Un superbe double hommage. Version éditable – plus commode à consulter et partager – du texte du père Hermann Geissler, théologien autrichien, membre de la Famille Spirituelle l’Œuvre (FSO) et président du  « Centre international des amis de Newman » (voir aussi: Benoît XVI et JH Newman (suite): une amitié spirituelle)

(*) L’Œuvre est une communauté spirituelle catholique créée en 1938 en Belgique par Julia Verhaege. Le 29 Août 2001, elle a obtenu la reconnaissance du Vatican comme  » Famille de Vie Consacrée « . 

John Henry Newman et Benoît XVI:

L’amitié entre deux géants de la foi

P. Hermann Geissler FSO (*)
www.newmanfriendsinternational.org

Avec la disparition de Benoît XVI le 31 décembre 2022, un pasteur entre dans l’histoire de l’Eglise, un pape théologien. Dans sa modestie, il n´a cessé de souligner qu’il n’était pas un spécialiste de John Henry Newman et qu’il n’avait pas étudié ses écrits en profondeur. Mais il faisait partie de ces théologiens qui, tout au long de leur vie, ont nourri pour le cardinal Newman une grande admiration, se sont laissé inspirer par sa pensée, ont reconnu sa pertinence, exceptionnelle pour notre époque, et l’ont mise en mots. Une profonde amitié spirituelle le liait à ce grand érudit anglais.

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1.  Premières rencontres avec Newman

Après les troubles de la Seconde Guerre mondiale, en 1946, Joseph Ratzinger est entré au séminaire de Freising. Trois personnalités l’ont familiarisé avec Newman dès ses premières années d’études. Il y avait tout d’abord Alfred Läpple, un étudiant plus âgé qui était affecté comme préfet auprès des jeunes théologiens du séminaire et avec lequel Joseph Ratzinger s’est rapidement lié d’amitié. Läpple avait commencé à rédiger une thèse sur la théologie de la conscience de Newman avant le début de la guerre. Il reprit ce thème avec enthousiasme. Ses idées sur Newman impressionnèrent les jeunes étudiants : « La doctrine de Newman sur la conscience fut pour nous la base du personnalisme théologique qui nous attirait tous par son charme. Notre image de l’homme et notre concept de l’Eglise furent marqués par ce point de départ. Nous avions expérimenté la prétention d’un parti totalitaire qui se comprenait lui-même comme la plénitude de l’histoire et qui niait la conscience individuelle. Quelqu’un vint à dire de son chef : ‘Je n’ai pas de conscience ; ma conscience, c’est Adolf Hitler’. L’immense désastre humain qui suivit tout cela était devant nos yeux. C’est pourquoi il fut pour nous libérateur et fondamental de savoir que le ‘nous’ de l’Eglise ne se basait pas sur l’élimination de la conscience ; au contraire : il pouvait seulement se développer à partir d’elle. Cependant, précisément parce que Newman comprenait l’existence de l’homme à partir de la conscience, c’est-à-dire, à partir de la relation Dieu – l’âme, il était clair que ce personnalisme n’était pas une concession à l’individualisme et que son lien avec la conscience ne signifiait pas une concession à l’arbitraire, mais plutôt le contraire ».

L’année suivante, le jeune séminariste rencontre un deuxième expert de Newman :

« Quand en 1947 j’ai repris mes études à Munich, j´ai trouvé chez le professeur de théologie fondamentale, Gottlieb Söhngen — mon vrai maître en théologie — un connaisseur et un adepte enthousiaste de Newman. Il nous révéla la Grammaire de l’Assentiment et avec elle, le mode spécifique et la forme propre de la certitude dans la connaissance religieuse ».

C’est auprès du professeur Söhngen, un grand connaisseur de Newman, que Joseph Ratzinger a rédigé sa thèse d’habilitation.

Quelques années plus tard, il fut frappé par une contribution que le professeur Heinrich Fries avait publiée dans le cadre du jubilé du concile de Chalcédoine (451) :

« L’étude publiée par Heinrich Fries, à l’occasion du Jubilée de Chalcédoine, me marqua plus profondément encore. Je trouvais là l’accès à la doctrine de Newman sur « l’évolution du dogme », que je considère être, avec sa doctrine sur la conscience, sa contribution décisive au renouveau de la théologie ».

Conscience, certitude de la foi et développement : ces trois catégories fondamentales de la théologie de Newman ont trouvé un terrain fertile et un vif écho dans la pensée de Joseph Ratzinger dès ses jeunes années.

