A 93 ans, l’héroïque prélat chinois a pris la parole devant ses confrères cardinaux lors d’une séance du consistoire. Une intervention qui a duré 3 minutes top chrono, soit le temps imparti par les organisateurs/manipulateurs aux cardinaux qui souhaitaient s’exprimer. Et en ces 3 minutes, il a balancé du très lourd, ne craignant pas de mettre directement (et nommément) en cause le pape argentin et l’organisation des différents synodes sur la synodalité, dénonçant « la manipulation rigide du processus » comme « une insulte à la dignité des évêques ».
Et il a été écouté (à noter, il a été reçu en audience par Léon XIV, ce qui est quand même un progrès notable par rapport aux années bergogliennes).
Le message qu’il a lancé, dont on espère que le pape aura pris note, c’est: il faut que cela cesse.
L’auteur de l’article qui suit, un ex-prélat anglican accueilli dans l’Eglise catholique en 2019, rappelle la biographie du cardinal Zen et sa lutte contre le pouvoir chinois, lui-même ayant connu les relations difficiles avec un pouvoir totalitaire, en l’occurrence la Tchécoslovaquie des années 80
La manipulation rigide du processus est une insulte à la dignité des évêques, et la référence constante à l’Esprit Saint est ridicule et presque blasphématoire (ils attendent des surprises de l ‘Esprit Saint ; quelles surprises ? Qu’Il répudie ce qu’Il a inspiré dans la Tradition bimillénaire de l’Église ?).
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.Cardinal Zen
Changement de cap
Léon XIV, Zen et le Consistoire qui ont changé la direction de l’Église

D’après blog.messainlatino.it
10 janvier 2026
Dans cet article, publié sur sa page Substack ce 11 janvier, Gavin Roy Pelham Ashenden, ancien « évêque » de la communion anglicane et désormais commentateur catholique du mensuel Catholic Herald revient sur l’intervention, lors du Consistoire extraordinaire du 7 janvier, du Cardinal Joseph Zen Ze-kiun S.D.B., évêque émérite de Hong Kong. Il s’est vu accorder (comme les autres intervenants et selon la règle établie par les organisateurs) trois misérables minutes.
Trois minutes au cours desquelles le vieux (93 ans) et héroïque cardinal chinois a tenté de faire passer un message puissant, formulant une série d’accusations contre « la manipulation rigoureuse du processus synodal », qui « est une insulte à la dignité des évêques », et contre « la référence constante à l’Esprit », qualifiée par lui de « ridicule et presque blasphématoire ».
https://drgavinashenden.substack.com/p/the-turning-of-the-tide-the-pope
Le rôle joué par le cardinal Joseph Zen Ze-kiun S.D.B., évêque émérite de Hong Kong, lors du récent consistoire aurait dû, en principe, rester secret afin de préserver la confidentialité. Le fait que son discours de trois minutes ait été divulgué et publié est en soi un signe de l’effet et de l’influence qu’il a dû avoir au sein du consistoire.
Je voudrais explorer les raisons pour lesquelles je pense qu’il est porteur d’un véritable changement et d’espoir sous le pape Léon XIV.
Tous mes lecteurs ne connaissent peut-être pas le rôle que cet extraordinaire cardinal de 93 ans a joué au cours des dernières décennies, mais surtout ces dernières années. Permettez-moi donc de vous présenter une brève biographie. Mais avant cela, nous devons rappeler le contexte général : le cycle d’espoir et de désespoir que l’Église a connu ces dernières années.
Vérité contre relativisme
La lutte la plus importante dans laquelle est engagée l’Église catholique est sa prétention à représenter la vérité objective contre le relativisme.
Nous affirmons défendre le caractère sacré de la personne humaine contre la tyrannie du collectivisme de gauche.
Nous affirmons défendre la liberté d’expression contre la censure, car l’Église s’engage à la fois pour la Vérité – et ceux qui la proclament – et pour la dignité humaine, la valeur des êtres humains en tant que porteurs de vérité. C’est pourquoi l’Église s’est toujours engagée en faveur de la liberté d’expression.
Comme nous le savons, nous sommes confrontés à une crise de plus en plus profonde où le relativisme, le collectivisme et la censure exercent une pression de toutes parts.
Ce n’est pas un acte de tribalisme ou de partisanerie que d’affirmer que seule l’Église catholique mène ce combat sur tous les fronts et que seule l’Église catholique dispose des ressources intellectuelles, morales et spirituelles capables de vaincre et de défendre le cœur humain.
