Sous ce titre intrigant, jouant sur une formule qui a fait et fait encore florès sur les RS du monde entier dans sa version américanisée (en France, patrie de l’élégance, c’était le très chic « balance ton porc »!!) et qui a marqué un tournant décisif (souvent pour le pire – mais pas toujours!) dans les relations entre les humains, une très belle réflexion d’un prêtre américain, sur ce que devrait être la papauté: un idéal d’humilité et de gardien du magistère précédent, idéal dont nous créditons le pape actuel de chercher à s’en inspirer… en puisant malheureusement un peu trop au magistère de son mentor François.
Avec en bonus les Litanies de l’humilité du cardinal Merry del Val (et un hommage à la mémoire de ce grand homme d’Eglise)
- Il y a 10 ans, j’avais proposé dans ces pages un portrait du cardinal Merry de Val et les mêmes ‘Litanies de l’humilité », par Roberto de Mattei: benoit-et-moi.fr/2015-I/actualite/lhumilite-enseignee-par-le-cardinal-merry-del-val
- En mars 2010, à l’occasion du 80e anniversaire de la mort de Rafael Merry del Val, L’OR en publiait un portrait, repris par Sandro Magister, qui déplorait que Benoît XVI n’avait pas eu la chance de trouver « son » Mery de Val
La papauté « Me Too » (Ce n’est pas ce que vous pensez)
Père Jerry Pokorsky
www.catholicculture.org/commentary/me-too-papacy-its-not-what-you-think/
« Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. »
(Lc 18, 14)
Nous imaginons parfois les pharisiens comme des prêtres, les « professionnels de la religion » de leur époque. Mais en réalité, c’étaient des laïcs : des hommes influents, pieux et jouissant d’une grande notoriété publique. La réprimande de Jésus était un avertissement à tous ceux qui sont tentés de transformer la sainteté en orgueil. Et aucun d’entre nous, prêtre ou laïc, n’échappe longtemps à cette tentation.
Parmi les apôtres, l’ambition a fait son apparition. Jacques et Jean, les fils de Zébédée, ont eu l’audace de demander à Jésus les places d’honneur dans sa gloire. Ils voulaient les trônes au premier rang, à côté du Messie. Jésus les a corrigés avec douceur mais fermeté :
« Celui qui veut être grand parmi vous sera votre serviteur… car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir. »
(Mc 10, 43-45)
Même le groupe initial des frères de l’évangile a essayé de gravir les échelons ecclésiastiques.
Je vais maintenant vous confier un secret clérical.
Me too [/Moi aussi]. Lors du dernier conclave, j’ai posé ma candidature à la papauté. J’ai promis d’être un Saint-Père décontracté : faire la grasse matinée, prier, célébrer la messe, siroter un cappuccino sur la place Saint-Pierre. J’avais un précédent : le pape Léon XII, à la veille de la rébellion protestante, avait déclaré : « Dieu nous a donné la papauté. Profitons-en. »
Mon plan, cependant, était de faire profil bas, de profiter de la vie et de rester principalement hors de vue, dans l’espoir d’éviter toute rébellion. Mon nom papal : le pape Edgar Allan Pokorsky [Pour rappel, l’auteur est le père Pokorsky. Quant au prénom choisi, c’est sans doute une private joke, ou un jeu de mots].
Je déléguerais, afin d’avoir le temps de faire la sieste l’après-midi. Des consultants tels que Booze, Allan et Hamilton [ndt: société de conseil auprès d’organisations des secteurs publics et privés, y compris gouvernementales] s’occuperaient de la Banque du Vatican. Le cardinal Burke s’attaquerait à la Curie, le cardinal Müller superviserait la hiérarchie allemande, turbulente sur le plan doctrinal, et l’IA examinerait les documents de l’Église — l’IA respecte probablement mieux la Tradition sacrée que de nombreux prélats.
Mais je n’écrirais pas trop de nouvelles encycliques. En revanche, je rééditerais les grandes – Veritatis Splendor, Humanae Vitae, Familiaris Consortio – chacune avec un simple addendum papal sur la page de couverture : « Me Too ». Mes propres encycliques et exhortations apostoliques seraient les plus courtes de l’histoire de l’Église. Mon pontificat serait connu sous le nom de « Me Too » : un pontificat de solidarité avec la vérité déjà dite, la sainteté déjà vécue et les saints déjà canonisés.
Veritatis Splendor ? Me too.
Humanae Vitae ? Me too
L’humilité de Jésus ? Me too Seigneur, mais fais-moi d’abord pape.
