Le Pape Léon, recevant en audience des parlementaires français du diocèse de Créteil leur a adressé une message fort et exigeant (accueilli toutefois par le silence assourdissant de nos médias), dont le cœur est contenu dans cette phrase: « Les politiques doivent avoir le courage de dire parfois ‘non, je ne peux pas’ lorsque la vérité est en jeu ». Entre parenthèses, ses propos excluent définitivement qu’il ne soit qu’une version présentable de François.
Par contre, ils doivent beaucoup à Benoît XVI, qu’il ne cite pas, dont le magistère sur ce thème est immense et définitif (nombreux articles sur ce site, par ex. ici). Et surtout:


L’article de Sabino Pacciolla s’inscrit dans le contexte d’un moment crucial de la vie politique italienne (que je n’ai pas repris ici), à la veille du débat parlementaire sur le projet de loi relatif au suicide assisté, alors que des députés catholiques, partisans d’une loi plus permissive, se présentent comme « catholiques du moindre mal ». Non, leur dit (sans citer la loi) le pape, quand la vérité est en jeu, les catholiques doivent avoir le courage de dire « je ne peux pas »

Le pape Léon XIV rappelle à l’ordre les « catholiques du moindre mal » :

Les politiques doivent avoir le courage de dire parfois « non, je ne peux pas » lorsque la vérité est en jeu.

Sabino Paciolla

Le moment ne pouvait être mieux choisi. Le pape Léon XIV a profité de l’audience accordée hier, 28 août dernier, à une délégation de politiciens du diocèse de Créteil, en France, pour réaffirmer les principes de la saine doctrine de l’Église, immuable au fil du temps.

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Le discours extraordinairement beau du pape Léon XIV est d’une clarté désarmante. Il reconnaît les difficultés que l’homme politique chrétien est appelé à affronter dans un monde déchristianisé et désormais païen, mais il souligne qu’il est soutenu par la vertu de charité qui l’habite depuis le baptême. C’est un don de Dieu, une « force capable de susciter de nouvelles manières d’aborder les problèmes du monde d’aujourd’hui et de renouveler profondément, de l’intérieur, les structures, les organisations sociales et les systèmes juridiques ».

Les politiques sont donc appelés à « renouveler profondément de l’intérieur les structures, les organisations sociales, les systèmes juridiques ». Pas de raccourcis, de fuite en avant ou de choix créatifs du point de vue juridique, car nous, chrétiens, sommes appelés à la charité dans la vérité.

En effet, poursuit-il, « dans cette perspective, la charité devient une charité sociale et politique : la charité sociale nous fait aimer le bien commun et nous fait rechercher effectivement le bien de tous » (Compendium de la doctrine sociale de l’Église, n. 207). Par conséquent, tout en encourageant le chrétien dans l’arène politique à travailler avec confiance à la poursuite du bien commun, le bien de toute la personne et de toutes les personnes, dans la mesure où « il est mieux préparé [en vertu de la foi] à faire face aux défis du monde d’aujourd’hui », il avertit néanmoins que cela ne peut se produire que « dans la mesure où il vit et témoigne de la foi à l’œuvre en lui, de sa relation personnelle avec le Christ qui l’éclaire et lui donne cette force ».

C’est pourquoi le pape Léon XIV rappelle aux chrétiens que, dans tous les domaines où ils sont appelés à agir dans le monde, ils doivent vivre et témoigner de la foi agissante, fruit de leur relation avec Jésus-Christ. Toute action détachée de cette vérité serait vaine et affecterait négativement le bien et la dignité de la personne.

À cet égard, le pape rappelle que Jésus affirme avec force : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5). Il ne faut donc pas s’étonner si la promotion des valeurs évangéliques, aussi valables soient-elles, mais dépourvues du Christ, leur auteur, est incapable de changer le monde.