2.  Les expressions d’une amitié spirituelle

Pendant de nombreuses décennies, Joseph Ratzinger a entretenu des contacts avec le Centre International des Amis de Newman.

« Voir des femmes consacrées qui s’intéressent sérieusement à John Henry Newman et qui ont en même temps un grand amour pour la cuisine, j’ai trouvé cette combinaison très originale ».

C’est par ces mots qu’il a décrit rétrospectivement sa première rencontre avec le Centre Newman, le 28 septembre 1975. Cette rencontre du professeur Joseph Ratzinger, qui se trouvait alors à Rome à l’occasion d’une réunion de la Commission théologique internationale, s’est transformée en une étroite amitié et collaboration. Les sœurs de la Famille spirituelle « L’Œuvre » avaient alors organisé un premier symposium Newman à Rome (du 3 au 8 avril 1975). Peu après, le cardinal Luigi Raimondi, préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, leur demanda de poursuivre le travail de Newman pour le bien de l’Eglise. C’est ainsi qu’est né le Centre International des Amis de Newman.

Lorsque le cardinal Ratzinger s’installa à Rome en 1982 en tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, il participa à plusieurs reprises aux évènements du Centre Newman. Il a célébré des messes avec des amis de Newman afin de prier pour le bon déroulement du procès de béatification. Il a donné des conférences sur le grand théologien anglais lors de colloques et de congrès. Il a régulièrement visité le Centre Newman, devenant ainsi un ami de « L’Œuvre » et découvrant la spiritualité de cette communauté fondée par Mère Julia Verhaeghe.

Lors de la messe d’action de grâce pour la reconnaissance pontificale de « L’Œuvre », le 10 novembre 2001, il a déclaré dans l’homélie prononcée dans la basilique Saint-Pierre : « Ce n’est pas par hasard, je pense, que « L’Œuvre » s’est liée d’amitié avec Newman, avec sa devise Cor ad cor loquitur. Mère Julia a pensé à partir du cœur et c’est en partant du cœur qu’elle a reconnu le Cœur de Jésus, ce Cœur transpercé, source de l’Alliance, source de notre vie ».

Sur le thème de la doctrine de la conscience, particulièrement controversé dans le débat actuel, Joseph Ratzinger s’est penché plus en détail sur la position de Newman et a actualisé son approche. Dans une étude sur le rapport entre la conscience et la vérité, il part du fait qu’aujourd’hui, la conscience est souvent identifiée à la certitude subjective et détachée des exigences objectives de la vérité. Or, de cette manière, l’homme ne devient pas libre, mais trop rapidement esclave de sa propre auto-justification ou de la pression de l’opinion publique. Dans ce contexte, le concept de conscience de Newman est d’une grande pertinence :

« La conscience ne signifie pas, pour Newman, la norme du sujet visà-vis des exigences de l’autorité dans un monde dépourvu de vérité et vivant de compromis entre les prérogatives du sujet et celles de l’ordre social. Bien au contraire c’est la présence intelligible et impérative de la voix de la vérité dans le sujet lui-même ; la conscience est l’abolition se subjectivité par le contact de l’homme intérieur avec la vérité divine ».   

Il ne fait aucun doute que l’homme doit toujours suivre sa conscience. Agir contre sa conscience est un péché. Mais la conscience ne signifie justement pas que chaque homme détermine ses propres critères, mais qu’il s’ouvre au plus profond de lui-même au bien, au vrai, à Dieu, et qu’il s’oriente en conséquence. Comme Newman le montre à travers sa vie et sa pensée, la conscience est l’avocate de la vérité dans le cœur de l’homme.

Newman a également été un véritable modèle de vie pour le cardinal Ratzinger. Lorsque Peter Seewald lui a un jour posé la question de savoir s’il était « un homme de conscience», il a répondu :

« J’essaie de l’être. Je n’ose pas prétendre que je le suis. Mais il me semble très important de ne pas placer l’approbation générale ou un agréable climat de groupe au-dessus de la vérité. C’est toujours une grande tentation. Naturellement, l’appel à la conscience peut dégénérer en manie d’avoir toujours raison, on peut se croire obliger d’être opposé à tout. Mais au vrai sens du mot, un homme qui écoute sa conscience et pour qui le bien, une fois reconnu comme tel, prime sur le consensus général, est vraiment pour moi un idéal, et agir comme lui est un devoir. Des personnages comme Thomas More, le cardinal Newman et autres grands témoins […] sont pour moi des modèles imminents ».  

