A l’instar du Wanderer, le blog traditionaliste « Rorate Caeli » confirme qu’il faut donner du temps au Pape avant de porter un jugement, car la tâche qui l’attend est gigantesque.
.
Contrairement à François, qui avait repris en main une Eglise relativement en ordre, quoi qu’on en ait dit alors (le « passif » de Benoît XVI se limitait essentiellement à la tâche de réformer la Curie et d’assainir les finances), avant de tout fracasser avec la délicatesse d’un boulet de démolition, sans régler aucun problème, Léon XIV hérite littéralement d’un champ de mines (pour ne pas dire « de ruines »), se trouvant face à la tâche gigantesque d’étudier et gérer les dossiers brûlants légués par El Papa. Au premier plan, la synodalité, évidemment (et ce qu’on entend par ce terme), mais aussi les églises locales, qui doivent rester impérativement en communion avec Rome (avec le problème de la polygamie, spécifique à l’Afrique).

Pour de nombreux conservateurs, François n’a pleinement joué cartes sur table qu’en 2016, lorsqu’il a publié Amoris Laetitia.

Le Pape Léon XIV doit montrer ses cartes cette année.

Il ne le fera peut-être pas par le biais de grandes déclarations publiques ou d’interviews, ni en déposant des évêques qu’il n’aime pas, mais il le fera inévitablement par le biais des conseils que Rome donne ou ne donne pas aux évêques du monde.

Papamania…
Pour combien de temps?

Léon XIV : Les défis à venir pour le nouveau pape

rorate-caeli.blogspot.com/2025/05/leo-xiv-upcoming-challenges-for-new-pope

Serre Verweij

Nous avons un nouveau pape élu au cours d’une année jubilaire. Il est immédiatement confronté à de nombreuses tâches et dilemmes cruciaux.

Cela peut sembler évident pour tout nouveau Pape, mais en 2013, le Pape François devait principalement s’occuper de la réforme curiale, il n’avait pas à gérer les innombrables questions ouvertes, et même les blessures ouvertes, laissées par ses prédécesseurs.

Le pape Léon XIV, lui, devra faire face à des débâcles en matière de politique étrangère, à un synode pluriannuel et à des églises nationales en rébellion ouverte contre la foi.

Tout d’abord, le cardinal Grech annoncé que le pape François avait (prétendument) ordonné une nouvelle série de processus synodaux devant durer plusieurs années et aboutir à une assemblée ecclésiale à Rome, en 2028, où un nombre égal d’évêques et de non-évêques voteront, une nouveauté révolutionnaire similaire aux synodes et réunions protestants.

C’est la première fois qu’une telle assemblée se tiendra au niveau de l’Église universelle. Les lignes directrices des nouveaux processus synodaux locaux devraient être publiées dans le courant du mois, selon le calendrier fourni par Grech. En juin, les rapports des groupes d’étude basés sur le synode et traitant de sujets controversés devraient être publiés.

Entre-temps, les évêques africains doivent présenter des directives pastorales claires sur la manière de traiter la polygamie, en coopération avec le Dicastère pour la doctrine de la foi (actuellement toujours dirigé par le cardinal Fernandez).

En outre, vers la fin de l’année, les évêques irlandais devront définitivement définir leur parcours synodal pour les années à venir, tandis que les évêques italiens devront décider comment conclure leur synode et comment traiter les demandes radicales des participants pro-LGBT et pro-diaconat féminin.

À cela s’ajoutent les vacances épiscopales, les réformes curiales inachevées, les problèmes financiers du Vatican et les tensions mondiales au sein de l’Église.

Le pape Léon XIV a fort à faire. Il n’a pas le luxe de se mettre lentement en selle. Ce qu’il fera ou ne fera pas cette année en dira long sur notre nouveau pape et sur sa capacité et son désir de restaurer l’unité et l’orthodoxie.

À quoi peut-on s’attendre ?

Des synodes, des synodes et encore des synodes

Le nouveau pape est confronté à un dilemme synodal, tant au niveau mondial que régional, avec les projets de la nouvelle assemblée ecclésiale et la mise en œuvre ultérieure, au niveau local, du synode précédent.

Le pape Léon XIV a exprimé son soutien à l’héritage de synodalité du pape François, mais le sujet a été remarquablement absent lors de sa messe d’inauguration et semble subordonné au message d’unité porté par les cardinaux conservateurs pendant le conclave et maintenant par notre nouveau pape.

La question essentielle et sans réponse reste de savoir ce qu’est la synodalité et ce qu’elle n’est pas. Le Pape Léon XIV devra en décider.

