Samedi 26 octobre, en conclusion du pèlerinage annuel Summorum Pontificum, le cardinal Burke a célébré pour la première fois depuis 2019 une messe selon la forme extraordinaire du rite romain sur l’autel de la Chaire de la basilique Saint-Pierre. L’affluence était énorme, la couverture médiatique mainstream était, pour une fois, plutôt bienveillante, entre approbation (pour saluer la démarche de pacification du pape) et condescendance amusée.
Chez les amoureux de la messe antique, l’enthousiasme est presque unanime, et c’est sans doute justifié.
Enfin, presque: au risque de passer pour un rabat-joie, Chris Jackson relève la malheureuse coïncidence de dates avec le « Jubilé des équipes synodales et des organismes participatifs », où Léon XIV a prêché pour une Eglise inclusive, où personne « ne possède toute la vérité » et qui doit « marcher ensemble ». Soit, en mieux formulé, du pur Bergoglio.

Oui, le spectacle était magnifique. Mais même la beauté peut être utilisée comme une arme. La messe traditionnelle à Saint-Pierre n’était pas le signe d’une nouvelle ère ; c’était l’occasion de prendre une photo d’une nouvelle ère. Un moment qui ne peut effacer un programme qui reformule la doctrine comme « discernement », l’autorité comme « participation » et le rite romain comme une pièce de musée brièvement rallumée pour les touristes. L’encens s’est élevé, mais la fumée de la répression flottait encore dans l’air.

Une basilique archi-comble pour le retour de l’ancien rite à Saint-Pierre

Réadmise après trois ans d’interdiction, la liturgie traditionnelle remplit la basilique vaticane : plus de deux mille personnes ont assisté à la messe pontificale célébrée par le cardinal Burke à l’occasion du rassemblement annuel Summorum Pontificum. Un chiffre énorme, et une moyenne d’âge particulièrement basse, qui témoignent de l’excellente santé des fidèles attachés au Vetus Ordo.

Nico Spuntoni
La NBQ
27 octobre 2025

La meilleure photographie de la messe pontificale célébrée par le cardinal Raymond Leo Burke à l’autel de la chaire de Saint-Pierre a été saisie en un instantané par Damian Thompson, brillant chroniqueur du magazine britannique The Spectator : « On sait qu’il s’agit d’un rite ancien lorsque les prêtres ne sont pas anciens ». Et en effet, ce qui frappait le plus dans la cérémonie de samedi après-midi, c’était le très jeune âge non seulement des prêtres, mais aussi de tous les fidèles présents.

Ils étaient très nombreux, certainement plus de deux mille personnes. Les gendarmes et les sampietrini [agents chargés de l’entretien et de la surveillance de la Basilique, ndt] s’en sont rendu compte lorsqu’ils ont dû gérer l’afflux impressionnant pour l’événement phare du XIVe pèlerinage Summorum Pontificum. Les bancs et les places debout étant tous occupés, beaucoup ont été contraints de rester dans les nefs adjacentes et très vite, des files d’attente se sont formées à l’intérieur de la basilique. Un inconfort « doux », si l’on peut dire, car il témoignait de l’excellente santé de la communauté des amoureux de la messe dite tridentine. Une forte participation et une grande attention des médias, avec une représentation importante de journalistes et de photographes comme on n’en avait jamais vu jusqu’en 2022.

La messe selon le Vetus Ordo pour le pèlerinage Summorum Pontificum était absente de Saint-Pierre depuis trois ans et la dernière fois, elle n’avait pas été pontificale. À l’époque, Traditionis Custodes était déjà en vigueur depuis plus d’un an et on était au début d’une guerre liturgique qui a provoqué de graves divisions au sein de l’Église dans la dernière partie du pontificat de François.

Le motu proprio contesté est toujours en vigueur, malheureusement, mais Léon XIV a donné un signal significatif et apaisant en autorisant cette messe. L’hostilité envers la forme extraordinaire du rite romain est une caractéristique minoritaire, même dans la faction la plus progressiste de l’Église, et même ceux qui considèrent sa célébration comme anachronique sont perplexes quant à l’utilité de Traditionis Custodes et des mesures restrictives qui ont suivi.

