Lors de son passage à Rome à l’occasion de la remise du Prix Ratzinger à Riccardo Muti et de la présentation d’un recueil d’homélies inédites, le secrétaire de Benoît XVI a lâché quelques confidences aux journalistes, notamment sur ses relations conflictuelles avec François (apparemment, il pratique le pardon chrétien, et maintient une réserve de bon aloi sur les détails plus personnels, qu’il doit sans doute à la mémoire de Benoît XVI).
Quant à l’éventualité d’une béatification de Benoît XVI, son propos est plutôt (et à juste titre) « Laissons faire le temps ».
À la question sur les perspectives d’une future cause de béatification de Benoît XVI, Gänswein a répondu qu’il estimait qu’il existait une réputation de sainteté largement répandue autour du pape allemand, sans toutefois céder à la facilité des slogans ou à la précipitation : « Laissons passer quelques années ; l’Église est très sage, nous le savons ».
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Il a ajouté avoir perçu cette réputation au cours des nombreuses années passées aux côtés de Ratzinger : « J’ai vu comment il vivait, comment il abordait les grands problèmes et cherchait toujours une réponse enracinée dans la foi. Et puis, sa foi en la Providence… Tout cela faisait partie de son ADN spirituel ».
Il a également déclaré recevoir « des courriels du monde entier » de lecteurs qui ont trouvé dans les paroles du pape émérite « une lumière et une aide » pour leur foi.
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Gaetano Masciullo
www.lifesitenews.com

Mgr Gänswein :
« Les choix de François concernant la messe en latin ont nui à la paix».
«Nous nous sommes réconciliés avant sa mort »
Franca Giansoldati
Il Messaggero
12 décembre 2024
Pendant plusieurs années, ils ont entretenu une relation très conflictuelle, c’était tellement évident au Vatican qu’il était impossible de le cacher. Le pape François et le secrétaire de Ratzinger, don Georg Gänswein, ont été les protagonistes d’innombrables polémiques et coups bas, souvent alimentés par des livres.
La messe en latin
Gänswein, par exemple, dans une biographie sur Benoît XIV, révélait à quel point le pape Bergoglio avait blessé le pape émérite en abolissant tout le chemin parcouru vers la normalisation de la messe en latin.
Peu après, Bergoglio répondait (dans un autre livre) que don Georg avait fait preuve d’un « manque de noblesse et d’humanité » et qu’il lui avait causé une « grande douleur » en racontant « des choses qui ne sont pas vraies, c’est très triste ». En somme, il le traitait de menteur.
Peu après, il l’expulsait de son appartement au Vatican et l’envoyait en Allemagne, dans son diocèse, sans aucune fonction. Une punition humiliante à tous égards qui dura près d’un an, jusqu’à ce que François le nomme à la nonciature de Lituanie, fonction que don Georg occupe actuellement.
La réconciliation
Six mois après la disparition de François, don Georg, lors de la présentation d’un livre d’homélies inédites de Ratzinger, a tenu à revenir sur cette période en expliquant non seulement qu’il s’était réconcilié peu avant la mort de Bergoglio, mais qu’il était « également allé prier sur sa tombe à Sainte-Marie-Majeure ».
La miséricorde et les enseignements de l’Évangile ont prévalu. [cf. ndt]]
Le pape Léon XIV
On lui a ensuite demandé son avis sur le nouveau pontife et il a répondu en souriant : « Le pape Léon m’a fait une excellente impression », ajoutant qu’il avait ressenti « un immense soulagement » à l’annonce qu’il souhaitait s’installer dans le Palais apostolique.
Il a également apprécié le choix de célébrer à nouveau en latin à Saint-Pierre, annulant ainsi le veto de François.
« L’impression que j’ai de loin est qu’il y a des signes dans la bonne direction. Benoît XVI avait libéralisé la célébration en latin en vertu de sa grande expérience et aussi de ce qu’il avait lui-même constaté, à savoir que Paul VI n’avait en réalité jamais aboli le « vetus ordo » et il avait donc introduit la distinction entre le rite ordinaire et le rite extraordinaire, c’est-à-dire la messe tridentine. Mais il s’agit globalement d’une seule liturgie ».
