Première nomination importante. Le pape a nommé un canoniste napolitain de 68 ans, Filippo Iannone, comme nouveau préfet du Dicastère pour les évêques, un rôle qu’il avait lui même assumé sous François avant d’être élu pape. Silere non possum (repris par El Wanderer, où j’ai trouvé l’info) explique pourquoi la nomination de Mgr Iannone, « figure de loi et d’équilibre », à la tête de ce qu’il qualifie de « coeur battant de la Ciurie » peut être considérée comme un tournant très positif.

Le choix de confier la direction du Dicastère pour les évêques à un canoniste n’est pas fortuit : le message est sans équivoque. Fini l’improvisation, place aux règles ; fini le favoritisme, place à des critères transparents.

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La nomination d’aujourd’hui n’est pas un détail bureaucratique, mais un acte programmatique. Léon XIV a choisi de commencer par là, et ce n’est pas un hasard. Car tout dépend de la qualité des évêques : la catéchèse, la liturgie, la vie sacramentelle, la gestion des ressources, la proximité avec les pauvres, la défense de la foi.

Fin du « Made in Puglia ».

Léon XIV confie les évêques à un canoniste

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Il n’a fallu que cent quarante et un jours à Léon XIV pour apposer un premier sceau décisif à son pontificat. Pas un discours, mais une nomination. Et pas n’importe quelle nomination : le pape a choisi de commencer précisément par le Dicastère pour les évêques, l’organisme qu’il a lui-même dirigé du 12 avril 2023 jusqu’à son élection au siège pontifical.

Une décision qui en dit long, plus que mille mots : Prevost n’a pas cherché de personnalités extérieures à la Curie, mais a préféré valoriser quelqu’un qui, pendant le pontificat précédent, avait dû avaler plus d’une pilule amère.

Le nom choisi est celui de l’archevêque Filippo Iannone, O. Carm. [ordre du Carmel; ndt], canoniste napolitain, jusqu’à présent préfet du Dicastère pour les textes législatifs.

Figure de loi et d’équilibre, Iannone est un homme qui, pendant les années de François, a appris à prendre du recul : absorber les coups, rester silencieux. Non pas par manque d’harmonie personnelle avec le pontife régnant, mais parce qu’à cette époque, parler de normes et de droit signifiait risquer d’apparaître comme un corps étranger.

« Ici, rien n’est arrivé », était-il souvent contraint de répondre aux demandes d’éclaircissements provenant tant de la Cité du Vatican que du reste de l’Église catholique. Même les textes des nouvelles dispositions — qui changeaient constamment, parfois d’un jour à l’autre — n’étaient pas soumis à l’examen du Conseil pontifical. L’aversion du pape argentin pour le code, les schémas et les procédures était bien connue.

Ainsi, bien qu’il ait été promu à la tête du Conseil pontifical des textes législatifs, Iannone restait en marge, confiné dans un domaine que le Souverain Pontife considérait comme secondaire, presque accessoire.

Aujourd’hui, cependant, les cartes sont redistribuées. Léon XIV a décidé de confier à un canoniste – non pas à quelqu’un de l’extérieur, mais à un membre de la Curie – la responsabilité de désigner les futurs évêques au pape. C’est un geste fort, qui laisse entrevoir un style de gouvernement.

Peu de pas, calmement

Filippo Iannone prendra ses fonctions le 15 octobre 2025, prenant la tête du Dicastère pour les évêques et de la Commission pontificale pour l’Amérique latine. Parallèlement, Léon XIV a confirmé ad aliud quinquennium [pour une nouvelle période de cinq ans, ndt] l’actuel secrétaire du Dicastère, Mgr Ilson de Jesus Montanari, ainsi que Mgr Ivan Kovač, qui restera sous-secrétaire.

Cette décision révèle également le style de Prevost. En effet, ses relations avec Montanari n’ont jamais été faciles : pendant son mandat de préfet, le secrétaire le contournait souvent, préférant s’adresser directement à Sainte-Marthe pour obtenir ce qu’il voulait. Avec François, Montanari bénéficiait d’une entente plus fluide qu’avec Prevost.

Pourtant, contrairement à son prédécesseur, Léon XIV ne se laisse pas guider par la rancœur ou la vengeance. Sa ligne de conduite est autre : agir avec calme, sans soubresauts. On commence par changer le préfet, le reste suivra.

