La publication de ces documents revient à soulever un énorme rocher sous lequel grouille tout un monde de putréfaction. Mais au-delà de l’aspect criminel, financier, politique (qu’il FAUT absolument creuser, même en étant conscient de la vacuité de l’entreprise, dans un monde obsédé par la transgression, subjugué par la pornographie en ligne et muselé par les « pouvoirs forts »), de corruption généralisée et de chantage impliquant les maîtres du monde et, accessoirement, du menu fretin, l’affaire nous met face au problème du Mal (en termes chrétiens, le Péché Originel).
L’anglaise Laura Dodsworth tente une définition. Et elle avertit:

Peut-on reconnaître le mal sans reconnaître Dieu ? Je n’en suis pas du tout sûre. On peut construire des systèmes moraux et discuter d’éthique, mais si l’on élimine Dieu, tout devient négociable. En vérité, je crois que la seule base vraiment stable est la foi.

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Nous avons la chance de pouvoir encore vivre l’héritage d’une civilisation chrétienne et de son architecture morale unique. Mais nous ne pouvons pas espérer récolter indéfiniment les fruits d’un arbre dont nous négligeons les racines.

Epstein et nous

Qu’est-ce que le mal ?

Laura Dodsworth (écrivain et journaliste anglaise)
(Blog d’AM Valli)

J’ai mis des jours à écrire cet article. Et je ne suis pas sûre que les mille mots qui suivent vaudront l’attente.

J’ai sauté une semaine sur mon blog – ce qui ne me ressemble pas du tout – parce que je tournais et retournais le sujet dans ma tête. Je me sentais étrangement muette. Je voulais parler du mal, mais je n’arrivais pas à le faire avec authenticité et en même temps d’une manière socialement acceptable. Finalement, j’ai choisi l’authenticité, et au diable le socialement acceptable.

Le monde empire-t-il ? Ou peut-être est-ce simplement que le pire est plus visible ?

Prenons les dossiers Epstein. La publication de ces e-mails et de ces documents revient à soulever un énorme rocher sous lequel se cachent toutes les choses les plus pourries, sales, en décomposition et grouillantes que vous puissiez imaginer.

Certains des faits dont nous avons pris connaissance ne sont pas des spéculations. Je fais référence à la traite des êtres humains, aux abus et à l’existence d’un réseau d’hommes puissants. Un bouclier fait d’argent, de statut social et d’influence a permis l’exploitation. Les victimes ont longtemps été mises en doute, parfois payées, parfois licenciées. Nous savons maintenant que des personnes déterminées à tirer profit de la misère et des difficultés d’autrui se trouvent aux plus hauts niveaux du gouvernement et du monde des affaires : des hommes de pouvoir avides et lubriques.

Puis il y a le territoire obscur, avec ses terriers de lapin. Des mots comme « pizza » et « boisson au raisin » sont sans doute des expressions codées. Mais Epstein et son urologue [ndt: un urologue, Harry Fisch, apparaît à plusieurs reprises dans les Dossiers Epstein: cf. www.healthandme.com/health-news/epstein-files] n’étaient pas des enfants de six ans qui prévoyaient de manger une friandise, mais des hommes d’âge mûr aux goûts dépravés.

La signification des mots codés reste mystérieuse, mais la quantité énorme de références à la pizza suggère qu’il y a quelque chose de sombre et d’inquiétant derrière tout cela. Et puis il y a la viande séchée. On comprend pourquoi les gens sont méfiants : s’agit-il de dinde, de bœuf ou de chair humaine ?

La réponse la plus simple est de remettre la pierre en place et de ne plus penser à ce qu’il y a dessous : on peut détourner le regard ou imaginer qu’il s’agit de la vulgaire histoire habituelle de prostitution.

Le mal n’est pas rare. Depuis toujours, les gens violent, torturent et tuent. Les enfants et les nourrissons souffrent chaque jour aux mains des adultes. Certains tirent sciemment profit de la maladie et de la pauvreté d’autrui. Et peut-être est-il réconfortant pour certains d’imaginer que ces crimes se produisent dans le cercle des milliardaires, comme si seules les élites commettaient des actes particulièrement dépravés.

Mais ce n’est pas le cas. La vérité est que ces scandales impliquant l’élite reflètent des modèles plus larges qui font partie du paysage moral de la société.

