C’est un philosophe italien Marcello Veneziani (très apprécié dans ces pages!) qui dresse un bilan, très positif, au terme de la première année civile qui s’achève sous un pontificat américain (j’espère ne pas trahir l’auteur en le classant parmi les catholiques culturels plus que pointilleux sur la religion)
Sur Léon XIV, on peut avoir des réserves – je suis moi-même partagée -, mais tout expliquer avec la formule « un emballage différent pour le même produit » me semble réducteur en plus d’être irrespectueux. Après la catastrophe du pape « venu du bout du monde », le pape Robert Prevost est une surprise raisonnablement bonne, et le monde le perçoit plutôt bien. Après tout, c’est pour cela qu’il a été élu, apporter la paix (pas seulement dans l’Eglise), et jusqu’à aujourd’hui, même au prix de quelques concessions contestables, il y a assez bien réussi.
Bref, j’aime bien cet éloge du nouveau pape, à l’enseigne de la raison et du cœur. Sachons reconnaître nos vrais ennemis, et essayons d’accueillir ce que le Bon Dieu nous envoie: Il a évidemment Ses raisons.
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Mais je peux me tromper, évidemment.
Le premier pape américain, presque simultanément avec Trump à la Maison Blanche. Il est monté sur le trône de Pierre au cours de l’année qui s’achève et c’est la nouvelle la plus réconfortante qui soit apparue à Rome et au-delà.
Une année de Lion (*)
(*) Un anno da Leone. Jeu de mot. Le prénom Léon est issu du latin Leo qui signifie « lion » et qui est associé à la force, la noblesse et la royauté. En italien, c’est le même mot, Leone, qui désigne le prénom et le fauve.
Grâce à Dieu, l’homme de l’année est un témoin de l’Éternité. Il s’appelle Robert Francis Prevost, mais il est plus reconnaissable avec la crinière de Léon XIV, pontife venu des États-Unis, plus précisément de Chicago.
Le premier pape américain, presque simultanément avec Trump à la Maison Blanche. Il est monté sur le trône de Pierre au cours de l’année qui s’achève et c’est la nouvelle la plus réconfortante qui soit apparue à Rome et au-delà.
Cette année, c’est lui qui a envoyé les messages les plus sensés, non seulement sur le plan de la foi et du christianisme, mais aussi sur celui du bon sens, de la vie sociale et de la paix entre les peuples. Il ne s’est opposé à personne, il n’a pas renié l’œuvre de son prédécesseur, le pape François, mais avec douceur et détermination, il corrige le tir, rééquilibrant le destin et les structures de l’Église.
Il vise l’unité de l’Église et des catholiques, ce que son prédécesseur n’a malheureusement pas fait, celui-ci s’étant rangé du côté progressiste, pénalisant ainsi le côté conservateur et traditionnel, et divisant l’Église en deux parties. Léon ne veut pas renverser l’équilibre, mais recoller les morceaux, sans exclure personne. Et même dans le dialogue interreligieux, il a commencé, comme il se doit, par les frères séparés les plus proches, les orthodoxes de l’Église gréco-russe, 1700 ans après le concile de Nicée, le premier concile œcuménique des chrétiens, et surtout en vue du bimillénaire de la mort du Christ, en 2033, pour lequel une année sainte spéciale est prévue.
Dans l’Église catholique, il a à nouveau admis la messe en latin, les symboles et la liturgie de la tradition, car les chemins qui mènent au Seigneur sont infinis et ne peuvent se réduire à un seul ; les innovateurs et les traditionalistes peuvent coexister et trouver leur place dans l’Église, sans marginaliser ni éloigner les uns ou les autres. Sur le plan politique, aucun fidèle ne se sent exclu de son pontificat, mais inclus œcuméniquement dans l’étreinte pastorale.
En Palestine, il a invoqué la paix et la fin des massacres alors que l’Occident gardait le silence sur le carnage quotidien à Gaza, et il invoque la paix et la négociation en Ukraine alors que l’Europe continue d’appeler aux armes, avec l’intention malheureuse d’étendre et de prolonger la guerre, la transformant en un dangereux conflit mondial entre l’Europe et la Russie. De plus, le pape Léon n’a jamais détourné son attention des massacres de chrétiens dans le monde, il a dénoncé les persécutions et les massacres, dans le silence général des médias.
