Replaçant la question de l’origine anthropique du « changement climatique » dans son juste contexte scientifique, historique et chrétien, et ayant pris acte que l’idéologie verte la plus anti-chrétienne a infiltré l’Eglise avec le pontificat de François, Roberto de Mattei revient sur la Messe pour la sauvegarde de la Création célébrée par Léon XIV le 9 juillet à Castelgandolfo., où le pape demandait de prier «pour la conversion de [ceux] qui ne reconnaissent toujours pas l’urgence de prendre soin de notre maison commune».
Léon XIV va-t-il suivre la même voie que son prédécesseur? Ou, sans la quitter totalement, va-t-il en « corriger » la trajectoire? En tout cas, le Pape a conclu son homélie par les paroles avec lesquelles Saint Augustin, dans ses Confessions, associe dans une louange cosmique les choses créées et l’homme, et souhaité «que là soit l’harmonie que nous répandons dans le monde».
L’harmonie à laquelle se réfèrent le Pape et Saint Augustin est aux antipodes de l’idéologie verte. La raison et la Révélation divine nous enseignent que l’homme, créé à l’image de Dieu, est placé au sommet de l’échelle hiérarchique de la création. La nature est un moyen donné par Dieu à l’homme pour atteindre sa fin surnaturelle.
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Le monde est la maison de l’homme, donnée par le Créateur de l’homme. Ce n’est donc pas l’homme pour la maison, mais la maison pour l’homme, qui doit cependant, par respect pour le divin Donateur et pour son propre intérêt, en défendre et en préserver les valeurs : c’est l’écologie dans son fondement rationnel et moral.
Léon XIV suit-il l’idéologie des Verts ?
Roberto de Mattei
16 juillet 2025
www.corrispondenzaromana.it
Un cliché très répandu veut que le réchauffement climatique menace l’humanité et que l’homme soit le principal facteur de cette situation. Le changement climatique causé par les activités humaines (en particulier l’utilisation de combustibles fossiles, la déforestation et l’agriculture intensive) a atteint un point critique qui constitue une menace urgente pour l’environnement, la santé, la stabilité économique et la paix mondiale. Pour faire face à cette urgence, il faudrait prendre une série de mesures dans différents secteurs, tels que l’énergie, les transports, l’industrie et l’agriculture, que l’Union européenne a résumées dans la formule de la « transition verte [/écologique] » ou « Green Deal ».
Commençons par dire que la thèse du réchauffement climatique est largement surestimée. Un article paru dans « Libero » du 6 juillet présentait une série de données scientifiques montrant que, de nos jours, plus de personnes meurent de froid que de chaleur. Selon les statistiques, en effet, les décès dus au froid dépassent ceux dus à la chaleur dans une proportion de 9 à 1, et les températures plus élevées réduisent actuellement le nombre total de décès. Luigi Mariani, professeur d’agrométéorologie, s’appuyant sur une série d’études scientifiques récentes, affirme qu’au niveau mondial, de 2000 à 2019, 91 % des décès dus à des températures extrêmes ont été causés par le froid et seulement 9 % par la chaleur.
La conclusion à laquelle sont parvenus les scientifiques n’est pas nouvelle. Il y a dix ans déjà, une recherche internationale publiée dans la prestigieuse revue The Lancet, exprimait la même conviction, sur la base de l’examen de 74 millions de décès dans 12 pays différents. Quand, avec beaucoup d’emphase, les médias nous présentent uniquement les décès liés à la chaleur, ils déforment la réalité.
Mais si l’on admet l’existence d’un changement climatique, celui-ci est-il dû à la nature ou à l’homme et, si oui, comment ?
Ce n’est en effet pas la première fois que des changements climatiques se produisent. Le climat du Moyen Âge, par exemple, était doux. Le XIVe siècle, qui marqua le passage à l’ère moderne, connut un brusque refroidissement. À cette époque, il y eut une avancée des glaciers alpins et polaires, ce qui eut, entre autres conséquences, la disparition de la vigne, qui était cultivée en Angleterre. L’abaissement de la limite sud des glaciers et l’augmentation des précipitations entraînèrent des glissements de terrain, des inondations et des crues, qui provoquèrent une diminution des terres cultivables, puis une série de famines successives. La malnutrition affaiblit la population européenne, la rendant plus vulnérable aux maladies, telles que la peste noire, qui emporta au moins un tiers de la population au milieu du XIVe siècle. Les historiens Ruggero Romano et Alberto Tenenti ont documenté le cycle récurrent de famines et d’épidémies qui a caractérisé le XIVe siècle (Alle origini del mondo moderno 1350-1550, 1967).
