Elle a été tendue au Pape – qui s’est jusqu’à présent sagement (et habilement!) montré capable d’apporter des corrections sans provoquer de dissensions – par des groupes militants de plus en plus effrontés, qui veulent lui forcer la main. Rien de nouveau, certes, dans cette analyse de Riccardo Cascioli. Sauf que ladite embuscade a bénéficié de complicités évidentes de la machine vaticane, avec le silence – qui vaut aveu – du bureau de presse.
Il est temps que le Pape hausse le ton.
Benoît XVI (qu’il persiste à ne jamais citer) a pourtant apporté, à l’époque en tant que préfet de la CDF, les directives définitives de l’Eglise dans sa Lettre aux évêques de l’Église catholique sur la pastorale des personnes homosexuelles (1986), complétée en 1992 par l’instruction Observations au sujet des propositions de loi sur la non-discrimination des personnes homosexuelles
Au sein même de l’Eglise s’est fermé un courant, constitué par des groupes de pression aux appellations diverses et de dimensions variées, qui tâche de se faire passer comme le représentant de toutes les personnes homosexuelles qui sont catholiques. En fait, ses adhérents sont pour la plupart des gens qui ignorent l’enseignement de l’Eglise ou cherchent d’une manière ou d’une autre à le saper. On tente de réunir sous l’égide du Catholicisme des personnes homosexuelles qui n’ont aucune intention d’abandonner leur comportement homosexuel. Une des tactiques utilisées consiste à affirmer, d’un ton de protestation, que toute critique ou réserve à l’égard des personnes homosexuelles, de leur activité et de leur style de vie, est purement et simplement une forme de discrimination injuste.
*
Cardinal Ratzinger, préfet de la CDF
1er octobre 1986
Face au lobby LGBT, le silence ne suffit plus
Riccardo Cascioli
La NBQ
10 septembre 2025
La démonstration de force à Saint-Pierre des groupes LGBT et leur évènement du Jubilé, avec la complicité évidente de la machine vaticane, exige une réponse adéquate : la défense de la morale catholique et le sens du Jubilé sont en jeu.

Nous revenons sur le cas du pèlerinage du jubilé des LGBT à Saint-Pierre le 6 septembre dernier, car la gravité de ce qui s’est passé ne peut être sous-estimée. Il vaut la peine de saisir au moins deux aspects de l’affaire.
Tout d’abord, le large réseau de complicité qui a permis une mini-Gay Pride nous dit à quel point le lobby gay au Vatican est large et puissant. L’affichage de symboles et d’inscriptions LGBTQ, à commencer par la croix du jubilé arc-en-ciel, la grande publicité promue pour cet événement, le père James Martin exploitant habilement une audience privée avec Léon XIV, le silence obstiné du Bureau de presse du Vatican malgré les demandes insistantes d’explication, sont éloquents.
Il y a une direction derrière tout cela et, bien que le Pape ne se soit pas prêté à des audiences spéciales, baciamano et bénédictions, le plan a réussi. Des photos de couples de militants homosexuels entrant à Saint-Pierre main dans la main, d’autres arborant des accessoires arc-en-ciel, et d’autres encore arborant des T-shirts imprimés de grossièretés, ont fait le tour du monde et fait entrer un autre drapeau au Vatican.
Nous devons le préciser une fois de plus : il ne s’agit pas ici d’accueillir des personnes homosexuelles qui, comme tous les pèlerins, viennent à Rome pour un parcours de conversion, un engagement à orienter leur vie vers Dieu. Non, il s’agit de groupes organisés qui imposent la normalisation d’actions que l’Église a toujours considérées comme un péché grave. Il s’agit de groupes qui demandent à l’Église de se convertir à leur cause et qui, malheureusement, trouvent des évêques pour les soutenir, comme Mgr Francesco Savino, évêque de Cassano all’Jonio et vice-président de la Conférence épiscopale italienne, qui a célébré leur messe jubilaire.
