Le secrétaire de Benoît XVI s’est longuement entretenu avec Francesco Capozza (Il Tempo) et ce qu’il dit corrige heureusement les propos que lui ont prêtés les médias mainstream, qui ne cadraient absolument pas avec le livre qu’il avait publié au moment de la mort de Benoît XVI, sous le titre « Nient’altro che la verità ».
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Par exemple, on a pu lire un peu partout que « Georg Gänswein s’est réconcilié avec François ». Ce n’est pas exactement le cas. Ici, il admet que « réconciliation est un terme peut-être exagéré ». En réalité, son amertume reste palpable.
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Même chose en ce qui concerne sa prétendue requête de « faire de Benoît XVI un saint ». Là encore, c’est beaucoup plus subtil, et conforme à ce qu’on pourrait attendre: laissons du temps au temps.
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D’autres détails passionnants émergent: sa rencontre avec François, en décembre 2023, alors qu’il s’était rendu à Rome pour le premier anniversaire de la mort de Benoît XVI, les circonstances dans lesquelles ont été recueillies les homélies de Mater Eclesiae, l’amour de Benoît XVI pour la liturgie (passant par la musique) qu’il faisait passer avant tout le reste, et même ses impressions (celles de GG!) sur Léon XIV.
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Bref, il y aurait là matière à des mémoires, qu’il écrira peut-être un jour prochain, et qui susciteraient à coup sûr beaucoup d’intérêt (mais aussi les cris d’orfraie des « veufs » de Bergoglio, qui ne manqueraient pas de crier au sacrilège…)

Mgr Georg Gänswein parle : « Ma vérité sur trois papes »

Francesco Capozza
15 décembre 2025
Il Tempo
(via Messa in Latino)

Il est presque surréaliste de rencontrer Mgr Georg Gänswein dans un petit salon réservé à nous deux à la Casa Santa Marta, le lieu où le pape François a vécu pendant douze ans – et où il est mort –, et où l’ancien secrétaire et homme de confiance du cardinal Joseph Ratzinger, puis de Benoît XVI, a été incompris, chassé sans ménagement du Vatican et peut-être même un peu méprisé.

Dans cette sorte d’hôtel, rénové sous le pontificat de Wojtyla pour accueillir les cardinaux pendant les conclaves, Mgr Gänswein était considéré comme un ennemi, et donc comme un hôte indésirable, au cours des dernières années de l’ère bergoglienne.

Pourtant, aujourd’hui, l’actuel nonce apostolique dans les républiques baltes est serein, souriant, comme si cette période angoissante qui a suivi la mort de « son pape » n’était qu’un lointain souvenir.

Alors autant en finir tout de suite et faire la lumière sur ces trois dernières années.

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Excellence, est-il vrai, comme certains l’ont écrit, que vous et le pape François vous étiez réconciliés avant sa mort ?

« Réconciliation est peut-être un terme exagéré. Comme vous le savez, dès la fin des funérailles de Benoît XVI, le pape François a décidé que je devais immédiatement retourner dans mon diocèse d’origine, Fribourg. Cependant, ce qui est tout à fait inhabituel pour le secrétaire d’un pape défunt, aucune fonction ne m’a été attribuée.

Même certaines personnes qui ne m’étaient pas vraiment favorables m’ont confié que ce traitement à mon égard avait en fait été excessivement dur.

Un an plus tard, le 31 décembre 2023, à l’occasion du premier anniversaire de la mort de Benoît XVI, je suis venu à Rome pour célébrer une messe à l’autel de la chaire de Saint-Pierre et une autre près de sa tombe, dans les grottes du Vatican.

C’est l’une des Memores Domini (les religieuses laïques qui ont pris soin de Joseph Ratzinger pendant tout son pontificat et jusqu’à sa mort) qui m’a conseillé de demander une audience au pape, mais j’avais décidé de ne rester que deux jours et cela me semblait difficile à réaliser. J’y ai toutefois réfléchi une nuit et le lendemain, j’ai demandé à rencontrer François.

L’audience fut immédiatement accordée et les quatre Memores m’accompagnèrent. Dès que nous nous sommes assis, le Pape me demanda: « Comment vous sentez-vous à Fribourg ? ». Je répondis avec franchise : « Mal, Sainteté, après toutes ces années d’activité intense, ne rien faire me fait mal au cœur, à l’âme et à l’esprit ».

Bergoglio me dit qu’il y réfléchirait, mais qu’il fallait rédiger un petit rapport sur ce que nous avions dit pour le remettre à la Secrétairerie d’État. Je le fis et, quelques mois plus tard, on m’informa que le pape François avait décidé de m’assigner une nonciature.

Une expérience, d’ailleurs, tout à fait nouvelle pour vous et dans un contexte, celui des trois républiques baltes – Lituanie, Estonie et Lettonie – particulièrement délicat ces derniers temps.

