Je n’ignore pas qu’il s’agit d’un sujet hautement inflammable donc à manipuler avec moult précautions. L’article qui suit fait référence à la visite d’une personnalité au-dessus de tout soupçon, le Patriarche des Latins de Jérusalem – un authentique homme de Dieu, et un messager de paix -, à la paroisse de Gaza. Il est issu d’un site catholique (La Bussola) tout sauf extrémiste, encore moins « antisémite » (et même plutôt pro-Israël), et rapporte des faits zappés par les médias français donc globalement ignorés chez nous. C’est une information inédite, qui devrait interpeler tous ceux qui se soucient vraiment de la paix dans ce territoire martyrisé.
- En annexe, le message de Noël du cardinal Pizzabella

Pizzaballa apporte le Noël de l’espoir à Gaza
Nicola Scopelliti
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On espérait un Noël de paix et de renaissance. C’était le souhait des habitants de Gaza, mais aussi de ceux de Cisjordanie. Ils en étaient convaincus lorsqu’ils ont accueilli l’illumination du grand arbre de Noël, sur la place centrale de Bethléem, comme un signe d’espoir. Après deux ans sans illuminations ni décorations et avec des célébrations liturgiques réduites au minimum, les chrétiens de Bethléem et de toute la Palestine ont repris vie, revêtus de leurs habits de fête.
« Même si cette année nous nous réjouissons qu’un cessez-le-feu ait permis à bon nombre de nos communautés de célébrer publiquement les joies de Noël, écrivent les chefs des Églises de Jérusalem, nous restons néanmoins attentifs à l’avertissement du prophète Jérémie contre ceux qui disent « Paix, paix, alors qu’il n’y a pas de paix ».
Et de fait, pour les Palestiniens, la paix véritable reste un rêve inaccessible. Dans la bande de Gaza, en effet, les morts continuent malgré le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, entré en vigueur le 10 octobre dernier. Mais on meurt aussi en Cisjordanie, où les colons sévissent, semant la mort et la destruction, mais surtout la haine. Une haine qui augmente, jour après jour, à l’égard du peuple israélien, et qui se répand dans le monde entier, ravivant cet antisémitisme que l’histoire croyait avoir effacé.
Dans la bande de Gaza, Israël continue de violer les accords. Selon un communiqué publié par le bureau de presse de Gaza, l’armée israélienne a violé le cessez-le-feu 875 fois depuis son entrée en vigueur, et au moins 411 Palestiniens ont été tués, tandis que 1 112 ont été blessés.
Mais ce n’est pas tout : le gouvernement israélien, conduit par Benjamin Netanyahu, poursuit son blocage cynique de l’aide humanitaire, dont l’enclave dévastée par la guerre a désespérément besoin. Des centaines de milliers de familles palestiniennes continuent de lutter contre le manque d’aide humanitaire, de nourriture, de médicaments et d’abris adéquats.
Les récentes intempéries ont aggravé la situation et les groupes humanitaires, qui opèrent encore dans la bande de Gaza, ont lancé un appel pour permettre l’entrée de tentes, de couvertures et d’autres fournitures.
Mais Gaza n’est pas seule, comme le prouve la récente visite, à l’occasion de Noël, du patriarche Pierbattista Pizzaballa à la paroisse catholique. La présence du cardinal a pris la valeur d’un geste profondément symbolique, capable de parler même là où les mots semblent ne plus suffire. Dans une terre marquée par la destruction, le deuil et la peur quotidienne, sa présence a été avant tout un signe de proximité qui brise l’isolement et rappelle qu’aucune souffrance n’est invisible.
Parmi les décombres des bâtiments et les blessures encore ouvertes du conflit, le patriarche a apporté un message d’espoir qui ne nie pas la douleur, mais la traverse. L’espoir, dans ce contexte, n’est pas un optimisme facile, ni une promesse immédiate de paix, mais la conviction que même les cœurs les plus éprouvés peuvent lentement retrouver la force de battre pour l’avenir. C’est un espoir fragile, tout comme la vie à Gaza est fragile, mais c’est précisément pour cela qu’il est authentique et nécessaire. « N’ayez pas peur, nous devons être unis et forts. Vous avez démontré, surtout pendant la guerre, mais aussi maintenant, ce que signifie rester fort, vous êtes un témoignage vivant de foi et d’espoir pour le monde entier », a dit Pizzaballa en rencontrant ses paroissiens.
Le patriarche a attiré l’attention sur la reconstruction qui passe avant toute autre : celle intérieure. Avant même les maisons, les routes et les écoles, ce sont les cœurs des personnes blessées qui doivent être soignés. Des cœurs marqués par la haine et la tentation du désespoir. Reconstruire les cœurs signifie redonner dignité, écoute, confiance ; cela signifie créer des espaces où la douleur peut être partagée et ne se transforme pas en rancœur. En ce sens, la visite du patriarche latin devient une invitation adressée à tous : ne détournez pas le regard, ne vous habituez pas à la souffrance des autres. Gaza n’est pas seulement un lieu de conflit, mais une communauté de personnes qui continuent à espérer, souvent contre toute évidence.
La présence d’un pasteur qui marche à leurs côtés rappelle que la paix, lorsqu’elle viendra, naîtra aussi de ces petites graines d’humanité, plantées dans le sol blessé des cœurs.
Entre-temps, après ce tragique 7 octobre 2023, la présence des colons israéliens dans les territoires palestiniens occupés est devenue l’un des points les plus controversés et douloureux du conflit israélo-palestinien. Au cours des deux dernières années, plusieurs régions de Cisjordanie ont été le théâtre d’agressions, d’incendies de maisons et de terres agricoles, de destruction d’oliveraies et de restrictions d’accès à des ressources fondamentales telles que l’eau et les routes.
