Tel qu’il se présente lui-même, l’auteur du blog « Investigatore Biblico » se fixe comme objectif de « traquer ce qu’il considère comme des traductions erronées dans la Bible de la Conférence épiscopale italienne (CEI) de 2008″. L’une des dernières entrées concerne la lecture du jour du 14 octobre (il faudrait comparer avec la France), et l’oubli volontaire d’un passage célèbre de la première épître de saint Paul aux Romains, mais potentiellement polémique, pour ne pas heurter un certain lobby, est très emblématique de l’attitude timorée de l’Eglise face au monde.

Quand la Parole dérange… faut-il la supprimer?

C’est désormais habituel, et pas seulement aujourd’hui, que la liturgie de la Parole procède à des coupures dans les textes bibliques proclamés. On parle souvent de « lecture continue » des livres de l’Écriture, mais en réalité cette continuité est interrompue à plusieurs reprises par des omissions qui, bien que motivées par des raisons pastorales, finissent par appauvrir le message.

C’est un phénomène ancien, mais qui prend aujourd’hui une saveur particulière, presque une prudence excessive, une crainte de troubler ou de blesser la sensibilité de notre époque.

Mais la Parole de Dieu n’est pas faite pour être édulcorée : elle est vivante, tranchante, capable de juger les pensées et les intentions du cœur. Et si on l’ampute, on lui enlève précisément cette force salvifique.

Ces jours-ci, l’Église nous propose la lecture de la Lettre aux Romains, peut-être la plus profonde et la plus théologique des lettres de Paul, celle dans laquelle il réfléchit avec lucidité et passion sur le mystère de la justice de Dieu et sur le salut offert à chaque homme.

Aujourd’hui, 14 octobre 2025, le passage liturgique est Romains 1,16-25, dans lequel l’Apôtre affirme avec force que l’Évangile est la puissance de Dieu pour le salut de tous ceux qui croient, et décrit comment l’humanité, bien que connaissant Dieu, a choisi d’adorer la créature plutôt que le Créateur.

Demain, 15 octobre, cependant, nous passerons directement au chapitre 2, en sautant un passage décisif : Romains 1,26-32, à savoir celui-ci :

26 C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions infâmes. Chez eux, les femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature.
27 De même, les hommes ont abandonné les rapports naturels avec les femmes pour brûler de désir les uns pour les autres ; les hommes font avec les hommes des choses infâmes, et ils reçoivent en retour dans leur propre personne le salaire dû à leur égarement.
28 Et comme ils n’ont pas jugé bon de garder la vraie connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à une façon de penser dépourvue de jugement. Ils font ce qui est inconvenant ;
29 ils sont remplis de toutes sortes d’injustice, de perversité, de soif de posséder, de méchanceté, ne respirant que jalousie, meurtre, rivalité, ruse, dépravation ; ils sont détracteurs,
30 médisants, ennemis de Dieu, insolents, orgueilleux, fanfarons, ingénieux à faire le mal, révoltés contre leurs parents ;
31 ils sont sans intelligence, sans loyauté, sans affection, sans pitié.
32 Ils savent bien que, d’après le juste décret de Dieu, ceux qui font de telles choses méritent la mort ; et eux, non seulement ils les font, mais encore ils approuvent ceux qui les font.
.

(traduction AELF)

Dans ces versets, saint Paul ne fait que tirer les conséquences de ce qu’il vient de dire. Il parle d’une humanité qui, ayant rejeté la vérité de Dieu, se trouve égarée et en proie à ses propres passions.

Les mots sont forts, certes : « C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions infâmes… ».

Paul décrit le désordre moral qui naît lorsque l’on remplace la vérité par le mensonge, lorsque l’on échange le bien contre le mal et le mal contre le bien. C’est un texte dur, mais vrai. C’est le réalisme de l’Écriture, qui n’a pas peur de montrer la misère de l’homme pour révéler la miséricorde de Dieu.

Et pourtant, ce passage est passé sous silence. Pourquoi ? On pourrait penser à un choix de discrétion, de respect envers ceux qui pourraient se sentir touchés ou jugés. Mais la Parole de Dieu ne juge pas pour condamner, mais pour éclairer, pour appeler à la conversion. Si l’on passe sous silence ce qui est gênant, si l’on efface ce qui dérange, on ne protège pas l’homme : on le prive de la possibilité de se regarder dans le miroir, de reconnaître sa blessure et d’invoquer la guérison.

Il existe une forme subtile de censure spirituelle qui, au nom du « politiquement correct », risque de rendre la Parole inoffensive, domestiquée.

Mais la Parole n’est pas seulement un baume qui console : c’est aussi un feu qui purifie, une épée qui sépare, une vérité qui bouleverse. Celui qui proclame l’Évangile ne doit pas craindre d’offenser, mais de ne pas être fidèle.

Saint Paul n’écrivait pas pour condamner l’homme, mais pour lui rappeler que, loin de Dieu, tout se corrompt ; que la grâce ne peut être comprise si l’on ne reconnaît pas d’abord le péché. Supprimer ces versets revient à supprimer une partie de la vérité, et sans vérité, il n’y a pas de salut. Il ne s’agit pas de défendre un moralisme archaïque, mais de préserver la Parole dans son intégralité, sans concessions ni mutilations.

Peut-être devrions-nous à nouveau lire tout, même ce qui ne nous plaît pas, même ce qui nous met mal à l’aise. C’est seulement ainsi que la Parole pourra à nouveau blesser pour guérir, troubler pour convertir, juger pour sauver.

Les coupures ne font pas de bien à l’âme : pour être lumière, la Parole doit être entière.

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