« (…) l’État a jeté ses masques juridiques et agit désormais selon sa véritable nature, qui est en fin de compte la terreur. »
Giorgio Agamben
J’ai beaucoup de difficulté en ce moment (ou plutôt je n’en ai pas envie) à mettre à jour ce site qui a été (et reste, malgré tout) mon compagnon quotidien depuis 2006. Enfin, plus vraiment quotidien. Il y a trop de choses à dire, et par manque de courage (eh oui!) je serais obligée de me censurer. Tout est noir, sale, désespérant. Rien ne semble vrai. Tout est doute, incrédulité, stupeur, dégoût.
.
Qu’est-ce qui a changé, objectera-t-on? -, le Mal n’est pas né en 2026, il a toujours existé, et notre religion l’appelle le Péché Originel.
.
Eh bien, ce qui a changé, au moins pour l’auteur de ce modeste blog, c’est que le Katekon, celui qui retenait encore un peu le mal sur cette terre (moi, je l’appelle Benoît XVI, et c’est la raison d’être de ce site), n’est plus parmi nous. Il est plus haut, sans doute, et il prie pour nous, je l’espère. Mais c’est dur de s’y raccrocher sans lui présent physiquement pour nous indiquer le chemin (au fait, j’attends les explications de Mgr Vigano, sur Trump).
.
Dans ce cadre réellement apocalyptique (écuries d’Augias d’Epstein, trahison de Trump, etc.), toutes les discussions autour du gouvernement de l’Eglise, et de la « politique » de Léon XIV, avec les réformes qui se font attendre, ne semblent que querelles picrocholines qui, au moins, momentanément, ne me passionnent pas vraiment, et qui se passent sans problème de mes petits commentaires.

Bon, trêve de jérémiades, et je m’en excuse auprès des lecteurs.
Je leur propose plutôt, comme sujet de réflexion pour prendre un peu de hauteur, ce très court et néanmoins très approprié texte du philosophe italien Giorgio Agamben, que nous avons souvent croisé – et apprécié – dans ces pages et qui, face à la situation de violence « extrême » que nous vivons, alors que les « autorités » qui nous gouvernent ont laissé tomber le masque, en appelle rien de moins qu’à un abandon de la « forme-État », parvenue en bout de course: c’est la seule solution, selon lui, pour que l’humanité puisse continuer à coexister hors du cadre actuel fondé sur la violence et la loi du plus fort.
État et terreur
www.quodlibet.it/giorgio-agamben-stato-e-terrore

Qu’est-ce qu’un État qui, ignorant toute forme de droit, assassine méthodiquement ou kidnappe les chefs d’État qu’il déclare arbitrairement ennemis ? Et pourtant, c’est ce qui se passe avec l’approbation ou le silence embarrassé des pays européens.
Cela signifie que nous vivons à une époque où l’État a jeté ses masques juridiques et agit désormais selon sa véritable nature, qui est en fin de compte la terreur.
Il est probable, cependant, que cette situation extrême soit littéralement telle, c’est-à-dire que la déposition des masques coïncide avec la fin de la forme étatique, sans laquelle une nouvelle politique ne sera pas possible.