Sur le cow boy de la Maison Blanche, tout le monde a son avis, souvent mauvais, et quand l’avis est favorable, c’est pour de mauvaises raisons que je préfère ne pas détailler ici.
Pour ne pas tomber au niveau de la conversation de café du commerce, je laisse la parole à un intellectuel dont la voix est cette fois encore celle de la raison.
Inutile de dire qu’à une ou deux virgules près, j’apprécie son analyse et je la partage, non sans ressentir une certaine amertume vis-à-vis d’un personnage qui avait su (ou donné l’impression de vouloir) soulever la chape de plomb du politiquement correct. Quelle déception!
En passant, on trouve un hommage inattendu à Léon XIV, qui me semble justifié: le pape… fait le pape, comme il est juste.

Le monde a pris une mauvaise tournure

Marcello Veneziani
La Verità
6 janvier 2026

Concernant le coup d’État américain au Venezuela, avec la capture de Maduro, je voudrais essayer de raisonner avec réalisme et amour de la vérité. Il ne s’agit donc pas d’une déclaration de soutien, mais d’un raisonnement animé par le sens des réalités.

Mais avant cela, revenons en arrière et partons des précédents. 

Donald Trump est un personnage insupportable en raison de ses manières, de ses prétentions, de son arrogance.

Mais avant de revenir à la Maison Blanche, il avait promis trois choses qui nous semblaient positives :

  • la première, qu’il s’engagerait à clore rapidement les dossiers ukrainien et palestinien, et il s’y est effectivement employé.
  • la deuxième, que les États-Unis se consacreraient à leurs problèmes internes, ne joueraient plus les gendarmes de la planète, ne pratiqueraient plus l’interventionnisme humanitaire, les guerres et les ingérences, mais déchargeraient au contraire le poids de l’OTAN sur leurs alliés.
  • la troisième, qu’il combattrait les folies de l’idéologie woke, du politiquement correct, de la cancel culture qui minent l’Occident.

Pour nous, Européens, et pour nous qui tenons à la souveraineté des peuples, des nations et des États, ces perspectives nous semblaient très prometteuses. Ainsi, bien qu’il fût indigeste, nous avons apprécié Trump, surtout en comparaison avec les démocrates américains, jusqu’à Biden.

Au cours de cette année de domination trumpienne, les choses ont pris une tournure très différente.

Oui, il s’est vraiment engagé sur les trois fronts promis, avec des résultats partiels, mais d’abord, avec la loterie des droits de douane, il a bouleversé le commerce mondial et créé des fluctuations globales insoutenables ; ensuitye, avec ses déclarations selon lesquelles il voulait s’emparer de nations et d’espaces vitaux utiles aux États-Unis; enfin, avec ses actions de guerre en Iran puis au Venezuela, pays peut-être détestés mais qui n’attaquaient personne, encore moins les États-Unis, il a fait exactement le contraire.

Interventionnisme, menaces, démonstrations de force.

La première chose, évidente, est qu’il a violé le droit international et lancé de son propre chef une action de guerre et une agression, causant des dizaines de morts.

Certes, le régime de Maduro était mauvais, le Venezuela va mal, si Chavez était déjà un dictateur pro-castriste qui avait mis le Venezuela dans le pétrin, imaginez son chauffeur [le métier initial de Maduro] devenu líder.

Certains disent, laissez tomber le droit international, qui a été violé à maintes reprises.

D’accord, le problème n’est pas seulement d’ordre juridique, mais aussi d’ordre substantiel, entrons dans le vif du sujet.

  • Tout d’abord, le motif de l’action américaine n’est pas « d’exporter la démocratie », « de défendre les droits de l’homme », « de lutter contre le trafic de drogue », mais, comme Trump l’a lui-même déclaré, l’intérêt américain à reprendre le contrôle du pétrole vénézuélien.
  • Deuxièmement, l’argument selon lequel il faut intervenir là où la démocratie et les droits de l’homme sont violés est complètement faux, car en réalité, on intervient là où on a la force de le faire et là où nos intérêts sont en jeu. on n’intervient pas dans les deux tiers et plus de la planète où règnent des régimes liberticides, des dictatures, des massacres, la famine et l’oppression : de l’Afrique à la Chine, de la Russie à la Corée, d’Israël (où la Cour internationale a condamné Netanyahou pour les milliers d’enfants, de femmes et de personnes âgées palestiniens tués) à de nombreux endroits où les chrétiens sont persécutés.
  • Troisièmement, si un État décide qu’il peut intervenir quand et où son chef ou son appareil militaro-industriel le décide, cela crée un précédent et un alibi pour tout le monde, à commencer par les puissances : pour la Chine avec Taïwan, pour la Russie avec les anciennes républiques de l’URSS. Si nous ne devons pas invoquer un droit impartial partagé, chacun se construira ses propres raisons d’attaquer. De cette manière, vous rendez le monde pire et beaucoup plus dangereux, à la merci des plus forts et des armes. Ensuite viendra le Groenland… où il n’y a pas de dictateur, mais où seul le risque qu’il tombe sous d’autres zones d’influence est agité, en réalité, nous, les États-Unis, nous nous en emparons parce que cela sert nos intérêts.

Ce n’est pas un hasard si une partie importante des Maga, dont bon nombre de partisans de Charlie Kirk et du front national-conservateur qui a soutenu Trump, ne partage pas sa politique colonialiste, interventionniste et « impérialiste » ; et ne la partage pas pour des raisons politiques et idéologiques « de droite ». En effet, ils critiquaient l’interventionnisme démocrate d’Obama, de Clinton et de Biden.

Derrière l’attaque contre le Venezuela et la stratégie agressive de Trump, il n’y a pas seulement la folie du magnat ou son arrogance indomptable, mais aussi la pression d’un appareil militaire et de certains lobbies influents qui ont réussi à ramener les États-Unis à la même politique militariste menée par les démocrates et les républicains, comme les Bush.

Rappelons-nous le Panama de Noriega et la guerre malheureuse en Irak qui a exacerbé les tensions au Moyen-Orient, amplifié la haine islamique envers l’Occident, puis l’attaque contre les tours… Ainsi que les accusations infondées contre Saddam Hussein concernant les arsenaux militaires, son assassinat ; une erreur que l’Europe, la France en tête, a répétée avec Kadhafi, avec les conséquences que nous connaissons.

L’Amérique du Sud est un sous-continent martyrisé, entre coups d’État serviles pro-américains et régimes national-populistes défaillants, tantôt d’obédience socialiste, tantôt péroniste. Les pays qui se rebellent contre les diktats américains sont boycottés, mais ils sont entre les mains de tribuns désastreux. Le seul pays qui résiste tant bien que mal est le Brésil, trop grand pour être traité comme une colonie. L’Argentine, en revanche, s’est trumpisée. Le Venezuela allait mal, Cuba va mal depuis longtemps, tout comme la Colombie, pour ne citer que les pays non alignés sur les États-Unis.

La Russie et la Chine, indignées par le coup de force techniquement enviable de Trump, saisissent l’occasion pour renforcer leurs visées d’annexion. Comme toujours, l’Europe balbutie

La seule voix sérieuse qui s’est élevée dans cette région est venue de Rome, [pas du gouvernement Meloni] mais du pape Léon XIV, bien qu’américain, qui a défendu les droits souverains des peuples et des États nationaux, sans discours grandiloquents, sans flagorneries ni attaques déplacées, mais avec une fermeté sereine.

[L’article se termine par une analyse de la politique de l’Italie menée par Meloni, je ne reproduis pas cette partie]

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