L’un des legs, peut-être le pire, que va nous laisser Emmanuel Macron au terme de son calamiteux double mandat, c’est une loi sur la « fin de vie », qui va être discutée ces jours-ci au parlement.
Soyons clairs, il ne fait là rien qui ne soit déjà décidé plus haut, puisque (non, ce n’est pas un « hasard du calendrier »!) une loi similaire est sur le point d’être discutée en Italie (en passant, merci Giorgia Meloni, elle est loin de la Jeanne d’Arc italienne qu’une certaine droite essaie de nous vendre).
Sabino Piaciolla reproduit sur son site une lettre que lui a envoyée une militante de l’antenne d’Udine du mouvement « pro-vie » Sentinelle in piedi, fondé en Italie en 2013, inspiré par les « Veilleurs » français.
A lire, à méditer, à utiliser comme réservoir d’arguments
Suicide assisté : nous disons clairement qu’il n’existe aucune obligation de légiférer.
Nous sommes ici aujourd’hui, sur cette place, pour mener un combat pour la civilisation et pour témoigner de la vérité. Nous sommes ici pour défendre ce qui est inviolable, ce qui n’admet aucune exception, ce qu’aucune majorité ne peut accorder ou retirer : la vie humaine.
Nous sommes ici parce que nous savons qu’aucune loi ne peut transformer la compassion en mort, ni la souffrance en déchet. Le Parlement reprendra bientôt la discussion sur la loi qui propose de dépénaliser l’aide au suicide. On nous dira – ou plutôt, on nous dit déjà – qu’il s’agit d’une loi de compassion, d’une loi de liberté, d’une loi même « restrictive », conçue pour limiter les dommages et éviter une dérive euthanasique. Mais la compassion n’élimine pas celui qui souffre : elle prend soin de lui. Et la liberté, ce n’est pas de décider de mettre fin à sa vie, mais de ne jamais être amené à le désirer.
Depuis des années, la Cour constitutionnelle exerce une pression constante sur le Parlement. Elle demande de légiférer sur l’aide au suicide, jusqu’à se substituer, de fait, à la responsabilité politique. Avec l’arrêt n° 242 de 2019, elle a ouvert une brèche dans quelque chose qui devait rester inviolable : elle a exclu la répression pénale de l’aide au suicide dans des cas qualifiés d’« exceptionnels ». Depuis lors, elle exerce une pression continue, dont le dernier épisode est sous les yeux de tous. Aujourd’hui, ces mêmes juges demandent que l’exception devienne la règle et demandent au Parlement d’agir, mais uniquement dans les limites qu’ils ont fixées. Aujourd’hui, après l’adoption des lois régionales en Toscane et en Sardaigne, la pression est devenue encore plus insistante.
Nous affirmons clairement : il n’y a aucune obligation de légiférer.
Il y a ceux, à gauche, qui poussent ouvertement vers l’euthanasie. Et il y a ceux, à droite, qui pensent à une loi de « contention », au soi-disant moindre mal. Mais nous avons déjà vu ce scénario. Il en a été ainsi pour l’avortement. Il en a été ainsi pour la fécondation artificielle. Des lois créées pour « fixer des limites » ont fini par légitimer, normaliser, élargir. L’exception est devenue un droit. La limite est devenue un point de départ. Car le droit, une fois mis en mouvement, a toujours tendance à progresser, ou plutôt à prendre plus de place.
Penser que l’aide au suicide se déroulera différemment, c’est ignorer la réalité. Aujourd’hui, on parle de traitements vitaux, demain de handicap, puis de souffrance psychique, jusqu’à la lassitude de vivre. Ce n’est pas de l’alarmisme. C’est ce qui s’est déjà produit en Belgique, aux Pays-Bas, au Canada, où des pratiques nées comme des exceptions compassionnelles sont devenues des procédures ordinaires, où l’on offre aujourd’hui la mort aux dépressifs, aux handicapés, voire aux mineurs, où ceux qui n’ont pas les moyens de se soigner en viennent à penser qu’il est plus avantageux de mourir.
Une loi ne se limite pas à réglementer : elle éduque, façonne la culture, envoie un message. Et lorsque l’État dit que la mort provoquée est une réponse acceptable à la douleur, le message est clair : vous aussi, vous pouvez vous suicider, il n’y a rien de mal à cela.
On nous dit qu’une loi nationale servirait à mettre de l’ordre, à éviter le chaos des lois régionales. Nous répondons : c’est le contraire qui est vrai. Les lois régionales sont faibles, réversibles. Une loi nationale, en revanche, établirait un principe irréversible. Et même à ceux qui, au sein même de l’Église, pensent qu’une loi peut endiguer la dérive, nous disons franchement que rendre illégale une conduite interdite « dans des cas exceptionnels » est toujours le premier pas vers sa transformation en droit. L’absence de loi n’est pas neutre, mais elle maintient au moins le principe : chaque vie a de la valeur, sans exception. Chaque demande de mort est un cri d’abandon. Répondre par une seringue plutôt que par une caresse, par la présence et les soins palliatifs, c’est la défaite de la civilisation.
Il ne faut pas avoir une loi pour mourir. Il faut un réseau pour accompagner, soigner, rester à côté. À ceux qui invoquent le « moindre mal », nous répondons qu’il n’y a pas de moindre mal lorsqu’il touche au plus grand bien. Une loi injuste ne devient pas juste parce qu’elle est circonscrite. C’est comme ouvrir une digue fissurée : une fois sorti, le principe s’infiltre partout et emporte tout sur son passage.
Aujourd’hui, sur cette place, nous donnons la parole à ceux qui ne peuvent pas parler : aux malades seuls, aux personnes âgées oubliées, aux personnes handicapées qui se sentent comme un fardeau, à ceux qui souffrent en silence. Nous leur disons qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils ne sont pas un fardeau, qu’ils ne sont pas inutiles. Défendre la vie n’est pas un geste politique, c’est un acte de vérité. C’est pourquoi nous nous levons, ici et dans de nombreuses autres villes italiennes.
La veillée va bientôt commencer, une heure de silence. En silence pour ne pas nous plier à la pensée unique, sur la place pour reprendre notre espace de liberté, debout ensemble pour protéger la vie jusqu’au bout. La vie est sacrée et nous ne pouvons pas rester les bras croisés pendant que l’État la dévalorise. Et avant de conclure, nous voulons le dire clairement : cette veillée ne s’arrête pas là. Bientôt, des veillées auront également lieu à Ladispoli et à Bergame, puis elles reprendront dans de nombreuses autres villes italiennes, car il ne s’agit pas d’une initiative isolée, mais d’un mouvement de conscience. Et tant qu’il y aura une seule vie à protéger, nous serons là. Debout, en silence, ensemble.
Bonne veillée.
Lucia Comelli