Encore à propos de l’audience accordée au père James Martin (en espérant que le tollé qui s’ensuit n’est qu’une tempête dans un verre d’eau).
Charitablement, Nico Spuntoni (La Bussola) impute la « faute » à la communication du Vatican, qui serait très orientée et en grande partie aux mains des nostalgiques de Bergoglio. Il n’est pas le seul à le dire (voir Silere non possum) et il y a sans doute un grand fond de vérité.
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Mais Léon XIV n’est pas naïf, il ne peut ignorer qu’il avance sur un terrain miné, que chacun de ses gestes est scruté à la loupe, et on peut supposer légitimement qu’il a ses raisons, qu’il les a exposées de vive voix au jésuite, et que s’il l’a reçu, ainsi que sœur Caram, (cf. …avant Martin, il y avait eu « sœur » Caram, le fait que la très bavarde religieuse argentine ait gardé le silence, chose très inhabituelle chez elle est probablement révélateur), c’était délibéré et nécessaire, pour une explication en tête-à-tête.
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Mais évidemment, je peux me tromper…
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Piège arc-en-ciel.
Et la communication du Vatican reste muette
Nico Spuntoni
La NBQ
3 septembre 2025
L’affaire de l’audience papale accordée au père James Martin survient quelques jours après la fausse annonce de l’invitation du pape à une association pro-LGBT. Mais dans les deux cas, la salle de presse du Vatican n’intervient pas pour protéger le pape de ceux qui veulent lui forcer la main.
Le tollé suscité par l’audience accordée au père James Martin et ses déclarations sur un Léon XIV prêt à poursuivre « avec la même ouverture que François a montrée envers les catholiques LGBTQ » confirment que les plus grands dangers pour le pontificat de Prevost viendront de la communication.
La demi-heure d’écoute que le pape lui a consacrée n’a sans doute pas suffi à rassurer le jésuite américain sur la prétendue continuité avec le programme de Bergoglio concernant l’un des sujets les plus controversés au sein de l’Église. Et Martin ne peut pas exciper de relations antérieures puisque, comme il l’a admis à l’auteur de cet article le soir de l’élection, il connaissait très peu Prevost.
Toutefois, l’impact médiatique de la rencontre a suffi à renforcer la campagne monothématique du religieux pro-LGBT et à raviver les polémiques « gelées » après le 8 mai.
La question arc-en-ciel est un terrain miné aussi pour le nouveau pape, car il risque d’être tiraillé d’un côté et de l’autre et d’alimenter des espoirs illusoires dans l’opinion publique « laïque ».
Il est difficile d’imaginer que, pendant le pontificat d’un homme aussi prudent que Prevost, les dégâts causés par la promulgation de « Traditionis custodes » ou par les extraits « fantômes » d’interviews qui se sont retrouvés on ne sait comment dans des documents en faveur des unions civiles puissent se reproduire. En effet, cet homme a des idées et un style très différents de ceux de son prédécesseur, mais la machine communicationnelle reste la même, celle qui n’a pas réussi à « protéger » le volcanique François contre les instrumentalisation et les risques faciles.
Tant que tout restera tel quel dans ce domaine, Léon XIV ne sera pas à l’abri des pièges « médiatiques » sur des sujets particulièrement glissants. Avant l’audience avec Martin, un signe avant-coureur était déjà apparu le 14 août lorsque l’Ansa avait publié cette nouvelle (cf. Titre mensonger: non, le pape n’accordera pas d’audience à un groupe LGBT):
« Le pape recevra une association pro LGBT et des femmes prêtres ».
L’agence avait donné le coup d’envoi au tam-tam médiatique prévisible et certains, se trompant même sur le jour de l’audience, l’avaient interprété comme un camouflet aux conservateurs.
Alors que la nouvelle faisait le tour du monde, Fanpage, un média notoirement pas vraiment conservateur, s’était donné la peine d’interroger une représentante de l’association en question, « Noi siamo Chiesa » (Nous sommes Église), obtenant l’aveu que la réalité était en fait très différente.
La co-coordinatrice italienne Elza Ferrario avait en effet répondu:
Des informations partiellement vraies ont circulé, certains ont titré « Le pape invite des représentants de Noi siamo Chiesa », mais en réalité, ce n’est pas une invitation qui est venue du pape.
Grâce à sa version, il a été possible de reconstituer que huit membres de l’association avaient demandé à s’inscrire en ligne au Jubilé des équipes synodales dans la section « pour les fidèles individuels » et, n’ayant pas reçu de réponse, ils avaient écrit au Secrétariat du Synode, obtenant une réponse positive étendue à tout le reste du programme du Jubilé en question, y compris l’audience avec le pape.
En somme, ceux qui ont lu Fanpage ont compris à quel point il était incorrect d’écrire que Léon XIV aurait reçu l’association pro-LGBT et pro-femmes prêtres, puisque la rencontre faisait partie d’un événement jubilaire sans lien avec l’association et que ses membres y participeraient non pas en tant que « Noi siamo Chiesa » mais en tant que pèlerins individuels du Jubilé des équipes synodales.
Mais tous ceux qui ont appris la nouvelle ailleurs sont restés convaincus que le pape avait voulu recevoir une association défendant ces positions.
En effet, malgré la diffusion mondiale de la nouvelle, la Salle de presse du Saint-Siège n’a pas jugé nécessaire de publier un démenti ou une précision. On peut se demander à quoi elle sert si, même face à un « malentendu » de cette ampleur qui met en cause le pape en personne, elle ne juge pas opportun d’intervenir pour clarifier les choses.
La communication du Vatican pourrait devenir le talon d’Achille de ce pontificat, et avec un pape comme Prevost, auteur de discours courageux comme celui adressé aux politiciens français sur la cohérence entre vie publique et foi (cf. Catholiques en politique: non aux partisans du « moindre mal »), on ne peut absolument pas se permettre que le dicastère le plus important du Saint-Siège reste en hibernation.