« En réalité, je n’ai pas fréquenté l’Académie ecclésiastique qui forme les diplomates du Saint-Siège, j’ai une formation canonique, mais ayant été pendant sept ans aux côtés d’un pape et pendant neuf autres années préfet de la Maison pontificale, j’ai eu l’occasion de rencontrer presque tous les grands de ce monde et de comprendre un peu les dynamiques de la diplomatie internationale. J’ai toutefois accepté ce défi avec joie et dans un esprit de service ».

Quelle est l’ambiance dans les pays baltes, avec une guerre à quelques pas et la Russie de Poutine qui pourrait encore élargir ses ambitions expansionnistes ?

« Je vis à Vilnius, en Lituanie, car parmi les trois pays qui composent le siège diplomatique du Saint-Siège, c’est le principal et surtout celui qui compte le plus grand pourcentage de catholiques, environ 80 % selon les statistiques. En Lettonie, ils représentent environ 25 % de la population, tandis qu’en Estonie, ils ne sont que 8 000, soit moins de 1 % de la population totale. Dans la politique actuelle des trois États, il y a une préoccupation palpable, certainement une sorte d’angoisse qui étouffe une question fatidique : serons-nous les prochains ? Cependant, malgré les menaces et la fermeture fréquente de certains espaces aériens, les trois populations tentent de réagir avec force et détermination, allant de l’avant sans penser au pire ».

Ces derniers jours, vous êtes descendu à Rome pour plusieurs rendez-vous importants : la présentation du deuxième volume des sermons inédits de Benoît XVI en tant que pape émérite, la cérémonie de remise du prix annuel Ratzinger et une audience spéciale avec Léon XIV. Commençons par le livre, dont le titre « Dieu est la réalité véritable » résume toute la vie et la pensée de Benoît XVI. Comment est née l’idée de ce recueil ?

« Joseph Ratzinger a toujours continué à prêcher, même en tant que pape émérite. Il l’a fait au monastère Mater Ecclesiae, où il s’était retiré après sa renonciation et où moi-même et les quatre Memores vivions avec lui. Parfois, il le faisait uniquement en notre présence, d’autres fois, il invitait lui-même des hôtes.

Chaque dimanche, de 2013 à fin 2018, alors que sa voix commençait à s’affaiblir de plus en plus, le pape Benoît XVI prêchait et c’est peut-être au cours de ces années-là qu’il a prononcé ses homélies et ses sermons les plus beaux et les plus significatifs. Avec les Memores, nous avons jugé opportun de les enregistrer, mais Benoît XVI ne l’a jamais su.

Vous me dites que vous enregistriez les sermons du pape émérite à son insu ?

« Exactement. Nous voulions que ces merveilleuses homélies, ces prêches émouvants ne soient pas perdus et pendant des années, chaque dimanche, nous les avons enregistrés. Les Memores, grâce à un travail minutieux et inlassable, les ont ensuite progressivement retranscrits et transférés dans différents fichiers.

Lorsque le père Federico Lombardi, président de la Fondation Ratzinger, l’a appris, il m’a demandé ce que nous voulions en faire. C’est alors moi qui lui ai demandé: « dites-moi ce que VOUS voulez en faire, en parlant bien sûr de la Fondation ».

Et c’est ainsi que, grâce à lui et à Lorenzo Fazzini, l’idée de les publier est née ; le premier volume est sorti l’année dernière et le deuxième ces jours-ci qui, comme vous le rappeliez tout à l’heure, résume un peu toute la pensée de Joseph Ratzinger : « Dieu est la véritable réalité ».

Il y a quelques jours, j’ai relu une conférence donnée le 13 mai 2004 par le cardinal Ratzinger, dont le titre semble prophétique : « La haine de soi de l’Occident ». Dans un passage de cette lectio magistralis, le futur pape affirmait que « de manière louable, l’Occident tente de s’ouvrir à la compréhension et aux valeurs extérieures, mais il ne s’aime plus lui-même et ne voit plus dans son histoire que ce qui est déplorable et destructeur, n’étant plus capable de percevoir ce qui est grand et pur ».

Mais encore plus actuel, en relisant ces mots vingt et un ans plus tard, est le passage où le cardinal disait : « Pour survivre, l’Europe a besoin d’une nouvelle acceptation d’elle-même, certes critique et humble », ajoutant que « le multiculturalisme qui est continuellement encouragé et favorisé ne peut exister sans points de repère à partir de ses propres valeurs et ne peut certainement pas exister sans respect de ce qui est sacré ».

On dirait un discours prononcé aujourd’hui.

« C’est vrai, aujourd’hui encore, cette leçon, dont je me souviens très bien, est d’une actualité brûlante.

Vous avez raison quand vous affirmez que Joseph Ratzinger a souvent été prophétique, et pas seulement au cours des dernières décennies de sa vie, mais aussi au début de sa carrière de professeur d’université, où il prononçait des discours qui, relus aujourd’hui, sont d’une actualité impressionnante. Pour ne citer qu’un exemple, il a écrit en 1958 un article dans une revue allemande de théologie intitulé « Les nouveaux païens » : c’est une lecture claire de la lente et inexorable déchristianisation de l’Europe qui, relue plus de soixante-cinq ans plus tard, semble décrire la situation actuelle. Joseph Ratzinger a été un homme prophétique tout au long de son existence, il avait le don d’anticiper les changements sociaux et culturels comme peu d’autres.