Le cardinal Ratzinger a également évoqué un deuxième aspect de sa proximité avec Newman. Seewald a rappelé que l’on a toujours prétendu qu’ « il y avait deux Ratzinger: l’un avant Rome, progressiste, et l’autre dans Rome, gardien de la foi conservateur et sévère ». A cela, le cardinal a répondu :

« Je crois […] que la décision fondamentale de ma vie est continuelle, que je crois en Dieu dans le Christ et que j’essaie de vivre en conséquence. Cette décision ne cesse de se développer au cours de la vie, et je trouve bon aussi qu’elle ne soit pas restée prise dans les glaces dans un endroit quelconque […]. Je ne conteste pas qu’il y ait dans ma vie développement et changement, mais je constate qu’il y a développement et changement à l’intérieur d’une identité fondamentale et que, tout en changeant, j’ai essayé de demeurer fidèle à ce qui m’a toujours tenu à cœur. Sur ce point, je suis d’accord avec le cardinal Newman, qui dit que vivre veut dire changer, et il a beaucoup vécu, lui qui était aussi capable de changer ».

Parce que Benoît XVI voyait en Newman un ami spirituel, un théologien inspirant et un véritable modèle, il a été très heureux de pouvoir l’élever à l’honneur des autels en 2010. Au début de son pontificat, il avait décidé de déléguer la célébration des béatifications en temps normal. Il n’a béatifié personnellement que deux figures exceptionnelles : Jean-Paul II et John Henry Newman. Ce seul fait montre sa profonde estime pour le cardinal Newman.            

Afin d’honorer comme il se doit cet homme de Dieu, il s’est rendu en Grande-Bretagne, a présidé la veille une impressionnante veillée de prière à Hyde Park, à Londres, et a béatifié Newman au cours d’une célébration eucharistique solennelle à Birmingham le 19 septembre 2010.

À Hyde Park, il a exprimé sa joie pour la béatification de Newman devant un grand nombre de personnes, surtout des jeunes, avec les mots suivants : « C’est une soirée pleine de joie, d’une immense joie spirituelle, pour nous tous. Nous sommes rassemblés ici en veillée de prière pour nous préparer à la Messe de demain, au cours de laquelle un fils éminent de ce pays, le Cardinal John Henry Newman, sera béatifié. Combien de personnes, en Angleterre et dans le monde entier, ont attendu ce moment ! C’est aussi une grande joie pour moi, personnellement, de partager cette expérience avec vous. Comme vous le savez, le Cardinal Newman a longtemps exercé une influence importante sur ma vie et ma pensée, comme il l’a exercée sur la vie de nombreuses personnes bien au-delà de ces îles. L’histoire de la vie de Newman nous invite à examiner nos vies, à les confronter au vaste horizon du plan de Dieu, et à grandir dans la communion avec l’Église de tout temps et de tout lieu : l’Église des Apôtres, l’Église des martyrs, l’Église des saints, l’Église que le Cardinal Newman aimait et à la mission de laquelle il a consacré toute sa vie ».

3.  Importance de Newman pour notre époque

Benoît XVI a parlé à plusieurs reprises de la pertinence permanente de Newman pour l’Église du XXIe siècle dans le cadre de la béatification. Il a notamment fait référence à quatre aspects centraux du message de l’érudit anglais, qui lui tenaient personnellement à cœur.

Le premier aspect qu’il a mentionné est la nécessité permanente de se convertir à la foi dans le Dieu vivant. Il a rappelé la première conversion de Newman, à l’âge de 15 ans, et a commenté :

« Jusqu’à ce moment, Newman pensait comme la moyenne des hommes de son temps et comme aussi comme la moyenne des hommes d’aujourd’hui, qui n’excluent pas l’existence de Dieu, mais la considèrent de toutes façons comme quelque chose d’incertain, qui n’a aucun rôle essentiel dans leur propre vie. Ce qui lui apparaissait vraiment réel, comme aux hommes de son temps et de notre temps, c’était l’empirique, ce qui est matériellement saisissable. Voilà la « réalité » selon laquelle on s’oriente. Le « réel » est ce qui est saisissable, ce sont les choses qui peuvent se calculer et se prendre dans la main. Dans sa conversion, Newman reconnaît que les choses sont justement à l’inverse : que Dieu et l’âme, l’être lui-même de l’homme au niveau spirituel, constituent ce qui est vraiment réel, ce qui compte. Ils sont bien plus réels que les objets saisissables. Cette conversion signifie un tournant copernicien. Ce qui, jusqu’alors, était apparu irréel et secondaire se révèle maintenant comme la chose vraiment décisive. Là où arrive une telle conversion, ce n’est pas simplement une théorie qui change, mais c’est la forme fondamentale de la vie qui change. Nous avons tous besoin, toujours de nouveau, d’une telle conversion : nous sommes alors sur le droit chemin ».

