Après la sanglante attaque par un char israélien de l’unique paroisse catholique de Gaza, dénoncée par les chefs religieux chrétiens de la région, les agressions continuent. Dernière épisode, lundi 28 juillet, un raid d’intimidation dans le village chrétien de Taibeh, en Cisjordanie, mené par des colons israéliens « extrémistes » (!). Le but est purement et simplement de faire partir toutes les populations non juives, et en particulier chrétiennes.
Vous n’en trouverez guère trace dans les médias français, et pour y trouver l’information, il faut vraiment plonger dans les entrailles du web – j’exagère à peine. Lire (quand même!) le reportage d’Aleteia.
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Le Patriarcat latin de Jérusalem a publié une déclaration qui dénonce le caractère gravissime de ces agressions répétées, et « la campagne de désinformation menée par des groupes affiliés aux colons israéliens ».
Et Giuseppe Nardi s’interroge sur le silence des médias et le réseau de complicité sous-jacent qu’il implique. L’exemple choisi est le principal quotidien italien Il Corrierre della sera, mais les Français ne sont pas en reste (l’exemple le plus flagrant étant la chaîne d’info CNews).

Déclaration des Patriarches et Chefs des Eglises de Jérusalem

www.lpj.org/fr/news/statement-on-the-attack-perpetrated-in-the-christian-town-of-taybeh

Déclaration sur l’attaque perpétrée dans la ville chrétienne de Taybeh
Jérusalem, le 29 juillet 2025

Nous, Patriarches et Chefs des Églises de Jérusalem, exprimons notre profonde préoccupation et notre condamnation sans faille à la suite d’une nouvelle attaque violente qui a visé la ville chrétienne de Taibeh, en Cisjordanie. Plusieurs véhicules ont été incendiés et des graffitis haineux ont été tagués, un acte d’intimidation sans ambiguïté visant une communauté pacifique et fidèle enracinée dans la terre du Christ.

Cet incident grave n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une spirale alarmante de violence des colons à l’encontre des communautés de Cisjordanie, visant notamment leurs maisons, leurs lieux sacrés et leurs modes de vie. Il y a quelques jours à peine, des colons faisaient irruption à Taybeh, conduisant leur bétail au cœur de la ville. Des individus masqués, certains armés, d’autres à cheval, ont parcouru les rues, semant la terreur et menaçant le caractère sacré de la vie quotidienne. Un incendie a même atteint les murs de l’ancienne église, témoignage vivant de la présence durable de la foi chrétienne en Terre Sainte.

Nous regrettons que les déclarations officielles de la police israélienne aient réduit l’affaire à de simples dommages matériels, omettant le contexte plus large d’intimidation et d’abus systématiques. Ces omissions déforment la vérité et ne tiennent pas compte des violations du Droit international humanitaire et des Droits de l’Homme, notamment le droit à la liberté religieuse et la protection du patrimoine culturel.

Une autre source de préoccupation vient de la campagne de désinformation menée par des groupes affiliés aux colons israéliens, lancée en réponse aux récentes visites diplomatiques à Taybeh. Plutôt que d’aborder les graves violations commises, ces discours visent à discréditer les victimes et à minimiser l’importance de la solidarité internationale. Ces distorsions ont pour but de détourner l’attention et de blanchir des comportements criminels qui violent les normes internationales.

Nous sommes profondément troublés par le climat d’impunité qui règne actuellement, qui sape l’Etat de Droit et compromet la coexistence pacifique dans le pays de la Résurrection. L’absence de responsabilité menace non seulement les communautés chrétiennes, mais affaiblit également les fondements moraux et juridiques qui garantissent la paix et la justice pour tous.

Nous demandons au Gouvernement israélien d’agir avec clarté et un engagement moral par :

  • la traduction en justice sans délai les responsables de ces crimes ;
  • la garantie d’une protection efficace et cohérente à la population de Taybeh comme à toutes les communautés vulnérables ;
  • le respect ses obligations en vertu du droit international et la garantie de l’égalité devant la loi.

Nous exprimons notre sincère gratitude aux missions diplomatiques et aux partenaires internationaux qui se sont rendus à Taybeh et ont manifesté leur solidarité avec sa population. Votre présence est source d’espoir et de force morale. Nous vous exhortons à poursuivre votre soutien. L’agression persiste, et notre vigilance et notre prière communes pour une paix fondée sur la justice doivent également persister.

– Les Patriarches et Chefs des Églises de Jérusalem


Nouvelle attaque juive contre la ville chrétienne de Taibeh

Nettoyage ethnique par expulsion

Giuseppe Nardi

Lundi [28 juillet], une nouvelle attaque juive a eu lieu dans le village chrétien de Taibeh. Plusieurs voitures appartenant à des chrétiens ont été incendiées et des graffitis racistes ont été tagués sur les murs.

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Tôt dans la matinée du lundi 28 juillet 2025, le village à majorité chrétienne de Taibeh, près de Ramallah en Cisjordanie occupée par Israël, a de nouveau été la cible d’une violente attaque par un groupe de colons israéliens.

Selon les autorités palestiniennes, les assaillants ont mis le feu à plusieurs véhicules et écrit des slogans racistes en hébreu sur les murs des maisons. Des habitants ont indiqué que l’attaque avait commencé vers 2 heures du matin, heure locale.