Bien sûr, je n’ai pas été choisi, c’est un autre homme, un excellent augustinien américain, qui l’a été. Mes ambitions ont été freinées à juste titre. Pourtant, mes rêves révèlent à quel point le désir d’importance personnelle peut facilement s’insinuer ; le clergé n’est pas à l’abri de vouloir être le premier.
Une leçon tirée de l’histoire

Il existe une histoire, trop belle pour être vraie, au sujet du conclave de 1914. Le cardinal Merry del Val, puissant secrétaire d’État sous le pape Pie X, avait autrefois déconseillé la promotion de l’archevêque Giacomo della Chiesa. À la mort de Pie X, del Val était le favori pour lui succéder. Mais les cardinaux ont à la place élu l’archevêque della Chiesa comme pape Benoît XV.
Lorsque del Val, battu, s’est présenté pour rendre hommage, le nouveau pape a cité le psaume 118 : « La pierre que les bâtisseurs ont rejetée est devenue la pierre angulaire. »
De bonne grâce dans la défaite, del Val a répondu : « C’est l’œuvre du Seigneur, et elle est merveilleuse à nos yeux. »
Dans les années qui suivirent, del Val popularisa la Litanie de l’humilité, une prière qui demande d’être délivré du désir d’estime, d’éloges et de préférence, et de la peur d’être méprisé ou ridiculisé. La prière nous invite à contempler nos peurs spirituelles les plus profondes, comme les Israélites dans le désert qui regardaient le serpent sur le bâton de Moïse. C’est une prière dangereuse, car Dieu y répond rapidement.
Il est intéressant de noter que del Val ne l’a pas écrite lui-même. La litanie avait été composée anonymement par un autre prêtre plusieurs décennies auparavant, une âme cachée qui ne cherchait pas à être reconnue et dont le nom a été perdu dans l’histoire. Cet anonymat était la première réponse à la prière.
« Je t’en supplie, Seigneur, me too»
La sainteté est rarement spectaculaire. La plupart des saints ne figurent jamais dans le calendrier ; la plupart de l’humilité est cachée dans le silence et le service. Mais le Royaume des Cieux est construit sur ces « me too» discrets, ces âmes qui font écho au fiat de Marie, qui répètent l’abandon du Christ à Gethsémani, qui consentent chaque jour à être oubliées par amour pour Dieu.
Dans un monde obsédé par la reconnaissance, nous ne sommes pas appelés à être les premiers, ou célèbres, ou suivis, mais à être fidèles.
La litanie de l’humilité
Ô Jésus, doux et humble de cœur,
écoute-moi.
Du désir d’être estimé,
délivre-moi, ô Jésus.
Du désir d’être aimé,
délivre-moi, ô Jésus.
Du désir d’être honoré,
Du désir d’être loué,
Du désir d’être préféré aux autres,
Du désir d’être consulté,
Du désir d’être approuvé,
De la crainte d’être humilié,
De la crainte d’être méprisé,
De la crainte de subir des reproches,
De la crainte d’être calomnié,
De la crainte d’être oublié,
De la crainte d’être ridiculisé,
De la crainte d’être lésé,
De la crainte d’être soupçonné,
Délivre-moi ô Jésus.
Que les autres soient plus aimés que moi,
Jésus, accorde-moi la grâce de le désirer.
Que les autres soient plus estimés que moi,
Jésus, accorde-moi la grâce de le désirer.
Que, selon l’opinion du monde, les autres grandissent et que je diminue, etc.
Que les autres soient choisis et moi mis de côté,
Que les autres soient loués et moi ignoré,
Que les autres soient préférés à moi en tout,
Que les autres deviennent plus saints que moi,
à condition que je devienne aussi saint que je le devrais.
Jésus, accorde-moi la grâce de le désirer.
À chaque saint caché, chaque serviteur inconnu, chaque âme tranquille qui prie humblement cette litanie, nous disons avec gratitude, nostalgie et une certaine appréhension : S’il te plaît, Seigneur: me too
NDT
Le bienheureux cardinal Raffaele Merry del Val est né à Londres le 10 octobre 1865. En raison de ses talents intellectuels, religieux et diplomatiques, Léon XIII l’a rapidement appelé à participer à d’importantes missions pontificales auprès des principales cours et il a collaboré avec ce grand pape à la résolution de questions graves et difficiles de l’époque. Il a occupé des postes élevés et des fonctions importantes au sein de la curie romaine.
En 1903, après la mort de Léon XIII, il fut secrétaire du conclave où Pie X fut élu pape. Le pape Pie X le nomma secrétaire personnel, secrétaire d’État et préfet du palais apostolique. Il mourut à Rome le 26 février 1930 d’une appendicite et fut enterré au Vatican. Le procès en béatification de Rafael Merry del Val y Zulueta fut ouvert le 26 février 1953.
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