Nous en avons parlé hier (Solidarité à Messa in latino), et aujourd’hui, Giuseppe Nardi nous apporte quelques éclaircissements, y compris techniques. Il est en effet inadmissible, et gravissime, que des années de travail soient effacées en un seul clic, au nom d’intérêts douteux qui se cachent derrière les plateformes, leur permettant d’éliminer les opinions indésirables.
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Je suis particulièrement sensible au sujet, à titre personnel, mais à moins d’un « krach » du serveur, mon modeste blog (présent sur internet depuis 2006), qui représente des heures de travail que je préfère ne pas compter, devrait en principe (le conditionnel est de rigueur) être à l’abri de ce genre de mésaventure, car je paie mon domaine, mon hébergeur et mes outils, et je ne dépends pas d’une plateforme. Enfin, je crois.

Nouveau choc de censure : Messa in Latino a été désactivé
Giuseppe Nardi
katholisches.info
12 juillet 2025
Le site Internet traditionaliste Messa in Latino a été supprimé. Depuis hier matin, le site n’est plus accessible. Les raisons en sont encore inconnues – comme c’est souvent le cas lorsque la censure frappe. Jusqu’à présent, le site fonctionnait sur la plateforme de blogs Blogger Buzz de Google. Sa suppression a eu lieu dans le contexte d’une censure croissante des blogs catholiques qui se montrent critiques à l’égard de l’évolution post-conciliaire de l’Eglise. La restriction croissante de la liberté d’expression dans l’espace numérique, notamment en ce qui concerne les thèmes catholiques et la liturgie traditionnelle, suscite l’inquiétude. En effet, la suppression de Messa in Latino n’est pas le premier cas de ce genre. On soupçonne que la censure pourrait être liée à une interview de don Nicola Bux sur les mensonges du pape François à propos du rite traditionnel.
Messa in Latino est actif depuis 2008. Le blog a été créé en réaction directe au Motu proprio Summorum Pontificum publié par le pape Benoît XVI l’année précédente, qui a entraîné la libération du rite traditionnel. Depuis, le site soutient, en tant que plateforme numérique, la diffusion du Vetus Ordo dans l’Eglise et rend compte des évolutions ecclésiales dans une perspective traditionaliste. En adoptant une position critique à l’égard de certaines évolutions dans l’Église – notamment en ce qui concerne la liturgie et les abus liturgiques – et en soutenant les formes traditionnelles, Messa in Latino a gagné un grand nombre de lecteurs au-delà des frontières italiennes.
L’ère numérique offre des possibilités de communication inédites et une énorme liberté de diffusion de l’information. Mais en même temps, il existe de nombreuses faiblesses, notamment pour les blogueurs qui dépendent des plateformes d’exploitation. Comme dans ce qu’on appelle les nouveaux médias sociaux, le risque de censure existe à tout moment. Jusqu’à la fin de l’année 2016/2017, cette censure était à peine visible. Mais après la victoire électorale de Donald Trump le 5 novembre 2016, le New York Times a appelé dès le lendemain à renforcer le contrôle d’Internet, en lui attribuant la responsabilité du succès de Trump. Depuis, la plupart des pays occidentaux et même l’UE ont resserré les vis.
En 2025, d’autres blogs de la tradition ont déjà été obscurcis
Le même sort a été réservé en 2025, sans aucun avertissement, à d’autres sites liés à la tradition. Ainsi, en février, le blog du blogueur argentin Caminante Wanderer et, en avril, le blog Chiesa e post concilio de Maria Guarini ont été supprimés. Les deux blogs se trouvaient sur la plateforme Blogger (anciennement Blogspot), également gérée par Google. Les trois sites, y compris Messa in Latino, ont été victimes de la censure de Google .
Cela illustre le poids monopolistique de ce géant de la tech, mais surtout la contradiction : ces grands groupes, qui proposent des plateformes de blogs et des réseaux sociaux, sont soumis à la loi régulant le courrier. Ils ne sont que des « transporteurs » du courrier des autres, mais ne sont pas responsables du contenu. Cette seule disposition a fait d’eux les géants qu’ils sont aujourd’hui, y compris sur le plan financier.
Depuis la victoire électorale de Trump en 2016, qui a sidéré ses adversaires, ces groupes tech sont de plus en plus considérés par les Etats comme des médias, qui devraient donc être responsables des contenus au sens de la loi sur les médias. A cela s’ajoutent les fantasmes politiques personnels des actionnaires et des dirigeants, qui imposent leur opinion et recourent donc d’eux-mêmes au moyen de la censure.
Une clarification dans le sens de la liberté d’expression et le retour à une délimitation claire des frontières au sens de la loi sur la presse semblent s’imposer d’urgence. La situation hybride, telle qu’elle existe actuellement, uniquement en raison d’intérêts de politique de puissance, dans laquelle les gouvernements et les groupes de la tech piochent ce qui les arrange sur le plan juridique, ne peut pas être un état permanent.
Caminante Wanderer est actif depuis 2007, Messa in Latino depuis 2008 et Chiesa e post concilio depuis 2010. Le travail de plus de 15 ans est rendu invisible par les censeurs d’une simple pression sur un bouton – suite à des plaintes ou à des algorithmes secrets qui éliminent les opinions indésirables.
Caminante Wanderer et Chiesa e post concilio ont été réactivés après un certain temps. Caminante Wanderer a réagi à la censure en déménageant sur un autre serveur. Chiesa e post concilio est resté sur Blogger, mais a créé un deuxième site sur un autre serveur par mesure de sécurité, afin de prévenir d’éventuelles nouvelles interventions de la censure. Maria Guarini a en outre annoncé vouloir chercher une solution durable sur un nouveau serveur.
La désactivation d’un site ne peut être contournée qu’en créant un nouveau site. Le problème principal réside toutefois dans le fait que l’on est « obscurci » soudainement et sans avertissement. Les lecteurs ne peuvent plus trouver la page. Elle est morte. Mais la majorité ne sait rien de la nouvelle page. L’intervention de la censure est donc extraordinairement grave : un lectorat constitué par des années de travail est éclaté d’un coup et le site subit de graves dommages structurels. C’est bien sûr aussi le but de cette mesure.
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Reste à savoir ce qu’il adviendra de Messa in Latino.