Ce Substack le proclame depuis le début et continue de le défendre haut et fort. Joseph Zen Ze-kiun incarne précisément ce témoignage, et c’est pourquoi je tiens à attirer l’attention sur ce qu’il a accompli cette semaine.
Mais avant cela, voici une brève biographie pour ceux qui ne savent peut-être pas à quel point ce prêtre et évêque a été une source d’inspiration.
Cardinal Zen : une brève histoire
Le cardinal Joseph Zen Ze-kiun est un évêque catholique chinois, prêtre salésien, philosophe et témoin moral dont la vie a été marquée par l’exil et la persécution. Il a été une voix courageuse et inflexible dans certaines des circonstances politiques les plus dangereuses que l’on puisse imaginer, insistant toujours sur le fait que la vérité ne doit jamais être sacrifiée au profit de la convenance politique ou du confort.
Il a quatre-vingt-treize ans.
Né à Shanghai en 1932, Joseph Zen Ze-kiun s’est enfui avec sa famille à Hong Kong après la victoire communiste en Chine. Il est entré dans la Société salésienne de Saint Jean Bosco, a étudié la philosophie et la théologie en Chine et en Italie et a été ordonné prêtre en 1961.
Ses premières études universitaires portaient sur la philosophie et il a toujours fait preuve d’une intelligence vive, caractérisée par la clarté et la précision. Son intégrité, son intelligence et son courage ont fait de lui un formidable serviteur de l’Église.
Il a été nommé évêque de Hong Kong en 2002 et créé cardinal par le pape Benoît XVI en 2006.
Le cardinal Joseph Zen Ze-kiun est rapidement devenu le plus important défenseur de la liberté religieuse de l’Église en Chine. Il s’est distingué comme un critique féroce du contrôle exercé par le Parti communiste chinois sur l’Église, en particulier par le biais de l’Association patriotique catholique chinoise gérée par l’État, qui exige la loyauté envers le Parti communiste chinois plutôt que la communion avec Rome.
Alors que d’autres parlaient de « dialogue » et de « progrès graduel », le cardinal Joseph Zen Ze-kiun représentait le langage de la conscience. Il a averti à plusieurs reprises qu’un compromis sans vérité ne mènerait pas à l’évangélisation, mais à la trahison, en particulier des catholiques clandestins chinois, dont beaucoup avaient été emprisonnés, envoyés dans des camps de travail et martyrisés pour leur fidélité à Rome.
Après sa retraite en 2009, la voix du cardinal Joseph Zen Ze-kiun s’est faite encore plus forte. Il est devenu le critique le plus virulent de l’accord entre le Vatican et la Chine, affirmant qu’il sacrifiait les fidèles souffrants pour l’illusion d’un succès diplomatique.
À Hong Kong, il s’est publiquement rangé du côté des manifestants pro-démocratie, insistant sur le fait que l’Église ne doit jamais confondre prudence et silence, ou réalisme et capitulation.
Aujourd’hui âgé de 93 ans, avec sa silhouette frêle qui cache sa formidable autorité morale, le cardinal Joseph Zen Ze-kiun occupe une place rare dans la vie ecclésiale moderne : un évêque qui rappelle à l’Église que le compromis avec le mensonge corrompt l’âme et que l’obéissance n’est chrétienne que lorsqu’elle est ordonnée à la vérité.
Arrestation, surveillance et restrictions
Le cardinal Joseph Zen Ze-kiun a été arrêté en mai 2022 par la police de sécurité nationale de Hong Kong pour son implication dans le 612 Humanitarian Relief Fund, une organisation caritative qui vient en aide aux personnes touchées par les manifestations pro-démocratiques de 2019. Son passeport a été confisqué et, bien que la condamnation principale ait été prononcée pour une infraction administrative mineure, il continue de vivre sous le coup de restrictions légales.
Pendant plusieurs années après son arrestation, il a dû obtenir une autorisation spéciale du tribunal pour voyager. En 2025, il a obtenu un passeport temporaire pour assister aux funérailles du pape François à Rome, avant de retourner à Hong Kong.
En tant que cardinal à la retraite, il y vit en tant que simple citoyen en liberté surveillée, sous le coup de restrictions juridiques et d’une surveillance constante.