  • L’Assemblée ecclésiale sera-t-elle maintenue ?
  • Dans l’affirmative, s’agira-t-il d’un événement unique ou d’un événement régulier ?
  • Si elle a lieu, le pape Léon XIV veillera-t-il à ce que la plus grande partie des non-évêques qui votent soient orthodoxes ?
  • Limitera-t-il les attentes à son égard et les sujets qu’elle abordera ?
  • Sera-t-elle considéré comme strictement consultative, l’utilisation de l’arme médiatique étant exclue ?
  • En outre, le synode des évêques à Rome sera-t-il déplacé et, si ce n’est pas le cas, une minorité de non-évêques continuera-t-elle à être autorisée à voter lors de ce synode, comme c’était le cas lors du synode sur la synodalité ?

Tout se résume à une question : la synodalité sera-t-elle subordonnée à la collégialité épiscopale ou l’inverse ?

Mais les questions synodales à Rome sont encore plus nombreuses.

  • Va-t-il mettre de côté tous les rapports des groupes d’étude ?
  • Ne publiera-t-il que les rapports modérés ?
  • Ordonnera-t-il que les rapports radicaux soient réécrits ou retravaillés ?

François n’a cessé de reporter ses décisions sur ces questions.

Il apparaît que les libéraux radicaux que François a laissés à la tête du secrétariat du synode tentent de faire pression sur le pape en rendant publique et en faisant la promotion sur les réseaux sociaux d’une nouvelle lettre sur la synodalité.

Dans cette lettre, ils expliquent la synodalité au nouveau pape, qui était pourtant présent aux deux sessions du synode sur la synodalité à Rome, lorsqu’il était encore cardinal.

Cette tentative de définir unilatéralement la synodalité pour le nouveau pape, et de faire pression sur lui pour qu’il mette en œuvre cette version de la synodalité, semble particulièrement étrange, étant donné que le secrétaire général du synode et principal signataire de la lettre, le cardinal Mario Grech, de Malte, était un papabile ultralibéral rival lors du récent conclave, bien plus radical que le pape François lui-même au cours des dernières années de son pontificat, et qu’il a défendu une interprétation radicale de la synodalité qui a été rejetée lors de la dernière session du synode en 2024.

Grech parlait d’une « église arc-en-ciel », où les évêques allemands pourraient être hérétiques et les évêques africains orthodoxes, sur la base du modèle anglican (qui a échoué). François (quelle que soit sa faute) n’a jamais adopté cette vision de la synodalité. Il n’a jamais défini clairement la synodalité, même après un synode de près de quatre ans sur le sujet.

Les cardinaux, lors des congrégations générales pré-conclaves, ont mentionné le problème de l’absence de définition de la synodalité. Apparemment, Grech a pensé que, malgré sa piètre performance au cours du conclave (si l’on en croit le consensus général des sources internes), il avait toujours le mandat de définir la synodalité pour le nouveau pape et de le confronter publiquement à cette nouvelle définition (et même de faire publier sa lettre en plusieurs langues).

Cela pourrait constituer un obstacle supplémentaire pour le pape: comment traiter avec le clergé moderniste radical nommé par le pape François (mais tenu à distance par lui). Mgr Paglia a été le premier prélat radical à être remplacé, mais il venait de fêter ses 80 ans. Comment le nouveau pape peut-il traiter au mieux avec des modernistes nettement plus jeunes ?

Une fois tout cela réglé, il faudra encore s’occuper des églises locales.

Les évêques modérés d’Irlande et d’Italie se tourneront probablement vers Rome pour savoir comment gérer les développements synodaux locaux. La manière dont Rome répondra et dont la synodalité se développera (ou ne se développera pas) dans les deux pays aura probablement un impact sur l’héritage (ou l’absence d’héritage) du Synode du Pape François sur la synodalité et aussi sur le degré d’isolement du Synodal Weg radical d’Allemagne.

Notre nouveau pape a l’opportunité de détruire les nouvelles tendances dissidentes et schismatiques sur leur lieu d’origine, de s’assurer que l’Irlande et l’Italie ne deviennent pas une autre Belgique, et de montrer que Rome peut à nouveau assurer l’unité et la stabilité, comme elle l’a largement fait à l’époque de Jean-Paul II et du cardinal Ratzinger.

Dans le même temps, il pourrait vouloir le faire aussi subtilement que possible pour limiter les réactions négatives. Il pourrait demander aux évêques italiens d’inclure des propositions radicales dans le document final du synode, mais avec de subtils avertissements soulignant son caractère purement consultatif, afin de s’assurer que rien ne se passe avec ces propositions. Le synode irlandais en est à un stade si précoce qu’il peut informer clandestinement les évêques qu’ils devraient se concentrer sur la nouvelle évangélisation et une meilleure catéchèse.

