… avec l’attribution du Prix Ratzinger au Chef d’orchestre apprécié par Benoît XVI, Riccardo Muti, en présence de Léon XIV. Le Maestro se souvient avec émotion des derniers mots que lui a chuchotés Benoît XVI en le recevant à Mater Ecclesiae.

Le maestro de Benoît compose pour Léon

Père Raymond J. de Souza
The Catholic Thing
27 décembre 2025

Ce mois-ci, la haute culture – et l’appréciation spirituelle de la haute culture – ont fait leur retour au Vatican. Le pape Léon XIV rétablit discrètement certaines traditions récentes, telles que la célébration personnelle de la messe le matin de Noël, qui n’avait plus eu lieu depuis 1994. Au début du mois, il a également rétabli le concert de musique sacrée classique.

Il y a soixante ans, à la fin du concile Vatican II, certains « messages » ont été lus à divers groupes, dont un s’adressait aux artistes, y compris aux musiciens :

L’Église du concile vous déclare que si vous êtes des amis de l’art authentique, vous êtes nos amis. L’Église a besoin de vous et se tourne vers vous. Ne refusez pas de mettre vos talents au service de la vérité divine. Ne fermez pas votre esprit au souffle du Saint-Esprit.

Quelques mois plus tard, en avril 1966, saint Paul VI témoigna de cette amitié en assistant à un concert à l’auditorium Sainte-Cécile, près du Vatican. Quatre ans plus tard, en l’honneur de son jubilé sacerdotal, la Missa Solemnis de Beethoven fut jouée en sa présence dans la basilique Saint-Pierre elle-même.

Le patronage papal postconciliaire de la musique classique atteignit son apogée il y a quarante ans. Saint Jean-Paul II, lors d’une visite en Autriche en 1983, rencontra Herbert von Karajan, qui lui suggéra qu’une messe magnifique soit jouée lors d’une messe pontificale. Jean-Paul II donna son accord.

En 1985, pour la fête des saints Pierre et Paul, Karajan dirigea la Messe du Couronnement de Mozart à Saint-Pierre. Des solistes de renom se joignirent à L’Orchestre philharmonique de Vienne. Ce fut le dernier grand moment de la carrière du « chef d’orchestre de l’Europe », et Karajan, âgé et infirme, reçut la Sainte Communion des mains du Saint-Père lui-même. Il mourut quatre ans plus tard, réconcilié avec l’Église, avec laquelle ses relations avaient été tendues.

Le pape Benoît XVI appréciait grandement la musique et était lui-même musicien, jouant Mozart au piano. Il était donc approprié que le prix Ratzinger, qui récompense des réalisations exceptionnelles dans les domaines de la recherche et de la culture, ait été décerné cette année à son ami de longue date, le maestro Riccardo Muti.

Mieux encore, après une sorte de suspension des concerts papaux sous le pape François, le prix a été remis par le pape Léon XIV lui-même lors d’un concert offert par Muti dans la salle Paul VI. Il a choisi la Messe du couronnement de Charles X de Luigi Cherubini, composée en 1825.

Couronnement de Charles X (1757-1836) à Reims, 29 mai 1825 (gravure en couleur) - French School
Couronnement de Charles X (1757-1836) à Reims, 29 mai 1825 (gravure en couleur)
www.meisterdrucke.fr

Muti a choisi cette messe à l’occasion du bicentenaire de l’évènement, un moment où la musique sacrée elle-même a (brièvement) réaffirmé sa présence dans le patrimoine culturel et spirituel de la France après le vandalisme de la révolution et la terreur. Le couronnement de Charles X était le premier depuis 1775 [celui de Louis XVI] et le dernier pour la monarchie française.

Le Maesto Muti et le Pape (Vatican News)

Lors de la remise du prix, Muti a parlé avec affection du pape Léon, rappelant ses nombreuses années en tant que directeur musical de l’Orchestre symphonique de Chicago. Muti a mentionné qu’il avait dirigé Les Sept dernières paroles du Christ en croix de Haydn à la cathédrale Holy Name de Chicago.

Muti a également rappelé les réflexions de Benoît XVI sur la musique sacrée.

En 2015, Benoît XVI avait reçu un doctorat honorifique de l’Université pontificale Jean-Paul II de Cracovie et de l’Académie de musique de Cracovie. À cette occasion, il avait évoqué les « trois lieux » d’où provient la musique : l’expérience de l’amour, l’expérience de la tristesse, de la souffrance et de la perte, et la rencontre avec le divin :

La qualité de la musique dépend de la pureté et de la grandeur de la rencontre avec Dieu, de l’expérience de l’amour et de la souffrance. Plus cette expérience est pure et vraie, plus la musique qui en découle et s’en développe sera pure et grande.

Le pape Léon, en remettant le prix, y a fait écho à cela, citant une phrase préférée de Benoît :

« La vraie beauté blesse, ouvre le cœur, l’élargit. »

Que ces idées aient animé Benoît jusqu’à la fin, Muti l’a confirmé lorsqu’il a évoqué sa dernière rencontre avec Benoît. Le pape émérite avait lu « L’infini parmi les notes » de Muti et l’avait invité à lui rendre visite pour en discuter.

Muti confie

« [Ces mots] sont de Mozart . Entre une note et une autre, il y a l’infini, c’est-à-dire le mystère, et c’est ce que je recherche – non pas en gesticulant sur le podium, mais ce que Dante, dans le Paradiso, appelle l’extase, l’incompréhension. »

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« Nous avons beaucoup parlé de Mozart. Je le considère comme l’une des formes tangibles de l’existence de Dieu, et comme j’aime assez argumenter, nous avons parlé de toutes ces productions qui ternissent parfois la musique. »

.

« Je garderai les derniers mots du pape jusqu’à la fin de mes jours. En me regardant avec ses yeux célestes, il m’a dit : ‘Laissons le pauvre Mozart reposer en paix’. »

Le concert et le prix décernés à Muti ont été une sorte de baume pour les fidèles de Benoît XVI, dont l’appréciation de la musique sacrée et de la culture liturgique n’a pas été perpétuée sous François. Le concert, le prix et les paroles de Léon et de Muti ont marqué en quelque sorte le retour de l’esprit de Benoît XVI au Vatican pendant quelques heures. Il était facile d’imaginer Benoît XVI lui-même prononcer les mots que Léon a utilisés pour ouvrir son bref discours :

Saint Augustin, dans son traité sur la musique, l’appelait la scientia bene modulandi, la reliant à l’art de conduire le cœur vers Dieu. La musique est le moyen privilégié pour comprendre la dignité suprême de l’être humain et le confirmer dans sa vocation la plus authentique.

Si Léon suit Augustin sur ce point, comme l’a fait Benoît XVI, alors le concert de Muti ne sera que le premier à honorer ce nouveau pontificat.

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