Que le chrétien, y compris le politique chrétien, ne s’illusionne donc pas sur sa capacité à sauver ce qui peut l’être, et encore moins le « moindre mal », car il n’est pas appelé à pratiquer le mal, mais à rechercher le « bien possible ». Il est essentiellement appelé à témoigner de la vérité tout entière, qui est Jésus-Christ.

Et voici la partie la plus émouvante du discours car, en réponse à la demande de Mgr Blanchet de conseils pratiques sur la manière de se mouvoir dans l’arène politique, le Pape Léon XIV dit

La première – et la seule – chose que je vous dirais, c’est de vous unir de plus en plus à Jésus, de vivre de lui et de témoigner de lui. Il n’y a pas de séparation dans la personnalité d’un homme public : il n’y a pas le politique d’un côté et le chrétien de l’autre. Mais il y a le politique qui, sous le regard de Dieu et de sa conscience, vit chrétiennement ses engagements et ses responsabilités !

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Vous êtes donc appelés à vous affermir dans la foi, à approfondir la doctrine – surtout la doctrine sociale – que Jésus a enseignée au monde, et à la mettre en pratique dans l’exercice de vos fonctions et dans l’élaboration des lois. Ses fondements sont fondamentalement en phase avec la nature humaine, la loi naturelle que tout le monde peut reconnaître, même les non-chrétiens, même les non-croyants. N’ayez donc pas peur de la proposer et de la défendre avec conviction : c’est une doctrine de salut qui vise au bien de tout être humain, à la construction de sociétés pacifiques, harmonieuses, prospères et réconciliées.

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Je sais bien que l’engagement ouvertement chrétien d’un responsable public n’est pas facile, en particulier dans certaines sociétés occidentales où le Christ et son Église sont marginalisés, souvent ignorés, parfois ridiculisés. Je n’ignore pas non plus les pressions, les directives des partis, les « colonisations idéologiques » – pour reprendre une heureuse expression du pape François –, auxquelles sont soumis les hommes politiques. Ils doivent avoir du courage : le courage de dire parfois  » non, je ne peux pas  » quand la vérité est en jeu. Là encore, seule l’union avec Jésus – Jésus crucifié ! – vous donnera ce courage de souffrir en son nom. Il a dit à ses disciples : « Vous aurez des tribulations dans le monde, mais ayez confiance : j’ai vaincu le monde » (Jn 16,33).

Le dernier paragraphe du discours du pape Léon XIV, d’une grande valeur, peut être résumé en une phrase simple mais efficace :

« Ils doivent avoir du courage : le courage de dire parfois « non, je ne peux pas » quand la vérité est en jeu ».

(…)

Pour ceux qui l’auraient oublié, il convient de rappeler que l’Église catholique ne promeut pas l’idée de choisir le « moindre mal » comme règle générale de comportement moral. Selon la doctrine, une action intrinsèquement mauvaise (c’est-à-dire mauvaise par nature, comme l’avortement, le suicide assisté, l’euthanasie ou le mensonge) ne peut jamais être justifiée, même si elle apparaît comme le « moindre mal » dans une situation donnée.

Au contraire, l’idée de « préserver le bien possible » correspond mieux à l’approche catholique, qui appelle à toujours choisir le bien moral dans chaque situation, même lorsque le bien parfait n’est pas immédiatement réalisable. La doctrine catholique préconise de promouvoir le bien commun et de faire des choix qui reflètent la dignité humaine et les principes de l’Évangile, même dans des contextes difficiles. Ce concept se retrouve dans des documents tels que Gaudium et Spes (Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps, Concile Vatican II), qui souligne la responsabilité des chrétiens à œuvrer pour le bien de la société, même de manière graduelle, sans se compromettre avec le péché.

En s’adressant aux politiques française Pape rappelle à tout chrétien un concept de base qui est à la fois une boussole et un horizon idéal de vie : la cohérence personnelle. L’action du politique catholique doit toujours être enracinée dans l’Évangile. « N’ayez pas peur de proposer et de défendre avec conviction la doctrine sociale de l’Église : c’est une doctrine de salut, qui vise le bien de chaque être humain.

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