Ces calamités n’étaient pas dues à l’homme, mais à la nature. Cependant, le fait que Dieu, maître de la nature, les ait permises, a été interprété comme une punition pour les péchés des hommes qui, en ce sens, ont été tenus pour responsables des catastrophes naturelles. Ce n’était pas la fin du monde, mais la fin d’une époque ; et toujours, au cours de l’histoire, les catastrophes naturelles ont accompagné les infidélités et l’apostasie des nations. Cela s’est produit à la fin du Moyen Âge chrétien, cela semble se répéter aujourd’hui.
L’homme moderne, dans son prométhéisme, a essayé de changer les lois de la nature, mais dans son défi à l’ordre divin et naturel de l’univers, il ne peut qu’être vaincu. La modernité a voulu remplacer le culte de Dieu par le culte de l’homme. Face à l’échec de ce projet, l’idéologie post-moderne remplace le culte de l’homme par le culte de la nature. C’est l’idéologie verte dans ce qu’elle a de plus radical. La « planète Terre » est plus qu’une patrie, c’est une religion terrestre.
Cette idéologie a pénétré à l’intérieur de l’Église sous le pontificat du pape François et s’est matérialisée dans l’image de Pachamama, la Terre-Mère des peuples amérindiens, qui a trôné dans les jardins du Vatican, le 4 octobre 2019, à la veille de l’ouverture du Synode post-Amazonie.
Le nouveau pape Léon XIV est-il un adepte de cette idéologie ? Nous ne voulons pas le croire.
Le 9 juillet 2025, dans le jardin de la Madone du « Borgo Laudato sì » à Castel Gandolfo, a été célébrée la Messe pour la sauvegarde de la création. Le Pape a conclu son homélie par les paroles avec lesquelles Saint Augustin, dans ses Confessions, associe dans une louange cosmique les choses créées et l’homme:
ô Seigneur, Tes œuvres te louent afin que nous t’aimions, et nous t’aimons afin que tes œuvres te louent.
(Confessions, XIII, 33,48)
Et Léon XIV commente:
« Que là soit l’harmonie que nous répandons dans le monde ».
L’harmonie à laquelle se réfèrent le Pape et Saint Augustin est aux antipodes de l’idéologie verte. La raison et la Révélation divine nous enseignent que l’homme, créé à l’image de Dieu, est placé au sommet de l’échelle hiérarchique de la création. La nature est un moyen donné par Dieu à l’homme pour atteindre sa fin surnaturelle. Un théologien du XXe siècle, Mgr Pier Carlo Landucci, rappelle :
Le monde est la maison de l’homme, donnée par le Créateur de l’homme. Ce n’est donc pas l’homme pour la maison, mais la maison pour l’homme, qui doit cependant, par respect pour le divin Donateur et pour son propre intérêt, en défendre et en préserver les valeurs : c’est l’écologie dans son fondement rationnel et moral.
L’homme doit respecter la nature et ses lois, qui ne sont pas seulement des lois physiques et chimiques, mais aussi des lois religieuses et morales. Si l’homme se rebelle contre Dieu ou se détourne de lui, la nature se détourne aussi ou se rebelle contre l’homme. C’est ce qui s’est passé à toutes les époques de crise spirituelle et morale, et c’est ce qui semble se produire aujourd’hui avec le chaos climatique qui nous assaille et qui pourrait se manifester par des punitions naturelles soudaines.
Mais – a dit le Pape à Castelgandolfo -au cœur de l’année jubilaire nous confessons -et nous pouvons le dire encore et encore : il y a de l’espérance ! Nous l’avons rencontrée en Jésus. Il calme toujours la tempête. Sa puissance ne perturbe pas, mais crée ; elle ne détruit pas, mais fait exister, donne une vie nouvelle. Et nous aussi, nous demandons : « Qui est celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent ? » (Mt 8, 27).