Newman a toujours insisté sur le fait qu’il fallait mettre la foi en Dieu à la première place et la « réaliser » dans la vie quotidienne, c’est-à-dire la laisser façonner et transformer toute notre vie. Rappeler cette primauté de Dieu a également été un point essentiel du pontificat de Benoît XVI :

« J’étais conscient », a-t-il dit rétrospectivement, « que je devais avant tout chercher à révéler la signification de la foi dans le monde d’aujourd’hui, mettre en évidence la centralité de la foi en Dieu et donner aux hommes le courage de croire ». 

C’est la meilleure réponse à la crise de Dieu qui se propage de nos jours.

Un deuxième aspect y est lié, à savoir la compréhension correcte de la conscience, dans laquelle Benoît XVI a vu la force motrice derrière la conversion de Newman.

Mais qu’est-ce que la conscience ? Mais qu’entend-on par conscience ?

Dans la pensée moderne, le terme « conscience » signifie qu’en matière de morale et de religion, la dimension subjective, l’individu, constitue l’ultime instance de la décision. Le monde est divisé dans les domaines de l’objectif et du subjectif. A l’objectif appartiennent les choses qui peuvent se calculer et se vérifier par l’expérience. La religion et la morale sont soustraites à ces méthodes et par conséquent sont considérées comme appartenant au domaine du subjectif. Ici, n’existeraient pas, en dernière analyse, des critères objectifs. L’ultime instance qui, ici, peut décider serait par conséquent seulement le sujet, et avec le terme « conscience, » on exprime justement ceci : dans ce domaine, peut seulement décider un chacun, l’individu avec ses intuitions et ses expériences.

La conception que Newman a de la conscience est diamétralement opposée. Pour lui « conscience » signifie la capacité de vérité de l’homme : la capacité de reconnaître justement dans les domaines décisifs de son existence – religion et morale – une vérité, la vérité. La conscience, la capacité de l’homme de reconnaître la vérité lui impose avec cela, en même temps, le devoir de se mettre en route vers la vérité, de la chercher et de se soumettre à elle là où il la rencontre. La conscience est capacité de vérité et obéissance à l’égard de la vérité, qui se montre à l’homme qui cherche avec le cœur ouvert. Le chemin des conversions de Newman est un chemin de la conscience – un chemin non de la subjectivité qui s’affirme, mais, justement au contraire, de l’obéissance envers la vérité qui, pas à pas, s’ouvre à lui. »

Newman montre – et le cardinal Ratzinger a repris et approfondi cet aspect – que la conscience, dans son essence même, n’est pas la voix de son propre moi, mais l’écho de la voix de Dieu, « le premier de tous les vicaires du Christ ».. Il s’agit de reconnaître cette voix et de lui obéir.

Un troisième aspect, qui découle presque naturellement de ce qui précède, est l’importance centrale de la question de la vérité. Tout homme est appelé à chercher la vérité, à la suivre et à la transmettre. Newman est en cela un modèle fascinant.  

« À la fin de sa vie, le Cardinal Newman a pu décrire l’œuvre de sa vie comme une lutte contre la tendance croissante, qui se répandait alors, à considérer la religion comme une affaire purement privée et subjective, comme une question d’opinion personnelle […]. De nos jours, là où un relativisme intellectuel et moral menace de saper les fondements mêmes de notre société, Newman nous rappelle que, en tant qu’hommes et femmes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous sommes faits pour connaître la vérité, pour trouver dans cette vérité notre ultime liberté et l’accomplissement de nos aspirations humaines les plus profondes. En un mot, nous avons été destinés à connaître le Christ, qui est lui-même ‘le chemin, la vérité, et la vie’ (Jn 14,6).  

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La vie de Newman nous enseigne aussi que la passion pour la vérité, l’honnêteté intellectuelle et la conversion authentique ont un prix élevé. Nous ne pouvons garder pour nous-mêmes la vérité qui rend libre ; celle-ci exige le témoignage ; elle demande à être entendue, et finalement sa force de conviction vient d’elle-même et non pas de l’éloquence humaine ni des arguments avec lesquels elle peut être formulée […]. À notre époque, le prix à payer pour la fidélité à l’Évangile n’est plus la condamnation à mort par pendaison ou par écartèlement, mais cela entraine souvent d’être exclus, ridiculisés ou caricaturés. Et cependant, l’Église ne peut renoncer à sa tâche : proclamer le Christ et son Évangile comme vérité salvifique, source de notre bonheur individuel ultime et fondement d’une société juste et humaine.