(…)

Le cardinal albanais Ernest Simoni, 97 ans, assistait à la célébration, assis au premier rang, à côté du cardinal Walter Brandmüller. Venu spécialement de Florence, le vieux cardinal a passé 28 ans de sa vie entre la prison et les travaux forcés auxquels il avait été condamné par le régime communiste d’Enver Hoxha, qui avait proclamé l’athéisme d’État en Albanie. C’est lui qui a tenu à conclure la cérémonie de samedi après-midi en prononçant la prière d’exorcisme à Saint Michel Archange écrite par Léon XIII.

Lui et Burke ont tous deux rappelé de prier pour un autre Léon, ce Léon XIV qui, en autorisant la messe à Saint-Pierre, a déjà mis fin à la période la plus dramatique de la guerre liturgique contre le Vetus Ordo inaugurée par Traditionis Custodes, causant une grande douleur à Benoît XVI encore en vie.


La messe du cardinal Burke devant les caméras.

Avec l’aimable autorisation de l’Église synodale, qui suit son chemin

Chris Jackson
bigmodernism

Un spectacle à la fois glorieux et vide : le cardinal Raymond Burke, flanqué des porteurs de flambeaux, en procession avec des centaines de fidèles depuis la basilique des Saints-Celse-et-Julien jusqu’à Saint-Pierre. L’encens s’élève sous les nuages de bronze du Bernin tandis que le cardinal célèbre la messe pontificale selon l’ancien rite à l’autel de la Chaire : pour la première fois en deux ans, le pèlerinage Summorum Pontificum est autorisé à l’intérieur de la basilique.

La foule exulte. Les caméras tournent. Et presque à la même heure, Léon XIV préside le « Jubilé des équipes synodales et des organismes participatifs », prêchant que personne « ne possède toute la vérité » et que l’Église doit « marcher ensemble ».

La juxtaposition est parfaite : sur un autel, l’ancienne foi exprimée en latin et en silence ; sur un autre, la nouvelle religion du dialogue proclamée en prose sous les applaudissements.

Le message venu de Rome est clair. La messe ancienne peut revenir sur le devant de la scène, mais seulement sur autorisation, afin de soutenir l’unité d’une Église qui a redéfini l’unité elle-même. Ce qui était autrefois le culte quotidien de la chrétienté est désormais une exposition occasionnelle, organisée pour démontrer l’inclusion.

Ses partisans appellent cela un dégel. Mais une dispense d’un jour n’annule pas le gel qui continue de paralyser les diocèses du monde entier. François a autorisé les messes traditionnelles pendant le pèlerinage à plusieurs reprises – en 2014 et en 2021 – mais les portes ont ensuite été fermées pour 2023 et 2024. Léon XIV les a rouvertes juste assez pour une seule procession, laissant intact le mécanisme qui permet aux évêques d’étouffer le rite traditionnel partout ailleurs.

Oui, le spectacle était magnifique. Mais même la beauté peut être utilisée comme une arme. La messe traditionnelle à Saint-Pierre n’était pas le signe d’une nouvelle ère ; c’était l’occasion de prendre une photo d’une nouvelle ère. Un moment qui ne peut effacer un programme qui reformule la doctrine comme « discernement », l’autorité comme « participation » et le rite romain comme une pièce de musée brièvement rallumée pour les touristes. L’encens s’est élevé, mais la fumée de la répression flottait encore dans l’air.

Dans son homélie pour le jubilé synodal, Léon XIV a déclaré que l’Église « n’est pas simplement une institution religieuse… Elle est le signe visible de l’union entre Dieu et l’humanité ». Les équipes synodales, a-t-il affirmé, incarnent cette union, car « les relations ne répondent pas à la logique du pouvoir, mais à celle de l’amour ».

