Pendant qu’à l’occasion d’un consistoire convoqué ces jours-ci par le pape, les cardinaux et autres hiérarques de l’Eglise s’apprêtent à discuter, métaphoriquement (mais à peine!) parlant, du sexe des anges, des chiffres en provenance d’Allemagne, repris ici par AM Valli, décrivent une réalité dramatique et confirment une situation de quasi-faillite pour ce qui reste de la catholicité, faillite spirituelle, certes, mais aussi matérielle. Est-ce là le modèle que veut suivre Léon XIV, par la promotion généralisée d’une Eglise synodale?

L’élection d’un pape allemand en 2005 pouvait laisser penser qu’une renaissance était possible, et Benoît XVI a tenté de la susciter, mais l’ensemble du système, bien relayé par la grosse caisse des médias, lui a mis les bâtons dans les roues, en sortant opportunément des affaires de scandales sexuels datant parfois d’un demi-siècle, pour lesquelles il n’avait aucune responsabilité. Et les mêmes médias, qui à l’époque décomptaient minutieusement les abandons de fidèles qui refusaient de continuer à payer l’impôt sur l’Eglise (Kirchensteuer), souvent pour de simples raisons économiques, lui en imputant la responsabilité, sont aujourd’hui étrangement muets – pour ne pas dire qu’ils s’en réjouissent.

L’Allemagne est considérée comme le laboratoire de l’avenir « synodal » de l’Église, le lieu où le dialogue avec le monde progresse le plus rapidement et où les frontières doctrinales sont considérées comme négociables.

Allemagne, Église en liquidation

En 2025, en Allemagne, au moins quarante-six églises et chapelles catholiques ont été formellement abandonnées et désacralisées. C’est ce que rapporte la Conférence épiscopale allemande. Toutes les fermetures ne sont pas mentionnées dans les journaux officiels des diocèses. Le nombre réel d’églises fermées pourrait donc être plus élevé.

Il y a une baisse par rapport aux soixante-six de l’année précédente, mais le chiffre confirme la tendance.

Les chiffres montrent un processus de liquidation important : moins de vingt millions de catholiques enregistrés en 2024 ; la participation à la messe dominicale a chuté à environ 6,6 % ; vingt-neuf ordinations en 2024 dans tout le pays ; onze diocèses sans aucune vocation ; le diocèse de Fribourg qui vise à passer de plus d’un millier de paroisses à trente-six grandes unités pastorales.

L’Allemagne est considérée comme le laboratoire de l’avenir « synodal » de l’Église, le lieu où le dialogue avec le monde progresse le plus rapidement et où les frontières doctrinales sont considérées comme négociables. Les chiffres poussent à se poser une question : non pas combien d’édifices ferment, mais quel type d’Église reste.

Quand la foi s’effondre, les édifices s’effondrent aussi. Quand les évêques traitent la doctrine comme un projet toujours révisable, les sacrements s’amenuisent. Quand les sacrements s’amenuisent, les vocations se fanent. Quand les vocations se fanent, les paroisses fusionnent. Quand les paroisses fusionnent, les églises sont désacralisées.

La vision « synodale » continue de promettre un renouveau à travers le processus de changement. Les fruits mesurables (moins d’autels, moins de prêtres, moins de prie-Dieu, moins de confessions, moins de personnes qui considèrent le dimanche comme le jour du Seigneur) sont le résultat d’un effondrement de la foi.

L’Allemagne est un aperçu du point final de l’adaptation « pastorale » permanente : une Église qui continue à posséder des biens, à faire des déclarations, à diriger des comités et à produire de la bureaucratie, mais qui ne convertit plus personne.

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