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Finalement, Newman nous enseigne que, si nous avons accepté la vérité du Christ et lui avons donné notre vie, il ne peut y avoir de différence entre ce que nous croyons et notre manière de vivre […]. La vérité est transmise non seulement par un enseignement en bonne et due forme, aussi important soit-il, mais aussi par le témoignage de vies vécues dans l’intégrité, la fidélité et la sainteté. Ceux qui vivent dans et par la vérité reconnaissent instinctivement ce qui est faux et, précisément parce que faux, hostile à la beauté et à la bonté qui sont inhérentes à la splendeur de la vérité, Veritatis splendor ».  

Benoît XVI avait choisi la devise suivante pour son ministère pastoral : Cooperatores veritatis. Il s’est entièrement consumé au service de la vérité. Il a trouvé en Newman un frère spirituel qui nous enseigne de main de maître « que la primauté de Dieu est la primauté de la vérité et de l’amour. »

Enfin, il ne faut pas oublier que Newman était un père spirituel, un fils de saint Philippe Neri, un prêtre au grand cœur pour les hommes. La devise Cor ad cor loquitur, qu’il a adoptée en tant que cardinal, exprime à merveille cet aspect de sa personnalité. Benoît XVI a conclu l’homélie de la messe de béatification par quelques réflexions sur l’action pastorale de Newman :

« La chaleur et l’humanité qui marquent son appréciation du ministère pastoral sont magnifiquement mises en évidence dans un autre de ses célèbres sermons: ‘Si des anges avaient été vos prêtres, mes frères, ils n’auraient pas pu souffrir avec vous, avoir de la sympathie pour vous, éprouver de la compassion pour vous, sentir de la tendresse envers vous et se montrer indulgents avec vous, comme nous ; ils n’auraient pas pu être vos modèles et vos guides, et n’auraient pas pu vous amener à sortir de vous-mêmes pour entrer dans une vie nouvelle, comme le peuvent ceux qui viennent du milieu de vous’. Il a vécu à fond cette vision profondément humaine du ministère sacerdotal dans l’attention délicate avec laquelle il s’est dévoué au service du peuple de Birmingham au long des années qu’il a passées à l’Oratoire, fondé par lui, visitant les malades et les pauvres, réconfortant les affligés, s’occupant des prisonniers. Il n’est pas étonnant qu’à sa mort, des milliers de personnes s’alignaient dans les rues avoisinantes tandis que son corps était transporté vers sa sépulture à moins d’un kilomètre d’ici. Cent vingt ans plus tard, de grandes foules se sont rassemblées à nouveau pour se réjouir de la reconnaissance solennelle de l’Église pour l’exceptionnelle sainteté de ce père des âmes très aimé ».

L’Église d’aujourd’hui a un besoin urgent de tels pères et mères spirituels.

Benoît XVI voyait en Newman un homme de Dieu, un témoin de la conscience, un messager de la vérité et un père spirituel. Ces caractéristiques de sa personne et de son action font partie des aspects qui font du cardinal anglais un grand maître pour l’Eglise de notre temps :

« La conversion est un chemin, « l’iter », une route qui dure toute la vie. C’est pourquoi la foi est toujours développement et précisément à cause de cela, maturation de l’âme vers la vérité, vers Dieu, qui « est plus intérieur à nous que nous-mêmes ». Newman, dans son idée d’évolution, a présenté sa propre expérience de conversion, jamais achevée ; il nous a offert ainsi l’interprétation non seulement de la doctrine chrétienne, mais aussi de la vie chrétienne. Je crois que le signe caractéristique d’un grand maître dans l’Eglise est qu’il enseigne non pas seulement par ses idées et ses paroles mais aussi par sa vie car, en lui, pensée et vie se compénètrent et se déterminent mutuellement. Si cela est vrai, Newman appartient en vérité au nombre des grands maîtres de l’Eglise car il touche notre cœur et illumine notre intelligence ».

Autour de la canonisation par le pape François le 13 octobre 2019, des voix déjà entendues auparavant se sont élevées pour voir en Newman un possible nouveau docteur de l’Eglise. Sans vouloir anticiper le jugement du pape régnant, Benoît XVI partageait cet espoir avec une profonde conviction. Quelques semaines avant son départ, il a déclaré :

« Newman – docteur de l’Eglise ? Ce serait une lumière pour l’obscurité de notre temps » !

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