Le gouvernement israélien reste silencieux ou ordonne des enquêtes qui aboutissent souvent à un résultat nul.
Mais les propos tenus par certains ministres de la droite ultra-orthodoxe sont inquiétants. C’est le cas d’Itamar Ben-Gvir, qui réclame un « Alligator Alcatraz » pour les Palestiniens. Il ne s’agit malheureusement pas d’une provocation. C’est un projet que le représentant du gouvernement souhaite réaliser. Il s’agirait d’une structure carcérale, sur le modèle de celle de Floride, d’où il serait impossible de s’échapper, entourée de zones où vivraient des crocodiles et des alligators. Le site aurait même été identifié, près de Hamat Gader, une localité humide du nord d’Israël, connue pour abriter depuis 1981 le plus grand élevage de crocodiles du Moyen-Orient. Cette initiative sera bientôt soumise au Parlement pour discussion, en même temps que l’introduction de la peine de mort pour les Palestiniens.
Des propositions qui renforcent la haine entre les deux peuples. En dait, ces dernières années, l’hostilité entre Israéliens et Palestiniens s’est multipliée, alimentée par des cycles de violence, de deuil et de méfiance réciproque. Chaque nouvel affrontement renforce les récits contradictoires, dans lesquels la douleur vécue par l’une des parties rend de plus en plus difficile la reconnaissance de celle de l’autre. L’absence de perspectives politiques crédibles et le poids de la peur quotidienne contribuent à durcir les positions, transformant le conflit en une spirale émotionnelle, en plus d’être militaire. Briser cette dynamique nécessite de l’écoute, de la responsabilité et la capacité de reconnaître l’humanité même chez l’ennemi.
Annexe: Le message de Noël du cardinal Pizzaballa
Chers frères et sœurs,
Que le Seigneur vous donne la paix ! Et surtout, joyeux Noël !

Cette année, comme nous le savons, nous célébrons Noël de la manière la plus normale possible, surtout à Bethléem, mais pas seulement ! C’est beau de voir dans toutes nos paroisses et communautés le sapin de Noël et la crèche, et tout ce qui caractérise habituellement les fêtes de Noël, et nous en sommes heureux ! Nous savons que tous les problèmes, qu’ils soient politiques, sociaux, économiques, spirituels, etc., sont toujours là, mais il est important de faire une pause dans toute cette douleur et de profiter de Noël, surtout pour nos enfants, pour nos familles, pour nos pauvres, et de le partager entre nous tous. En effet, nous avons eu une année très difficile et l’année prochaine sera également très difficile.
Mais comme nous l’avons fait par le passé, nous pouvons vous assurer que nous serons présents à l’avenir, que nous continuerons à servir notre communauté et que nous continuerons à être, en tant que communauté unique, la lumière de Jésus-Christ dans la communauté, afin d’apporter consolation, réconfort, soutien et solidarité partout où cela est nécessaire. Et puis, bien sûr, nous voulons aussi être une voix de vérité, pour invoquer la justice et le respect des droits humains et de la dignité de tous. Car c’est ce que nous célébrons à Noël, nous célébrons le Verbe qui s’incarne, nous célébrons l’Incarnation qui est quelque chose de réel et de concret : notre foi devrait toujours rencontrer et toucher la réalité de nos vies, tant au niveau personnel que communautaire.
Mais Noël nous rappelle aussi à tous une chose importante. Surtout en cette période où la violence et la haine sont le langage courant. Dans un contexte où il est courant de penser que si l’on n’utilise pas la force, on n’est pas pris en considération, la violence, la force et la haine semblent malheureusement être le refrain commun ; si vous n’êtes pas fort, si vous n’élevez pas la voix, c’est comme si vous n’existiez pas. Le message de Noël est différent, il nous rappelle la voie chrétienne, Dieu entre dans notre histoire et dans nos nuits, comme un nouveau-né, qui est l’élément le plus fragile que nous connaissons, mais Noël nous rappelle aussi ce qu’est le mode de vie chrétien, surtout dans ce contexte, comme je l’ai dit.
Dieu, à travers Jésus-Christ, entre dans notre histoire, il entre dans nos nuits dans la réalité de l’élément le plus fragile que nous connaissons, un nouveau-né, qui est très fragile, qui a besoin de tout, qui est dépendant et très faible. Et pourtant, c’est ainsi qu’il entre dans le monde. Mais cet enfant nouveau-né, qui est très faible d’un point de vue humain, a changé le monde, et toutes les nations et l’humanité sont attirées par lui. Un nouveau-né éveille en chacun de nous tendresse et amour, et c’est précisément ce dont nous avons besoin surtout à notre époque, et nous continuerons à être, en tant que chrétiens, un lieu de soins, de tendresse et d’amour, sans limites et sans frontières ; un amour sans frontières ; c’est ce dont nous avons besoin en ce moment. Et il y a de l’espoir, car j’ai vu dans toutes nos communautés et même en dehors de celles-ci de nombreuses personnes capables d’être cette lumière dont nous avons besoin. Ainsi, parmi toutes ces lumières physiques que nous voyons à Noël, nous devons aussi voir les lumières de nombreuses personnes et communautés qui se rendent visibles par leur vie et leur témoignage. Nous devons donc continuer à être cette présence lumineuse où que nous soyons.
Joyeux Noël ! Que Dieu vous bénisse ! Nous attendons de vous voir tous à Bethléem pour les célébrations. Et si vous ne pouvez pas venir, restons unis dans la prière et prions pour tous nos frères et sœurs du monde entier. N’ayez pas peur et venez nous rendre visite ici, nous vous attendons, sans vous, Noël ici n’est pas complet !
+ Pierbattista Card. Pizzaballa
Patriarche de Jérusalem