Benoît XVI saint
Benoît XVI sera-t-il un jour saint ?
« Je le souhaite certainement, mais laissons faire la providence. Comme on le sait, dans l’Église, on attend généralement cinq ans après la mort. J’ai vu comment il a vécu, comment il a affronté les problèmes, même les plus grands, comment il a toujours cherché et trouvé une réponse dans la foi. Cela fait partie de son ADN spirituel ».
Le média en ligne italien fanpage.it (orienté à gauche, ce qui n’est pas évident, du moins à la première lecture de l’article) ajoute quelques détails:
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Davide Falcioni
www.fanpage.it
Mgr Gänswein a choisi un contexte apparemment éloigné des événements personnels – la présentation d’un recueil d’homélies inédites de Joseph Ratzinger – pour révéler l’une des pages les plus délicates de son histoire récente.
L’ancien secrétaire particulier de Benoît XVI, aujourd’hui nonce apostolique en Lituanie, a publiquement raconté s’être réconcilié avec le pape François peu avant la mort du souverain pontife argentin. Une déclaration qui, selon ses propres termes, s’apparente à une confession sobre, dépourvue d’emphase, mais capable de restituer la densité d’une relation restée pendant des années dans l’ombre des tensions de la Curie.
En retraçant cette relation difficile, le nœud des incompréhensions apparaît plus clairement. Les distances entre Gänswein et François se sont surtout enracinées dans la gestion de la coexistence complexe entre le pape régnant et le pape émérite : une période où le secrétaire de Ratzinger était perçu, souvent malgré lui, comme l’interprète d’une ligne théologique distincte de celle de Bergoglio.
À cela se sont ajoutés des épisodes tels que l’affaire du livre sur le célibat sacerdotal, signé par le cardinal Sarah avec une contribution attribuée à Benoît XVI, et les tensions communicationnelles qui ont suivi, jusqu’à la marginalisation progressive de Gänswein de son rôle opérationnel de préfet de la Maison pontificale. Une somme de facteurs qui, sans déboucher sur un affrontement direct, a fini par créer un climat de suspicion et de distance.
« Avec François, la relation n’était pas toujours facile – a admis Gänswein -, mais avant sa mort, je suis allé le voir et je lui ai présenté mes excuses ».
Une phrase qui marque le tournant d’une histoire complexe, faite de distances institutionnelles et d’interprétations publiques souvent polarisées, surtout pendant les années où la cohabitation entre le pape régnant et le pape émérite alimentait un débat continu.
« La réalité est la réalité : quelque chose ne fonctionnait pas et je n’ai pas fermé les yeux, j’ai présenté mes excuses »
a ajouté le prélat, livrant au public un élément qui était jusqu’alors resté dans le silence.
Cette révélation intervient à un moment où la figure de Gänswein continue d’être observée avec attention, surtout après la mort de Bergoglio. Son rôle, sa perspective, voire son destin ecclésiastique ont fait l’objet d’un débat intense à l’intérieur et à l’extérieur des murs du Vatican.
Aujourd’hui, le récit de la réconciliation offre une toile de fond plus humaine : non pas le récit des frictions, mais la description d’une clarification tardive, arrivée toutefois à temps.
Le nonce a également rappelé un geste accompli en juin dernier, lorsqu’il s’est rendu à la basilique Sainte-Marie-Majeure : « Je me suis rendu sur la tombe de François. Et j’ai prié ».
Ndt: Gaetano Masciullo (LifeSite News) apporte une précision qui module légèrement le sens de ce récit
Gänswein a rappelé la visite qu’il a effectuée en juin 2025 sur la tombe de François dans la basilique Sainte-Marie-Majeure : « J’étais accompagné par l’archiprêtre de la basilique, le cardinal Rolandas Makrickas. Je me suis agenouillé devant la tombe de François et j’ai prié, bien sûr. Le pape est le pape, le successeur de Pierre ».