Il s’agit du cardinal Domenico Battaglia, archevêque de Naples. Il adresse ici, sous forme de lettre ouverte, un vibrant appel aux puissants de ce monde et aux fabricants d’armes. Ce sont des propos dignes d’un pape.

L’homélie passionnée et pleine d’humanité sur Gaza et contre toutes les guerres

Une très grande intervention du cardinal et archevêque de Naples, Domenico Battaglia.

Il s’agit d’une lettre ouverte aux puissants de ce monde et aux fabricants d’armes. Elle date du 8 juillet, mais sa charge dérangeante la rend intemporelle.

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Et vous qui vous enfoncez dans les fauteuils rouges des parlements, abandonnez vos dossiers et vos graphiques : traversez, ne serait-ce qu’une heure, les couloirs sombres d’un hôpital bombardé ; sentez l’odeur du gazole du dernier générateur ; écoutez le bip solitaire d’un respirateur suspendu entre la vie et le silence, puis murmurez – si vous y parvenez – l’expression « objectifs stratégiques ».

L’Évangile – pour ceux qui croient et pour ceux qui ne croient pas – est un miroir impitoyable : il reflète ce qui est humain, dénonce ce qui est inhumain.

Si un projet broie l’innocent, il est inhumain.

Si une loi ne protège pas le faible, elle est inhumaine.

Si un profit se nourrit de la douleur de ceux qui n’ont pas de voix, il est inhumain.

Et si vous ne voulez pas le faire pour Dieu, faites-le au moins pour le peu d’humanité qui nous tient encore debout.

Quand le ciel se remplit de missiles, regardez les enfants qui comptent les trous dans le plafond au lieu des étoiles. Regardez le soldat de vingt ans envoyé à la mort pour un slogan. Regardez les chirurgiens qui opèrent dans le noir dans un hôpital éventré. L’Évangile n’accepte pas vos communiqués « techniques ». Il élimine tout vernis de patriotisme ou d’intérêt et nous laisse face à la seule réalité : de la chair blessée, des vies brisées.

Ne qualifiez pas de « dommages collatéraux » les mères qui creusent dans les décombres.

Ne qualifiez pas d’« ingérence stratégique » les jeunes à qui vous avez volé leur avenir.

Ne qualifiez pas d’« opérations spéciales » les cratères laissés par les drones.

Enlevez même le nom de Dieu si cela vous effraie ; appelez-le conscience, honnêteté, honte. Mais écoutez-le : la guerre est la seule affaire dans laquelle nous investissons notre humanité pour n’en retirer que des cendres. Chaque balle est déjà prévue dans les feuilles de calcul de ceux qui gagnent sur les décombres. L’humain meurt deux fois : quand la bombe explose et quand sa valeur est traduite en profit.

Tant qu’une bombe vaudra plus qu’une étreinte, nous serons perdus. Tant que les armes dicteront l’agenda, la paix semblera une folie. Alors, éteignez les canons. Faites taire les titres boursiers qui s’enrichissent sur la douleur. Rendez au silence l’aube d’un jour qui ne tache pas les rues de sang.

Tout le reste – les frontières, les stratégies, les drapeaux gonflés par la propagande – n’est que brouillard destiné à se dissiper. Il ne restera qu’une seule question :

« Ai-je sauvé ou ai-je tué l’humanité qui m’avait été confiée ? ».

Que la réponse ne soit pas une autre sirène dans la nuit.

Transformez les plans de bataille en plans de semailles, les discours de puissance en discours de soins. Asseyez-vous à côté des mères qui fouillent les décombres pour sauver une peluche : vous découvrirez que la stratégie suprême est d’empêcher un enfant de perdre son enfance. Apportez l’odeur des pierres brûlées dans vos palais : imprégnez vos tapis, rappelez-vous à chaque pas que personne ne peut se sauver seul et que la seule route sûre est de ramener chaque homme chez lui, sain de corps et d’esprit.

À nous, peuple qui lit, il incombe de ne pas abandonner. La paix germe dans le salon – un canapé qui s’allonge ; dans la cuisine – une casserole qui double ; dans la rue – une main qui se tend. Des gestes humbles, obstinés : «tu as de la valeur» murmuré à ceux que le monde rejette. La graine de sénevé est minuscule, mais elle devient un arbre. Ainsi est l’Évangile : dur comme la pierre, tendre comme le premier cri du nouveau-né.

Il exige un choix clair : bâtisseurs de vie ou complices du mal.

Il n’y a pas de troisième voie.

+ Domenico Battaglia
Cardinal archevêque métropolitain de Naples,
8 juillet 2025

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