Les implications de la politique pastorale sur la polygamie

La réponse à la polygamie montrera dans quelle mesure l’unité de la doctrine, de l’éthique et de la discipline de base est préservée (et restaurée) dans l’Église, tandis que les groupes d’étude synodaux pourraient avoir un impact sur l’unité doctrinale, mais aussi sur la doctrine en général, le droit canon, la nomination des évêques et le fonctionnement des séminaires.

Le cardinal Ambongo, conservateur modéré du Congo, a indiqué qu’il souhaitait affirmer la doctrine catholique contre la polygamie, tout en assurant un accompagnement pastoral.

L’équilibre exact entre ces deux éléments s’avérera décisif et créera un précédent. Des cardinaux plus âgés, issus de la génération du baby-boom, tels que Turkson (Ghana) et Njue (Kenya) (qui, ironiquement, n’ont pas été nommés par François) ont adopté une position plutôt souple à l’égard de la pratique de la polygamie. Les évêques plus jeunes ont tendance à adopter une position plus ferme à l’égard de la polygamie. L’archevêque Andrew Nkea Fuanya de Bemend, au Cameroun, l’a même qualifiée de sorcellerie et a déclaré que les polygames, tout comme les homosexuels, sont appelés à se convertir. Jusqu’à présent, Ambongo ne semble pas avoir dévoilé toutes ses cartes.

Une distinction entre les unions polygames contractées avant et après la conversion semble possible. La question décisive sera de savoir si l’on adopte une approche gradualiste similaire à celle promue par Amoris Laetitia.

  • Le caractère peccamineux des actes polygames sera-t-il minimisé ?
  • Va-t-on trouver des excuses pour rester dans de telles relations (prétendument temporairement) ?
  • Les prêtres s’abstiendront-ils de dire aux gens d’abandonner de telles relations, ou cesseront-elles d’être des obstacles à la participation aux sacrements ?

Si la réponse à l’une de ces questions est « oui », les évêques africains justifieraient de facto les hérésies allemandes et belges. Ils montreraient qu’ils ne sont pas plus orthodoxes que Reinhard Marx lorsqu’ils traitent des péchés répandus dans leurs propres cultures. Ils suivraient l’exemple des orthodoxes russes qui attaquent le libéralisme occidental et son approbation de l’homosexualité, tout en approuvant la profanation du mariage par la contraception artificielle et les seconds et troisièmes mariages (adultère).

Si les Africains se contentent d’une approche régionalement variée, le même problème de relativisme se pose. Ce qu’il faut, c’est une affirmation claire de la doctrine catholique qui appelle les pécheurs à la conversion, comme l’a fait l’Église primitive.

En 2018, le cardinal polonais Grzegorz Ryś a félicité les évêques africains qui participaient au synode sur la jeunesse d’avoir adopté une position contre-culturelle claire contre la polygamie et a plaidé pour une attitude similaire (mais pastorale) à l’égard de ceux qui s’identifient comme homosexuels. Le pape Léon XIV pourrait forcer Fernandez et la DDF à guider les évêques africains vers une réponse pastorale qui reflète cette position forte, mais pastorale, louée par Ryś.

Actuellement, les évêques africains traitent en effet le sujet dans l’unité, grâce à des contributions des différentes régions pour former un consensus qui sera ensuite discuté avec le Dicastère pour la Doctrine de la Foi. En conséquence, le document qui en résultera pourrait servir de test pour ce à quoi ressemble une inculturation appropriée, pour la collaboration des évêques au niveau continental afin de faire face aux défis actuels, et pour la capacité de Rome, en particulier le DDF, à s’assurer que toute réponse locale, qu’elle soit nationale ou continentale, n’édulcore pas la doctrine, mais au contraire réaffirme clairement la foi universelle et intemporelle dans son contexte spécifique.

Conclusion

Pour de nombreux conservateurs, François n’a pleinement joué cartes sur table qu’en 2016, lorsqu’il a publié Amoris Laetitia. Le Pape Léon XIV doit montrer ses cartes cette année. Il ne le fera peut-être pas par le biais de grandes déclarations publiques ou d’interviews, ni en déposant des évêques qu’il n’aime pas, mais il le fera inévitablement par le biais des conseils que Rome donne ou ne donne pas aux évêques du monde.

Le pape Léon XIV montrera bientôt si ses références à l’unité ont un sens réel ou si elles sont essentiellement rhétoriques.

En conséquence, cette année pourrait servir d’avant-goût des 15 à 30 prochaines années de l’Église.

Prions pour le pape !

Share This