Le 29 juillet dernier, le Vatican a organisé un « Jubilé des missionnaires numériques et influenceurs catholiques ».  Un évènement inédit qui aurait rassemblé des milliers de participants.
Je lis sur le site de RTL (le premier qui m’est tombé sous la souris!):

Sur les réseaux sociaux, de nouveaux influenceurs un peu particuliers font leur apparition. Prêtres comme religieuses utilisent TikTok et Instagram pour répandre leur foi et toucher un plus large panel de personnes.

RTL

Et, toujours sur RTL, voici le portrait d’un des participants (c’est juste un exemple)

Chemise à col romain, manches courtes laissant entrevoir ses tatouages, le père Giuseppe Fusari est surnommée le « prêtre cool ». Originaire de Brescia au nord de l’Italie, il compte plus de 63.000 abonnés sur les réseaux sociaux.

C’est peut-être un brave homme, avec d’excellents intentions, mais…on craint le pire: l’exemple du « père Matthieu », tellement soucieux de répandre la parole de Dieu sur Tiktok qu’il a depuis abandonné la prêtrise, nous enseigne la prudence.

Silere non possum (qui, il est vrai, a une dent contre le fameux dicastère pour la communication) voit les choses autrement

Jubilé. Qui distribue les labels d’ «authentique» influenceur catholique ?

silerenonpossum.com/it/giubileo-chi-distribuisce-i-bollini-di-vero-influencer-cattolico/

L’image est celle qui illustre l’article de SnP
S’agit-il d’un « vrai » influenceur.? Ou est-ce un meme caricatural généré par IA?
Je l’ignore
Plus rien ne m’étonne…

En parcourant ces dernières heures les pages des quotidiens et même les grands et valeureux sites du Saint-Siège, il semble que le concept d’« influenceur catholique » ait subi un curieux et inquiétant appauvrissement sémantique. Des titres ronflants, des photos sur papier glacé, des sourires complaisants et l’habituelle dose de rhétorique numérique encadrent un événement qui se déroule entre désillusion et embarras : le « Jubilé des missionnaires numériques et des influenceurs catholiques ».

Mais qui sont exactement ces « influenceurs » que le Saint-Siège a décidé d’inviter et de promouvoir ? Sur quels critères se fondent cette décision et ce choix ? Suffit-il vraiment d’une poignée de vidéos sur TikTok, de deux danses virales (éventuellement exécutées en direct sur l’autel devant le Saint-Sacrement avec une perruque) et de quelques phrases génériques sur l’amour universel pour obtenir le label « évangélisateurs numériques » ?

Car si l’on regarde la réalité, celle faite de centaines de prêtres, de religieux et de laïcs qui partagent chaque jour des méditations sur l’Évangile, des explications du catéchisme, des réflexions théologiques – touchant souvent des milliers de personnes –, on se rend compte que ces noms n’apparaissent jamais dans les grands journaux ou dans les médias du Vatican. Aucune mention pour ceux qui, avec discrétion et fidélité à l’Église, utilisent les réseaux sociaux pour parler de Dieu et non d’eux-mêmes. Aucune invitation pour ceux qui préfèrent le silence de l’adoration et la profondeur de l’Écriture aux lumières éblouissantes de la scène numérique.

On en vient alors à se demander : pour les marchands de désinformation, qui est vraiment un influenceur catholique ?

Serait-ce ceux qui se ridiculisent à cinquante ans en portant perruque et soutane sur l’autel, finissant régulièrement par être ridiculisés même par les jeunes qu’ils aimeraient tant attirer ? Ou est-ce ceux qui, avec des mots simples et fidèles au Magistère, tentent chaque jour de faire rencontrer le Christ, y compris à travers une vidéo ou une méditation sur l’Évangile publiée sur YouTube ?

La sélection de ces visages, présentés comme des modèles d’« évangélisation 2.0 », en dit beaucoup plus long sur ceux qui les promeuvent que sur eux-mêmes. On a l’impression que l’algorithme vraiment décisif n’est pas celui d’Instagram, mais celui, bien plus opaque, de l’opportunisme ecclésial : il ne fonctionne que pour ceux qui font partie du bon cercle, celui des journalistes complaisants. Ceux qui répètent avec zèle les mots d’ordre chers aux mentors de la désinformation – « écologie intégrale », « synodalité », « pape François » – sont immédiatement certifiés « influenceurs catholiques ». Les autres n’existent tout simplement pas.

Du reste, difficile de l’oublier, quand le prêtre chargé par le pape de s’occuper de la spiritualité au sein du Dicastère pour la Communication – un milieu où règnent un athéisme embarrassant et un anticléricalisme désormais structurel – s’est retrouvé à prêcher dans le vide. Les méditations spirituelles, destinées à offrir un moment de réflexion et de prière, n’étaient suivies que par cinq ou six personnes, toujours les mêmes, toutes appartenant à la « vieille garde ».

(…)

La vraie question est donc autre : quelle foi ces influenceurs « influencent-ils » réellement ? Et surtout, vers qui conduisent-ils les cœurs qui les suivent ?

Tant que nous n’aurons pas le courage de nous poser ces questions – en dehors des cercles autoréférentiels et des théâtres d’un Dicastère qui perd des milliers d’euros chaque année sans porter aucun fruit –, nous continuerons à confondre la mission avec la mise en scène.

Et ceux qui cherchent Dieu sur les réseaux sociaux ne trouveront que la caricature de ses prophètes.

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