L’accord entre le Vatican et la Chine
En septembre 2018, le Saint-Siège et la République populaire de Chine ont signé un accord provisoire sur la nomination des évêques catholiques. Cet accord n’a jamais été rendu public.
Selon ses termes, les organismes ecclésiastiques contrôlés par l’État proposent les candidats à l’épiscopat, tandis que le pape conserve le pouvoir formel de les approuver ou d’opposer son veto. Plusieurs évêques précédemment nommés sans mandat pontifical ont été reconnus, dans l’espoir d’apaiser les divisions et d’assurer un avenir stable.
Le cardinal Joseph Zen Ze-kiun a vivement critiqué cet accord, avertissant qu’il subordonnait l’Église à un État athée et trahissait les catholiques clandestins qui avaient enduré la persécution dans leur fidélité à Rome. Il affirmait que cet accord remplaçait le témoignage martyr par un accommodement administratif, échangeant l’accès diplomatique contre une véritable liberté religieuse.
Il a été ignoré.
Ignoré par le pape François
En janvier 2020, âgé de quatre-vingt-huit ans, le cardinal Joseph Zen Ze-kiun s’est rendu à Rome et a officiellement demandé une audience au pape François afin de l’avertir personnellement que l’Église clandestine était abandonnée. Le pape François a refusé de le recevoir.
Le cardinal Joseph Zen Ze-kiun a été brièvement reçu par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État et principal architecte de la politique chinoise à laquelle s’opposait le cardinal Zen Ze-kiun. Le cardinal Zen a ensuite rendu public le fait qu’on lui avait refusé l’audience papale, non pas par rancune personnelle, mais comme un rejet symbolique du message qu’il portait. Il n’a pas caché la douleur et la gravité de ce qu’il estimait être arrivé.
De nombreux catholiques ont trouvé ce refus profondément préoccupant. L’accord lui-même est resté secret, renouvelé sans évaluation transparente et à l’abri de tout examen théologique.
L’offense fut aggravée lorsque le pape François reçut à la place le cardinal Giovanni Battista Re, préfet émérite de la Congrégation pour les évêques, qui, dans un discours prononcé au Consistoire, loua publiquement la politique chinoise, marginalisant la dissidence et défendant la machine bureaucratique de l’accommodement par rapport au témoignage des fidèles souffrants.
Une déclaration d’intérêt
Certains lecteurs savent peut-être qu’au début des années 80, j’ai entrepris des missions clandestines pour faire passer en contrebande des textes catholiques en Tchécoslovaquie à l’intention des séminaristes clandestins. Le gouvernement marxiste avait interdit les ordinations dans le but de priver l’Église de ses prêtres. La formation devait être secrète, sinon l’Église aurait disparu.
J’ai rencontré les dirigeants de l’Église clandestine à Prague dans des conditions extrêmement risquées. Aucun d’entre nous ne connaissait le vrai nom des autres. J’ai moi-même été interrogé. Je connais bien le courage et le prix du témoignage catholique sous le totalitarisme marxiste.
La situation actuelle en Chine n’est pas très différente. Je reste profondément méfiant à l’égard de l’accord de 2018 et j’éprouve depuis longtemps une profonde admiration pour le cardinal Joseph Zen Ze-kiun.
Ces affirmations étaient-elles fondées ?
L’accord était justifié par trois raisons :
- réparer la division entre catholiques « officiels » et « clandestins » ;
- protéger l’Église par la coopération plutôt que par la confrontation ;
- garantir une vie épiscopale plus normale dans le temps.
Ces affirmations sont désormais vérifiables.
Depuis 2018, rien ne prouve que la politique ait protégé les catholiques ou assoupli le régime. Au contraire, la répression s’est intensifiée, la liberté épiscopale ne s’est pas concrétisée et la voix prophétique de Rome s’est affaiblie. L’Église clandestine a été moralement désarmée et exposée.
Le cardinal Joseph Zen Ze-kiun avait raison.
Le Consistoire et le tournant
Le retour du cardinal Joseph Zen Ze-kiun au premier consistoire du pape Léon XIV a donc revêtu une importance particulière. Il est venu rappeler au Vatican que rien de ce qu’il avait prédit ne s’était démenti et que l’héritage du pape François devait être mis en cause.
Bien qu’il n’ait rien dit sur la Chine, il a formulé une critique dévastatrice à l’égard de la mise en œuvre bergoglienne de la synodalité.
S’en est suivie une analyse féroce d’un processus qui contournait les évêques, politisait la consultation et remplaçait le discernement épiscopal par un contrôle managérial.