L’incident a suscité la consternation bien au-delà de la région, car il s’agit déjà de la troisième attaque contre le village chrétien en l’espace de quelques semaines. Malgré l’attention internationale, les colons juifs ne reculent pas devant de nouvelles attaques. Ils procèdent à un nettoyage ethnique par expulsion. Leur objectif est d’expulser la population arabe, chrétienne ou musulmane, afin de s’emparer de leurs terres. Ce mode opératoire susciterait l’indignation unanime et l’ostracisme international de tout autre peuple civilisé. Les extrémistes juifs, en revanche, semblent très sûrs de leur fait, ce qui laisse supposer un soutien .

Graffitis racistes en hébreu sur les murs de Taibeh.

Le Patriarcat latin de Jérusalem a publié une déclaration officielle avec d’autres dirigeants de l’Eglise. Ils y expriment leur profonde inquiétude face à l’attaque et la condamnent comme un acte d’intimidation ciblé contre une communauté pacifique et croyante, profondément attachée à la terre du Christ [voir ci-dessus].

Ce qui fait la une

Au lendemain de la dernière attaque juive contre Taibeh, le seul village chrétien de toute la Terre sainte, le Corriere della Sera, principal quotidien italien, n’a pas rendu compte de ce nouvel acte de violence. Il a préféré mettre en première page une insulte verbale à l’encontre de juifs français en vacances en Italie. Cet incident sur une aire d’autoroute a ainsi bénéficié d’une visibilité et d’une importance maximales et a été stigmatisé comme une attaque « antisémite ».

C’est un « deux poids deux mesures ».

De plus, le Corriere n’a rien dit sur ce qui a précédé l’échange verbal. Les échanges verbaux, généralement pour des futilités, sont légion sur les aires d’autoroute italiennes dans la chaleur estivale. Aucune d’entre elles ne fait la une des grands médias. La rédaction en chef du Corriere le sait bien sûr. Mais si elle fait sa une sur un tel incident et non sur l’agression de Taibeh, il s’agit d’une décision délibérée, qui peut être considérée comme une prise de position unilatérale.

Plusieurs politiciens italiens de premier plan ont condamné l’insulte avec des mots forts, alors qu’il n’y a eu aucune prise de position sur l’attaque contre Taibeh .

C’est précisément ce comportement d’un puissant réseau politique et médiatique (..) que les patriarches de Jérusalem ont récemment dénoncé [voir annexe]. Ils ont dénoncé le fait que les médias mainstream n’aient que peu rendu compte de la visite des patriarches latin et greco-orthodoxe dans l’unique paroisse catholique de la bande de Gaza, après l’attaque meurtrière des militaires israéliens .

Selon des informations non officielles, le Patriarcat latin considère l’attaque contre la paroisse catholique de Gaza comme une possible mesure de rétorsion israélienne, car les patriarches avaient visité trois jours auparavant le village chrétien de Taibeh en Cisjordanie et condamné les deux premières attaques de colons juifs contre le village.

La nouvelle attaque contre Taibeh semble étayer les suppositions faites au sein du patriarcat latin. L’incident montre en outre qu’Israël et les milieux pro-sionistes font de gros efforts pour influencer l’opinion internationale.

Après l’attaque de la paroisse catholique de Gaza, le pape Léon XIV avait instamment demandé à Israël un cessez-le-feu. En vain jusqu’à présent.


Annexe

Voici ce qu’écrivait Giuseppe Nardi à ce sujet (22 juillet):

Kardinal Pizzaballa, Lateinischer Patriarch von Jerusalem, und der griechisch-orthodoxe Patriarch Theophilos III. prangerten heute im Rahmen einer Pressekonferenz das internationale Schweigen, von Medien und Politik, an zu ihrem mutigen Besuch im zerstörten Gaza-Stadt.
Le cardinal Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, et le patriarche grec-orthodoxe Theophilos III ont dénoncé aujourd’hui, lors d’une conférence de presse, le silence international, médiatique et politique, qui entoure leur visite courageuse dans la ville détruite de Gaza.

Les deux principaux représentants chrétiens en Terre Sainte, le cardinal Pierbattista Pizzaballa pour les catholiques et Teophilos III pour les orthodoxes, ont dénoncé mardi le silence de la communauté internationale sur leur visite vendredi dernier dans la ville de Gaza, à la suite de l’attaque israélienne contre la seule église paroissiale catholique de la bande de Gaza.

« Nous disons à la communauté internationale : le silence face à la souffrance est une trahison de notre conscience », a dénoncé Teophilos III en lisant une déclaration commune des deux patriarches lors d’une conférence de presse à Jérusalem.

« Nous devons dire clairement que cette politique (israélienne) dans la bande de Gaza est inacceptable et injustifiable », a déclaré le cardinal Pizzaballa. Celui-ci a certes reconnu l’existence de voix solidaires au sein de la société israélienne, mais il a souligné la responsabilité de cet État dans les attaques contre les civils dans la bande de Gaza .

Les patriarches ont appelé toutes les parties au conflit à respecter le droit humanitaire et la protection qu’il exige pour la population civile.

« Il est grand temps de mettre fin à cette folie et à cette guerre et de faire passer le bien commun de l’humanité en premier. Nous prions pour la libération de tous les prisonniers, le retour des disparus et des otages », a déclaré Teophilos III.

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