Notre environnement politique, si désespérant à bien des égards, rend hommage aux victimes d’Epstein, mais il le fait en s’adressant à un public désormais subjugué par la pornographie en ligne. Un sondage a révélé qu’en Grande-Bretagne, plus de 80 % des hommes consomment de la pornographie en ligne, plus d’un tiers l’utilisent en public et plus d’un quart ne pourraient s’en passer pendant 90 jours. Visitez un site web pornographique mainstream et vous serez confronté à une multitude d’horreurs : des fantasmes générés par l’intelligence artificielle, de la pornographie conçue pour transmettre des désirs incestueux en contournant l’illégalité, mettant en scène des adolescents, des baby-sitters et des étudiantes. Les sites web pornographiques les plus populaires au monde redéfinissent les limites psychosexuelles et promeuvent des contenus de plus en plus extrêmes.

Il faut donc savoir que lorsque les politiciens expriment leur solidarité envers les victimes d’Epstein, 80 % d’entre eux sont probablement régulièrement exposés à du matériel pornographique à la limite de la légalité, voire à des choses bien pires.

De nouvelles lois abominables sont proposées, séparant la moralité de la biologie au nom de la « liberté ». Pour ne parler que du Royaume-Uni, pensez à l’aide à mourir, à la dépénalisation de l’avortement tardif pour les mères et aux procédures pour les bloqueurs de puberté. La manipulation psychologique continue de l’opinion publique fait également partie de ce sombre tableau. Notre culture est inondée de spectacles qui célèbrent les transgressions morales en les qualifiant d’art ou de progrès.

Il y a là quelque chose qui ne va pas.

Ce qui me ramène à la question initiale : qu’est-ce que le mal ?

Le mal pourrait être défini comme une violation extrême des limites morales, une cruauté ou le déni de l’humanité d’autrui. Mais toutes ces définitions sont incomplètes. Le mal n’est pas seulement un comportement. C’est un état.

Les traditions religieuses considèrent le mal comme une corruption du bien. Une distorsion, quelque chose de parasitaire ou une force indépendante. Mais le mal ne vit pas en dehors de nous. Il est présent dans la nature humaine.

Peut-on reconnaître le mal sans reconnaître Dieu ? Je n’en suis pas du tout sûre. On peut construire des systèmes moraux et discuter d’éthique, mais si l’on élimine Dieu, tout devient négociable. En vérité, je crois que la seule base vraiment stable est la foi.

Nous vivons une époque de révélations. Des institutions perdent leur crédibilité, des systèmes de pouvoir secrets sont dévoilés, des illusions se dissipent. Beaucoup de gens veulent que le rocher [dont on parle au début] soit remise en place. Mais cela n’a aucun sens de faire semblant de ne pas avoir vu ce qui se trouve en dessous.

En cette période de révélations, certaines lumières nous guident. Avant de mourir, James Van Der Beek [acteur américain emporté récemment par un cancer, à 48 ans, ndt] a récemment partagé en ligne une vidéo émouvante, dans laquelle il réfléchit à son identité d’acteur, de mari et de père. Et dans laquelle il dit que face à la mort, il a reconnu la chose la plus importante : être digne de l’amour de Dieu.

D’innombrables rumeurs circulent sur Epstein. Une théorie du complot soutient qu’il est vivant en Israël. Le fait est que, vivant ou mort, il devra faire face, ou a déjà fait face, au même jugement qui concerne tout le monde. Peut-être qu’au moment suprême, lui aussi a réfléchi à son identité et s’est demandé s’il était digne de l’amour de Dieu.

Je ne crois pas à la culpabilité par association. Mais j’ai du mal à sympathiser avec ceux qui sont restés proches d’Epstein. Ceux qui l’ont fréquenté et ont cherché à bénéficier de sa charité toxique se révèlent dépourvus de jugement moral : ils ont conclu un pacte faustien putride d’amitié.

Epstein a-t-il compromis des personnes importantes ? C’est un autre mystère, pour l’instant. Mais la réponse de chacun d’entre nous doit être très simple : ne faites pas de mauvaises choses, ne permettez pas de mauvaises choses et ne détournez pas le regard des mauvaises choses. Et plus encore : faites le bien, rendez le bien possible, tournez-vous vers le bien, parlez du bien.

Nous avons la chance de pouvoir encore vivre l’héritage d’une civilisation chrétienne et de son architecture morale unique. Mais nous ne pouvons pas espérer récolter indéfiniment les fruits d’un arbre dont nous négligeons les racines.

[*] Ndt

Harry Fisch, un urologue, apparaît à plusieurs reprises dans les Dossiers Epstein: cf. www.healthandme.com/health-news/epstein-files

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