Dans cette théologie, « l’amour » devient un solvant. La hiérarchie se dissout au profit du sentiment ; la définition est remplacée par le dialogue. Léon XIV met en garde contre le « pouvoir mondain », tout en demandant que « personne n’impose ses idées » et que « personne ne soit exclu ». Cela semble être une proposition clémente, jusqu’à ce que l’on remarque que les seuls exclus sont ceux qui croient encore que la foi doit exclure l’erreur.

Son interprétation de la parabole du pharisien et du publicain reformule l’orthodoxie elle-même comme de l’arrogance. Le pharisien est celui qui croit posséder la vérité ; le publicain, qui ne sait rien et le confesse, est la véritable image de l’homme synodal. La leçon est claire : mieux vaut se tromper ensemble que d’avoir raison seul.

La même logique est apparue dans la catéchèse jubilaire de Léon XIV sur Nicolas de Cues (cf. vwww.vaticannews.va). Citant l’idée d’« ignorance savante » du cardinal du XVe siècle, Léon XIV a affirmé : « Espérer, ce n’est pas savoir ». L’Église « n’a pas toutes les réponses », mais « marche avec l’humanité, à l’écoute de ses questions ». Ici, l’« ignorance » n’est plus une condition à guérir, mais une attitude à imiter. L’espoir remplace la connaissance ; l’incertitude est sanctifiée.

Ce n’est pas de l’humilité, c’est de la paralysie déguisée en foi. Lorsque la vérité devient quelque chose que « nous recherchons ensemble », le magistère cesse d’enseigner et commence à sympathiser. L’Église se transforme d’Arche du Salut en radeau de voyageurs qui ne savent pas très bien dans quelle direction coule le fleuve.

Dans toutes ces orientations, un modèle est présenté.

  • Autorité décentralisée : les équipes synodales remplacent la hiérarchie.
  • Vérité relativisée : « ne pas savoir » devient une vertu.
  • Identité pluralisée : l’unité par la diversité, et non par la doctrine.
  • Mission socialisée : sacerdoce et diplomatie fusionnés en un seul ministère de « service ».

En ce sens, Léon XIV est en train de perfectionner la révolution conciliaire. Il parle le langage de l’humilité tout en prônant le renversement le plus complet de l’ordre catholique depuis Vatican II. Son « Église qui se penche pour laver les pieds de l’humanité » efface désormais son propre visage.

Le week-end des 25 et 26 octobre 2025 résume la contradiction de l’Église postconciliaire. À une extrémité de la basilique, le cardinal Burke a célébré la messe traditionnelle pour une foule de fidèles, tandis que l’encens montait sous les voûtes. À l’autre extrémité, Léon XIV a prêché que « personne ne détient toute la vérité » et que « l’autorité doit céder la place à la participation ».

Le couteau est caché dans le gant de velours. L’ancienne liturgie est autorisée juste le temps nécessaire pour rassurer le troupeau que rien d’essentiel n’a changé, tandis que les mécanismes qui l’interdisent partout continuent de fonctionner.

François a autorisé des messes similaires à plusieurs reprises ; Léon répète le geste et l’appelle guérison. Mais la guérison sans repentir n’est que cosmétique. Le cœur de la révolution reste intact.

Qu’a donc été le Jubilé des groupes synodaux, sinon l’image miroir de la messe célébrée par Burke ? Deux rites de la même religion : l’un horizontal, l’autre vertical ; l’un sacrificiel, l’autre sentimental. Le premier regarde vers le haut ; le second regarde autour de lui.

L’Église ne peut « marcher ensemble » que si elle sait d’abord où elle va. Sinon, elle marche de travers, doucement, de manière inclusive, vers le néant. L’ancienne messe demeure, lumineuse, mais seulement comme une relique à laquelle on permet de briller un week-end par an, tandis que la nouvelle Église se félicite de l’avoir permis.

Rome a maîtrisé l’art de la contradiction : bénir les fidèles traditionnels tout en démantelant la foi qui les a formés. Le spectacle cache la répression. La fumée de l’encens peut à nouveau monter à Saint-Pierre, mais la fumée qui envahit l’Église est toujours celle de la confusion.

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