Quand le pape Léon XIV a annoncé son intention de réunir les cardinaux dans un exercice de synodalité, beaucoup de ceux qui critiquaient le processus synodal se sont inquiétés. Ils ont supposé qu’il n’existait qu’une seule expression de la synodalité. Mais bien sûr, en réalité, celle-ci fait simplement référence au processus de consultation.
Et le pape Léon XIV a fait deux choses complètement différentes de son prédécesseur. Premièrement, contrairement au pape François, il a consulté effectivement les cardinaux. Le pape François a parlé du processus synodal et en a mis en œuvre une version hautement politisée, l’étendant bien au-delà du ministère épiscopal, mais en réalité, il a rarement, voire jamais, consulté les cardinaux.
L’une des premières actions publiques du pape Léon XIV a été de réunir les cardinaux dans ce consistoire, puis de leur demander, en les consultant, en quoi devait consister la synodalité.
C’est grâce au pape Léon XIV que le cardinal Joseph Zen Ze-kiun a eu l’occasion de s’adresser à la fois au pape et à ses collègues cardinaux.
Ses propos ont été divulgués non seulement parce qu’ils ont eu un grand retentissement, mais aussi en raison de leur profonde signification analytique.
Le discours du cardinal Zen au Consistoire
Le pape [François] dit qu’avec le Document final, il rend à l’Église ce qui s’est développé au cours de ces années (2021-2024) grâce à « l’écoute » (du peuple de Dieu) et au « discernement » (de l’épiscopat ?).
Je pose les questions:
- Le pape a-t-il été capable d’écouter l’ensemble du peuple de Dieu ?
- Les laïcs présents représentent-ils le peuple de Dieu ?
- Les évêques élus par l’épiscopat ont-ils été capables d’effectuer un travail de discernement, qui doit sûrement consister en une « dispute » et un « jugement » ?
- La manipulation rigide du processus est une insulte à la dignité des évêques, et la référence constante à l’Esprit Saint est ridicule et presque blasphématoire (ils attendent des surprises de l ‘Esprit Saint ; quelles surprises ? Qu’Il répudie ce qu’Il a inspiré dans la Tradition bimillénaire de l’Église ?).
Le pape, « contournant le collège épiscopal, écoute directement le peuple de Dieu », et il appelle cela « le cadre interprétatif approprié pour comprendre le ministère hiérarchique » ?
Le pape dit que le document est magisterium, « il engage les Églises à faire des choix cohérents avec ce qui y est énoncé ».
Mais il dit aussi « qu’il n’est pas strictement normatif… Son application nécessitera diverses médiations » ; « les Églises sont appelées à mettre en œuvre, dans leurs différents contextes, les propositions faisant autorité contenues dans le document » ; « l’unité de l’enseignement et de la pratique est certes nécessaire dans l’Église, mais cela n’exclut pas diverses façons d’interpréter certains aspects de cet enseignement » ; « chaque pays ou région peut rechercher des solutions mieux adaptées à sa culture et sensibles à sa tradition et à ses besoins ».
Je pose les questions:
- L’Esprit Saint garantit-il qu’il n’y aura pas d’interprétations contradictoires (compte tenu notamment des nombreuses expressions ambiguës et tendancieuses contenues dans le document) ?
- Les résultats de cette « expérimentation et mise à l’épreuve », par exemple (de « l’activation créative de nouvelles formes de ministérialité »), doivent-ils être soumis au jugement du Secrétariat du Synode et de la Curie romaine ? Seront-ils plus compétents que les évêques pour juger les différents contextes de leurs Églises ?
- Si les évêques se considèrent plus compétents, les interprétations et les choix divergents ne conduisent-ils pas notre Église à la même division (fracture) que celle que l’on trouve dans la Communion anglicane ?
- Compte tenu de la rupture dramatique de la communion anglicane, allons-nous nous unir à l’archevêque de Cantorbéry (qui ne représente plus qu’environ 10 % de la communauté anglicane mondiale) ou à la Global Anglican Future Conference (qui en représente environ 80 %) ?
- Et avec les orthodoxes ? Leurs évêques n’accepteront jamais la synodalité bergoglienne ; pour eux, la synodalité est « l’importance du Synode des évêques ».
Le pape Bergoglio a exploité le mot « synode », mais a fait disparaître le Synode des évêques, une institution créée par Paul VI.
Cardinal Zen