Cette année, le prix décerné par la Fondation Ratzinger à des personnalités éminentes dans les domaines scientifique, historique et culturel a été attribué au maestro Riccardo Muti, qui a ensuite dirigé un magnifique concert en présence du pape Léon XIV. Benoît XVI a aimé toute sa vie la musique classique et son pontificat a également été marqué par une renaissance louable de la musique sacrée. Quelle relation Joseph Ratzinger entretenait-il avec la musique ?

« Dès son enfance, on peut dire qu’il a respiré l’air mozartien à pleins poumons. Chez lui, tout le monde jouait d’un instrument de musique et son frère Georg Ratzinger était un organiste et chef de chœur remarquable. Joseph, quant à lui, préférait le piano, qu’il a joué toute sa vie, tant que ses forces le lui ont permis. En ce qui concerne la musique sacrée, le pape Benoît la considérait comme la forme et l’expression la plus appropriée, la plus noble et la plus solennelle pour exprimer et célébrer les mystères de la foi. Il accordait autant d’importance à la musique sacrée qu’à une certaine sacralité de la liturgie, signe d’amour et de respect envers Dieu ».

En effet, sous le pontificat de Benoît XVI, la liturgie avait retrouvé ce sens du mystique, du sacré et de l’ancien qui, avec son successeur direct, s’est quelque peu perdu.

« Je vous révèle, peut-être pour la toute première fois, l’une des volontés impératives du pape Benoît XVI lorsqu’il a décidé qu’à l’avenir, nous, ses collaborateurs, le cardinal Müller et la Fondation Ratzinger, devrions travailler à l’Opera Omnia de ses écrits : le premier volume à paraître devait être celui consacré à la liturgie. Pas celui sur la théologie ou celui consacré à l’ecclésiologie, mais le volume sur la liturgie. Cela en dit long sur l’importance qu’il y accordait ».

J’ai lu que vous étiez en train de recueillir des témoignages et des documents afin d’entamer le processus de béatification de Benoît XVI. Est-ce vrai ?

« Depuis quelque temps déjà, je reçois de nombreux courriels et lettres contenant des témoignages d’épisodes miraculeux survenus après avoir prié et invoqué le pape Benoît. Ces témoignages me parviennent de toutes les parties du monde, ils sont très détaillés et précis. Je les conserve au fur et à mesure qu’ils arrivent, mais lorsque je me suis adressé au Dicastère des Causes des Saints, on m’a répondu qu’il n’y avait pas de procès canonique en cours et que je devais donc penser moi-même à rassembler les documents. D’ailleurs, sagement, je dirais, l’Église établit qu’avant de pouvoir ouvrir un procès canonique à cet effet, il faut attendre au moins cinq ans après le décès du bienheureux potentiel, sauf bien sûr dérogations décidées expressément et par la volonté incontestable du Souverain Pontife.

C’est le cas de Jean-Paul II, et c’est Benoît XVI lui-même qui a décidé de déroger à cette règle.

« Oui, le cardinal Stanislao Dziwisz, secrétaire historique du pape Wojtyla, a demandé cette dispense au pape Benoît XVI, qui l’a accordée avec joie. D’ailleurs, moi-même, pendant tout le temps où j’ai vécu aux côtés de l’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, j’ai pu constater de mes propres yeux la sainteté de Jean-Paul II ».

Vous avez vécu vingt-huit ans à Rome, dites-moi la vérité, la Ville éternelle vous manque-t-elle ?

« Énormément. Après tant d’années passées ici, je me sens, pour ainsi dire, « romanisé ». J’ai beaucoup de souvenirs à Rome : des choses, des personnes, des amis qui me manquent et que j’aimerais voir plus souvent. Aujourd’hui, mes engagements diplomatiques, même s’ils ne me tiennent qu’à trois heures de vol, ne me permettent pas de venir aussi souvent que je le voudrais. Un nonce apostolique vient à Rome lorsque la Secrétairerie d’État l’appelle ou lorsqu’il est reçu en audience officielle par le pape ».

Et avec cela, vous introduisez vous-même ma dernière question : vendredi matin, vous avez été reçu par Léon XIV lors d’une audience officielle en tant que nonce du Saint-Siège. Je ne vous demanderai évidemment pas quels sujets ont été abordés avec le souverain pontife, mais j’aimerais connaître votre impression sur le nouveau pape.

« Dès le premier instant, lorsque je l’ai vu apparaître à la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre pour son premier discours et sa première bénédiction Urbi et Orbi, j’ai eu une impression visuelle et acoustique différente de celle à laquelle nous étions habitués depuis douze ans. Ces deux impressions étaient bien sûr très positives. On a tout de suite remarqué que quelque chose avait vraiment changé. Le pape Léon dégage une sérénité et une paix, et au cours de ces sept premiers mois de pontificat, j’ai remarqué que la centralité du Christ était revenue en force dans les homélies et les paroles du pasteur universel de l’Église ».

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