En ce troisième anniversaire de sa mort, une nouvelle (belle) interview de Mgr Gänswein, à La NBQ. En ce qui concerne la possibilité d’une béatification « laissons agir les temps de l’Eglise », dit le secrétaire.
Pour revivre les évènements de ces jours mémorables qui ont suivi la mort du Pape, c’est ici: www.benoit-et-moi.fr/2020/tag/mort-de-benoit/. On y (re) trouvera une foule d’anecdotes inédites, qui aident à comprendre quel homme incroyable il était.
Il y a en particulier l’image bouleversante de la translation de sa dépouille mortelle, de sa dernière résidence de Mater Ecclesiae jusqu’à une porte de service (littéralement!!) de la Basilique Saint Pierre, à bord d’une camionnette commerciale.
Mesquinerie sans fond de François!!:
Parler d’une « civilisation de la précipitation » en ce qui concerne la sainteté est une contradictio in adiecto, une contradiction dans les termes. Pire encore, la précipitation est un adversaire acharné de la sainteté. Laissons donc agir le temps, et non la précipitation, afin que le critère dominant ne soit pas celui d’une popularité mondaine, mais que la véritable sainteté apparaisse de plus en plus.
La sainteté de Ratzinger, sans tapage mais discrète comme lui
Stefano Chiappalone
lanuovabq.it
2 janvier 2025
La foi cristalline de Benoît XVI, les témoignages de grâces et une relation personnelle qui se poursuit au-delà de la mort. Santo subito ? La précipitation est l’ennemie de l’auréole, déclare à La Bussola le secrétaire, désormais nonce apostolique dans les pays baltes. Témoignage à l’occasion du troisième anniversaire de sa mort.

Il y a trois ans, le chaleureux pèlerinage pour l’ultime salut à Benoît XVI, mort le 31 décembre 2022, eut raison des températures rigoureuses du début janvier, mais surtout d’une certaine « narration » sur le pape allemand : timide et réservé, certes, mais tout sauf froid et distant, à tel point que les gens ne l’avaient absolument pas oublié près d’une décennie après son renoncement au trône de Pierre.
De cette foule s’élevait aussi le sensus fidelium qui « sentait » l’odeur de la sainteté, espérant peut-être cette béatification rapide qu’il avait lui-même permise pour son grand prédécesseur Wojtyla.
Mais peut-être n’est-il pas nécessaire d’accélérer les choses pour Ratzinger, car ce qui émerge depuis lors, c’est « une sainteté sans tapage, mais douce et discrète, à l’image de sa personnalité » : c’est ce dont témoigne à La Bussola Mgr Georg Gänswein, actuellement nonce apostolique en Lituanie, en Estonie et en Lettonie, et ancien secrétaire de Benoît XVI avant, pendant et après son pontificat.
. . .
Excellence, au sujet d’une éventuelle béatification du pape Benoît XVI, vous avez vous-même rappelé qu’il fallait laisser faire le temps de l’Église (qui est long, sauf rares exceptions justifiées, comme pour saint Jean-Paul II). La sainteté ne suit-elle pas les rythmes de l’actuelle « civilisation de la précipitation » ?…
Parler d’une « civilisation de la précipitation » en ce qui concerne la sainteté est une contradictio in adiecto, une contradiction dans les termes. Pire encore, la précipitation est un adversaire acharné de la sainteté. Laissons donc agir le temps, et non la précipitation, afin que le critère dominant ne soit pas celui d’une popularité mondaine, mais que la véritable sainteté apparaisse de plus en plus. La fama sanctitatis doit mûrir et faire émerger finalement la sanctitas de la vie.
Avez-vous également perçu cette renommée de sainteté dans l’hommage rendu par la foule à Benoît XVI, qui vivait caché du monde depuis près de dix ans ?
Ceux qui ont ouvert les yeux, les oreilles et même le cœur pouvait parfaitement percevoir le sensus fidelium à cette occasion, il y a trois ans. Entre-temps, une sainteté sans tapage, mais douce et discrète comme sa personnalité, est en train d’émerger.
Avez-vous également reçu des témoignages de grâces attribuées à son intercession ?
Les témoignages reçus jusqu’à présent sont divers. Il y a des lettres qui témoignent de guérisons par l’intercession de Benoît XVI ; il y a des écrits qui parlent de grâces particulières reçues à la suite d’une prière au pape Benoît et il y a différents types de remerciements pour des prières exaucées dans des situations personnelles très difficiles.
Comment votre relation avec le pape Benoît XVI a-t-elle changé maintenant qu’elle ne se déroule plus dans la vie quotidienne mais dans la communion des saints ?
La relation en tant que telle n’a pas changé, c’est la modalité de la relation qui a changé. Sa présence physique a été remplacée par une présence « métaphysique ». Il est près de moi chaque jour lorsque je prie pour demander son aide, ou lorsque je lis ses homélies et étudie ses écrits. C’est une relation forte et gratifiante.
Joseph Ratzinger ne se considérait certainement pas comme un saint, mais il prenait au sérieux la vocation à la sainteté. Qu’était pour lui la sainteté ?
La sainteté est la réalisation la plus élevée et la plus radicale du but de la vie. Devenir saint signifie prendre au sérieux l’appel du Seigneur. Les chemins pour y parvenir sont variés, voire innombrables.
Le cardinal Ratzinger affirmait que « la véritable apologie de la foi chrétienne (…) réside d’une part dans les saints, d’autre part dans la beauté que la foi a engendrée ». Une assimilation qui rappelle un peu celle de Florenskij [Paul Florensky, 1882-1937, théologien orthodoxe russe] entre « actes bons » et « actes beaux ». Peut-on donc parler d’une dimension « esthétique » de la sainteté ?
Non seulement on peut, mais on doit parler d’une dimension esthétique de la sainteté, à condition toutefois de ne pas confondre « esthétique » et « cosmétique ». La foi crée une apparence extérieure, c’est-à-dire esthétique, qui est le fruit d’une vie intérieure nourrie de vérité et d’amour.
Et cela implique bien plus qu’une profondeur purement intellectuelle…
Il est tout à fait justifié de parler de Joseph Ratzinger/Benoît XVI comme d’un intellectuel raffiné, mais il ne faut pas l’enfermer dans cette définition : c’est un aspect important mais seulement partiel, ce n’est pas le Ratzinger « total ». Il faut ajouter, ou plutôt faire précéder l’intellectuel de sa foi profonde et cristalline et de ses qualités humaines telles que la bonté, la douceur et la sincérité.