mots Clés : Mort de François