Du droit au choix des pasteurs

Pour comprendre le sens de cette nomination, il faut se pencher sur le parcours de Iannone. Né à Naples en 1957, entré très jeune chez les Carmélites, formé à la Lateranense [université pontificale du Latran] et à la Sacra Rota, Iannone est un canoniste pur, un homme qui a grandi entre les codes et les tribunaux ecclésiastiques. Défenseur du lien, vicaire judiciaire, professeur de droit canonique, avocat rotal : son curriculum vitae est un condensé du monde juridique de l’Église. Mais à côté de cela, il a également vécu des expériences pastorales : évêque auxiliaire de Naples, puis de Sora-Aquino-Pontecorvo, vice-régent du diocèse de Rome. C’est un homme qui connaît les difficultés de l’Église et les enjeux du gouvernement.

Sous les pontificats de Jean-Paul II et Benoît XVI, il s’est fait remarquer et apprécier. C’est Jean-Paul II qui a fait de lui le plus jeune évêque d’Italie en 2001. C’est Benoît XVI qui l’a appelé à Rome comme vice-régent.

Puis, avec François, il a obtenu la présidence du Conseil pontifical pour les textes législatifs, devenu avec Praedicate Evangelium un véritable dicastère. Mais à cette époque, dominée par l’idée que le droit devait s’effacer devant la pastorale, le rôle de Iannone était resté discret, peu visible. Pourtant, c’est précisément Praedicate Evangelium qui avait défini un rôle très important pour le dicastère qu’il dirigeait : interprétation authentique des lois, surveillance des pratiques illégitimes, promotion du droit canonique, aide aux conférences épiscopales. Toutes ces tâches étaient cruciales, mais elles sont souvent restées dans les tiroirs en raison du pape régnant, qui préférait décider seul.

Avec Léon XIV, le scénario change radicalement. Le choix de confier la direction du Dicastère pour les évêques à un canoniste n’est pas fortuit : le message est sans équivoque. Fini l’improvisation, place aux règles ; fini le favoritisme, place à des critères transparents. Dès le début, le nouveau pape a clairement fait comprendre qu’il ne voulait pas reproduire la « méthode Bergoglio ». En effet, dans la sélection des évêques, on revient à un processus ordonné : le préfet, avec l’appareil du Dicastère, mène les enquêtes, recueille les avis, écoute les prêtres des diocèses d’origine et de ceux qui pourraient accueillir les nouveaux pasteurs ; enfin, il présente au pape les noms des candidats. Le pontife, quant à lui, n’est pas le marionnettiste qui choisit selon son bon vouloir, mais le dernier à évaluer et à décider.

C’est la fin d’une époque d’improvisations et de pratiques discutables, où il suffisait d’avoir des liens avec le cercle de Sainte-Marthe pour obtenir un diocèse. L’époque des « Puglia bella » ou « Basilicata bella », réservoirs dans lesquels on pêchait non pas pour le mérite, mais pour les amitiés et les faveurs, peut-être garanties par ceux qui arrivaient avec des pâtes fraîches dans les cuisines de l’hôtel, est révolue.

Le Dicastère pour les évêques : le cœur battant de la Curie

Le Dicastère que Iannone s’apprête à diriger est l’un des plus délicats. Les normes de Praedicate Evangelium le décrivent avec précision : il doit s’occuper de la constitution des diocèses, de la nomination des évêques et de leur formation, il doit soutenir les pasteurs dans leur gouvernement, organiser les visites ad limina, veiller à l’unité et au bon fonctionnement des Églises particulières, il doit même impliquer le peuple de Dieu dans le choix des candidats.

Il s’agit, en d’autres termes, du cœur battant de la Curie. C’est ici que l’on décide qui dirigera les communautés catholiques du monde. Et donc, on décide également de la physionomie future de l’Église : si elle aura des évêques attentifs à la doctrine ou prêts au compromis, s’ils seront des pères attentionnés envers leurs prêtres ou des administrateurs despotiques, s’ils seront des pasteurs de prière ou des managers de diocèses, s’ils auront un courage prophétique ou une inclination à la médiocrité.

Une nomination comme programme de gouvernement

La nomination d’aujourd’hui n’est donc pas un détail bureaucratique, mais un acte programmatique. Léon XIV a choisi de commencer par là, et ce n’est pas un hasard. Car tout dépend de la qualité des évêques : la catéchèse, la liturgie, la vie sacramentelle, la gestion des ressources, la proximité avec les pauvres, la défense de la foi. Un épiscopat faible engendre des communautés désorientées. Un épiscopat fort, juste et enraciné, en revanche, devient un signe d’espoir. À une époque où l’Église semble perdue, fragmentée, parfois même soumise aux modes du moment, le choix de placer un homme de droit à la tête des nominations apparaît comme une réponse précise : on ne se sauve pas par l’improvisation, mais par le sérieux, la compétence, le respect des règles.

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