Le père Santiago Martin nous parle de trois bombes, déjà évoquées, semées sur le chemin du pape par les évêques allemands pour le piéger: il s’agit de le forcer à prendre position précipitamment (alors qu’il veut prendre son temps) sur les sujets brûlants du moment (bénédiction aux couples homosexuels/Fiducia Supplicans/Tucho Fernandez, avortement, franc-maçonnerie) sur lesquels il ne s’est pas encore prononcé, et qu’il ne pourra trancher qu’en suscitant des mécontentements d’un côté ou de l’autre… ou des deux.

Nous sommes à ses côtés, nous prions pour lui, car la tâche merveilleuse qu’il a entreprise, celle d’unir l’Église, n’est pas facile à accomplir.

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1er août 2025

Comment l’Allemagne défie Léon XIV

Père Santiago Martín
28 juillet 2025

Léon XIV a terminé ses vacances à Castelgandolfo, qui ont été courtes et denses de travail. Il est de nouveau au Vatican, dans l’appartement qu’il occupait lorsqu’il était cardinal préfet de la Congrégation pour les évêques, parce qu’il n’a pas voulu loger à Sainte Marthe et qu’il ne peut pas encore se transférer dans l’appartement du palais apostolique, qui était jusqu’à François la résidence des papes, parce qu’il est en cours de rénovation après douze ans d’inutilisation.

La mission que Léon XIV s’est fixée comme programme de son pontificat est d’unir une Église très divisée. Pour cela, il doit agir calmement, sans rien rompre de ce qu’a fait son prédécesseur et sans rompre avec la Tradition.

Cette « révolution tranquille », comme on l’appelle déjà, se heurte continuellement à des obstacles, des pièges qui tentent de provoquer des réponses du pontife qui montrent clairement de quel côté il se trouve. Deux de ces pièges viennent d’Allemagne et l’un d’eux met en scène un prêtre autrichien.

L’épiscopat allemand a approuvé, alors que François était déjà mort et que Léon XIV n’avait pas encore été élu – dans la phase dite « sede vacante » – un rituel de bénédiction des unions irrégulières : divorcés remariés, couples homosexuels ou hétérosexuels cohabitant sans être mariés, couples de toute nature qui se sont mariés civilement mais pas dans l’Église. Plusieurs diocèses l’ont déjà mis en place et l’appliquent dans leurs paroisses.

Mais un diocèse allemand, celui de Cologne, dirigé par le cardinal Voelki, a déclaré qu’il ne l’appliquerait pas parce qu’elle contredit ce que le Vatican a approuvé dans  Fiducia supplicans, le document du Dicastère pour la Doctrine de la Foi qui autorisait les bénédictions, entre autres, aux homosexuels mais pas aux couples homosexuels, même si cette distinction prêtait à confusion et a poussé de nombreux évêques à la rejeter.

En d’autres termes, selon le cardinal Voelki, ce rituel de bénédiction allait au-delà de ce qui était autorisé par l’Église. La réponse du corps collectif de l’épiscopat allemand a été que ce benedicendum avait été révisé et approuvé par le cardinal Fernández, préfet de la doctrine de la foi.

Voici donc le premier piège contre le « changement tranquille » de Léon XIV, la première demande de déclaration sur un sujet controversé, car tandis qu’un évêque invoque la loyauté envers Rome pour refuser une telle bénédiction, d’autres se disent loyaux envers Rome et comptent sur son soutien pour l’appliquer.

Il s’agit d’une provocation pour que le Pape intervienne et clarifie les choses. Il faut également garder à l’esprit que le cardinal Fernández lui-même a déclaré il y a quelques jours que Léon XIV ne changera rien à Fiducia supplicans ; on suppose que s’il a dit cela, c’est parce qu’il est certain qu’il en sera ainsi, mais cela n’enlève rien au fait qu’il s’agit d’un défi lancé au Pontife, surtout lorsque le cardinal occupe un poste qui lui a été confié à titre provisoire, comme tous les autres postes au sein de la Curie vaticane.

L’autre piège vient également d’Allemagne et est motivé par l’avortement.

Le pape François s’est montré très sévère à l’égard de l’avortement, allant jusqu’à qualifier à plusieurs reprises les médecins qui le pratiquent de « tueurs à gages ».

Cependant, Léon XIV ne s’est pas encore exprimé explicitement sur le sujet, bien qu’il ait déjà défendu avec force la famille formée par un homme et une femme et la vie depuis la conception jusqu’à la mort naturelle.

Un évêque allemand a demandé que l’avortement ne soit pas utilisé comme une arme idéologique, ce qui implique nécessairement qu’il ne doit pas être publiquement critiqué ou condamné par l’Église. Un autre évêque allemand, le cardinal Müller, n’a pas hésité à dire que cette position est destinée à favoriser les partis politiques qui promeuvent l’avortement, afin d’éviter qu’ils ne soient critiqués. Ce silence favoriserait évidemment l’avortement et revient à demander à l’Église de ne pas intervenir sur cette question. Il s’agit donc d’une autre question que l’on met sur la table de León XIV pour qu’il se prononce, sans lui laisser le temps de décider sans pression du moment où il le fera.

Cette semaine encore, un événement s’est produit qui nécessite l’intervention du Pape. Un prêtre autrichien, le père Weninger, qui travaille depuis treize ans au Dicastère pour le dialogue interreligieux, a donné une conférence dans une loge maçonnique française dans laquelle il a déclaré qu’il n’était plus incompatible d’être catholique et franc-maçon, car les francs-maçons ne sont pas excommuniés. Il a également déclaré qu’au cours des deux derniers pontificats, il n’y a pas eu de condamnation de la franc-maçonnerie.

En réalité, le Dicastère pour la doctrine de la foi, dirigé par le cardinal Fernández, a réaffirmé cette interdiction en 2023 et a également rappelé que l’excommunication prononcée à l’encontre des francs-maçons par saint Jean-Paul II en 1983 reste en vigueur. Une autre question devra donc être éclaircie par le pape : est-il vrai que l’on peut être franc-maçon et catholique, ou bien le père Weninger se trompe-t-il et, dans ce cas, doit-il être contredit publiquement, car ses déclarations ont suscité l’inquiétude de nombreux fidèles ?

Les vacances du pape, courtes et chargées, sont terminées. Je ne sais pas s’il a pu se reposer. De nombreuses questions épineuses l’attendent maintenant, sur lesquelles il devra se prononcer, ce qui ne manquera pas de plaire à certains et de déplaire à d’autres. Trois ont été mis sur sa table cette semaine : la bénédiction des couples irréguliers, le silence sur l’avortement pour ne pas déranger les partis politiques pro-avortement, et la question de la franc-maçonnerie.

Nous sommes à ses côtés, nous prions pour lui, car la tâche merveilleuse qu’il a entreprise, celle d’unir l’Église, n’est pas facile à accomplir.

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