Sur le plan doctrinal, en tant qu’augustinien, le pape Léon XIV s’est inspiré de saint Augustin et des Pères de l’Église, de la tradition la plus ancienne, et on perçoit les traces qu’il laisse derrière lui à son passage. Lui aussi prêche la miséricorde et la charité envers les pauvres, comme son prédécesseur, mais sans transformer la proximité avec les pauvres en paupérisme et en syndicalisme clérical.
Dans l’exhortation apostolique Dilexi te, il a souligné l’amour du Christ pour les pauvres, la condamnation de l’esclavage, la défense des femmes et le droit à l’éducation, sans transformer le magistère de l’Église en agence d’aide sociale. Il a exprimé son amour et sa sollicitude envers les migrants, mais sans réduire l’Église à une ONG chargée de transporter les migrants du monde entier, à commencer par les musulmans.
Conformément au choix de son nom pontifical, qui rappelle Léon XIII, le pape de la doctrine sociale, Léon XIV a condamné le consumérisme et le turbo-capitalisme, mais il n’a pas jeté le bébé avec l’eau du bain : il défend la civilisation chrétienne, ses principes et ses rites, son histoire et sa doctrine, il veut réveiller sa force morale, évangélique et spirituelle, il n’épouse pas le tiers-mondisme. Il dialogue avec tout le monde, mais en commençant par les chrétiens, sans privilégier les athées, en descendant sur leur terrain. Et il ne souffre pas de vedettariat, il est sobre et discret
Mais à la veille de Noël, je voudrais souligner son apologie émouvante de la crèche. Dans la crèche, Léon voit un hymne à la naissance, donc à la maternité et à la famille, à commencer par les enfants, dans une ligne de continuité entre la natalité naturelle et la nativité surnaturelle. Dans la crèche, il a saisi l’apothéose de la communauté qui se rassemble autour de l’Enfant Jésus et de sa famille ; et il a mis l’accent sur l’avènement de la Lumière dans le monde, espoir de salut. Depuis longtemps, la crèche est combattue par ses détracteurs et dénaturée par certains chrétiens qui veulent la transformer en une sorte de congrès interracial, une sorte d’ONU de l’Antiquité, avec un message d’intégration et d’accueil qui dévalorise sa signification universelle et évangélique pour en faire le théâtre habituel de l’inclusion et des droits civils.
À vrai dire, Bergoglio lui-même, dans une lettre apostolique datant de quelques années, Admirabile Signum, avait souligné la valeur spirituelle et religieuse de la crèche, notamment en relation avec la naissance et la famille, ainsi que la prédilection franciscaine pour les pauvres du monde entier. Mais au final, le message dominant de son pontificat était fondé sur la rhétorique omniprésente de l’accueil et de l’inclusion, occultant toute autre signification ; tandis qu’en dehors de l’Église, l’hostilité envers la crèche, considérée comme offensante pour les non-croyants et les fidèles d’autres religions, se répand.
En réalité, la crèche n’est pas seulement l’aboutissement de la vision chrétienne, la représentation la plus vivante et la plus concrète d’un monde en marche vers le Christ, mais elle provient d’un fondement rituel et spirituel préchrétien : elle coïncide avec le mythe solaire de l’Enfant divin né dans une grotte d’une Mère Vierge.
Je cite à ce propos deux précédents : à Alexandrie, en Égypte, la nuit du 24 décembre, un enfant emmailloté représentant Horus, fils divin d’Isis, était porté en procession tandis que les prêtres annonçaient la naissance de la Vierge et le retour du soleil dans le ciel. Dans la quatrième églogue, Virgile annonçait la naissance imminente du puer miraculeux, dans un langage cryptique qui faisait écho aux cultes orientaux.
Le christianisme n’est donc pas l’avènement du Nouveau et la rupture avec tout ce qui l’a précédé, mais l’expression, ou pour ses croyants l’apogée, d’une tradition sous le signe de la lumière, du commencement et de la naissance qui vient de plus loin. Il suffirait d’ailleurs de voir la crèche napolitaine, qui s’est développée à l’époque baroque, pour se rendre compte du substrat païen qui resurgit dans le christianisme, dans ses cultes et ses saints.
Le pape Léon XIV ramène la crèche chez elle et s’adresse au monde sans mettre entre parenthèses la foi et la religion pour poursuivre ceux qui ne seront jamais chrétiens, mais il le fait au nom de la foi et de la chrétienté et à partir de celles-ci. L’entreprise est difficile, très ardue, mais quel que soit le résultat, il pourra dire avec saint Paul : bonum certamen certavi, cursum consummavi, fidem servavi. J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai conservé la foi.