En transformant cet événement en une occasion de revendications sectorielles, sur le modèle syndical, on a donné un témoignage négatif sur la signification du Jubilé et sur ce qu’est un pèlerinage.
À cela s’ajoute le deuxième point : nous disions tout à l’heure que l’objectif de ce rendez-vous, ainsi que de toute l’action des groupes LGBTQ se prétendant catholiques, est de normaliser l’homosexualité, c’est-à-dire de la faire accepter comme une variante normale et naturelle de la sexualité. Or, selon les Écritures saintes et le Catéchisme de l’Église catholique, il s’agit de l’un des quatre « péchés qui crient vengeance devant Dieu » (CEC §1867), c’est-à-dire des péchés si graves qu’ils troublent l’ordre social et nécessitent l’intervention de Dieu pour rétablir la justice.
En d’autres termes, l’action du lobby LGBTQ et en particulier ce qui s’est passé le 6 septembre est une tentative de révolution morale, de subversion de la doctrine catholique. Comme l’avait déjà anticipé en 1986 le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, en signant la Lettre aux évêques de l’Église catholique sur la pastorale des personnes homosexuelles :
« Aujourd’hui, un nombre toujours croissant de personnes, y compris au sein de l’Église, exercent une très forte pression pour l’amener à accepter la condition homosexuelle, comme si elle n’était pas désordonnée, et à légitimer les actes homosexuels.
Ceux qui, au sein de la communauté religieuse, poussent dans cette direction ont souvent des liens étroits avec ceux qui ne font pas partie de l’Église.
Or ces groupes extérieurs sont animés par une vision opposée à la vérité sur la personne humaine, qui nous a été pleinement révélée dans le mystère du Christ. (…)
.
Même à l’intérieur de l’Eglise, une tendance s’est formée, constituée de groupes de pression aux noms et aux ampleurs différents, qui tente de s’accréditer comme représentant de toutes les personnes homosexuelles catholiques. En fait, ses adeptes sont pour la plupart des personnes qui ignorent l’enseignement de l’Église ou tentent de le subvertir d’une manière ou d’une autre. On tente de rassembler sous l’égide du catholicisme les personnes homosexuelles qui n’ont pas l’intention d’abandonner leur comportement homosexuel ».
Tentative de révolution morale, subversion de la doctrine catholique : l’offensive est arrivée, avec éclat, à l’intérieur de la basilique Saint-Pierre.
L’enjeu est donc de taille. Après avoir pu compter sur le soutien du pape François, ils cherchent maintenant, dans un moment de transition et de réflexion, à forcer la main à Léon XIV : avec des gestes de plus en plus audacieux et en pouvant compter sur de vastes complicités au sein de la machine vaticane, comme nous l’avons vu à cette occasion.
Jusqu’à présent, le Pape Léon n’a pas dit un seul mot sur le sujet, il a évité de tomber personnellement dans les pièges médiatiques ; à cette occasion encore, il n’a pas accordé d’audiences spéciales, envoyé de message ou adressé un salut à l’Angélus. Mais face à l’impudeur des organisations LGBT et à l’impact médiatique de leurs initiatives, la stratégie du non-engagement est désormais insuffisante. D’autant que le silence du bureau de presse, par ailleurs très prompt à intervenir sur d’autres sujets (voir les clarifications immédiates sur la récente audience accordée au président israélien Isaac Herzog), suscite des interrogations.
Il n’échappe à personne, comme le souligne Robert Royal dans The Catholic Thing [cf. Léon XIV et le syndrome Fabius Maximus, ndt, que l’événement du 6 septembre est le premier événement jubilaire « pour des groupes célébrant un péché », et le silence, qu’on le veuille ou non, légitime ceux qui promeuvent cet agenda.
Le Pape Léon, face aux profondes divisions de l’Église, s’est jusqu’à présent sagement montré capable d’apporter des corrections sans provoquer de dissensions ; mais si les modalités du pèlerinage jubilaire LGBT, comme nous le pensons, ont toutes les caractéristiques d’une embuscade, un signal plus décisif devient nécessaire.