Une année de pontificat: des hauts et des bas

11 Mai 2026 | Actualités

Notre époque adore les célébrations et les anniversaires, pratique qui est grandement facilitée par la technologie (dont je fais moi-même, un usage… que j’estime raisonnable). Ce premier anniversaire de l’élection de Léon XIV a donc donné lieu à de nombreux articles, et si l’on s’en tient à la presse mainstream (il paraît qu’il faut dire désormais« de grand chemin« , selon les puristes, mais je trouve que cela rend moins bien l’idée que l’anglicisme, tel que je l’ai comprise – s’il faut parler français, je dirais personnellement « grégaire »),tout le monde s’accorde à dire que le nouveau pape a changé de style, mais qu’il marche absolument dans les pas de François (notamment sur l’homosexualité, qui est, comme chacun sait, le centre, l’alpha et l’oméga de la Doctrine…!). Cela saute aux yeux, et le nier relèverait de l’aveuglement le plus aberrant, un peu comme quand, sous le pontificat bergoglien, ceux qu’on appelait les « continuistes » prétendaient qu’entre François et Benoît XVI, il n’y avait pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette, recyclant le fameux slogan « bonnet blanc/blanc bonnet en remplaçant bonnet par calotte« .

Bref, Léon est résolument et totalement ”progressiste”.

La plupart s’en réjouissent. Les conservateurs sont partagés, mais beaucoup sont déçus, voire hostiles, avec la désagréable impression qu’ils se font berner.

Le Wanderer argentin fait partie de cette frange du catholicisme, et depuis un an, il a décidé de donner une chance à Léon XIV. Il dresse donc un bilan mitigé. Et il a quand même relevé pas mal de points négatifs, même si, comme moi-même, il apprécie le style réservé et l’élégance du pape américain (mais, après François, et auprès de Trump, qui n’apparaîtrait pas comme l’incarnation du summum du raffinement?)

Léon XIV. La première année de son pontificat

C’est aujourd’hui le premier anniversaire du pontificat du pape Léon XIV, et je pense qu’il n’y a pas eu de surprise : c’est à peu près ce à quoi nous nous attendions. Les lueurs d’espoir et les soulagement que nous espérions, mais aussi les zones d’ombre et les déceptions auxquelles nous nous attendions également.

J’avais dit à l’époque qu’il était un progressiste de faible intensité, et je le confirme. Il est progressiste parce qu’il a été formé dans la pire effervescence de l’après-concile, mais l’évolution historique de l’Église au cours des décennies suivantes et sa vaste expérience de la gouvernance pastorale ont tempéré ce progressisme initial et l’ont rendu plus réaliste et plus cohérent avec la foi catholique dont il est le témoin institué par Notre Seigneur.

Si l’on s’en tient aux faits publics dont nous avons eu connaissance au cours de l’année écoulée, il faut dire qu’c’est un homme profondément institutionnel, avec le bon et le mauvais que cette caractéristique comporte. Après le pontificat despotique de François, où sa volonté était devenue la norme au-delà de ce que disaient les lois et les coutumes, Léon s’y tient fermement. Telle est sa personnalité, telle est sa culture américaine, et en s’y conformant, il gagne en assurance. Il n’est pas facile d’être pape ; il était PDG régional au Pérou et a été nommé PDG mondial de la multinationale ; mieux vaut y aller doucement et avancer comme sur des œufs.

C’est pour cette raison, et parce qu’il est « un homme à l’écoute », comme aiment à le dire les milieux progressistes, qu’il prend tout le temps du monde pour écouter et bien plus encore pour parvenir à une décision. Il a reçu les supérieurs de l’Opus Dei, par exemple, à deux reprises, et il a également reçu ses détracteurs ; un an plus tard, il n’a toujours pas décidé quoi faire des fameux statuts. Et il en va de même pour la messe traditionnelle : il a reçu les cardinaux Burke et Sarah ; Mgr Schneider, Mgr Rifan, les supérieurs de la FSSP et les sociologues qui lui ont présenté la carte du monde traditionnel aux États-Unis ; mais il a également reçu les cardinaux Roche et Cupich, ainsi que plusieurs autres adversaires de l’ancien rite romain. Et il n’a toujours rien décidé. De plus, le thème de la liturgie a disparu de l’ordre du jour du prochain consistoire de juin.

Et cela, sa lenteur et sa réflexion avant de prendre des décisions, semble être une constante. Peut-être est-ce dû au fait qu’une règle non écrite des évêques américains stipule que la première année de mandat doit être consacrée à l’observation et à la connaissance, sans apporter de changements. C’est pourquoi seuls deux changements importants ont été effectués au sein de la Curie : le transfert de l’aumônier pontifical, le cardinal Krajewski, vers un diocèse de troisième ordre dans sa Pologne natale, et la nomination à sa place d’un ami proche, l’augustin espagnol Luis Marín de San Martín, ainsi que le déplacement de Mgr Edgar Peña Parra de son poste de substitut de la Secrétairerie d’État et la nomination à ce poste de Mgr Rudelli. Les nominations de Mgr Iannone au dicastère des Évêques et de Mgr Rajic à la Préfecture de la Maison pontificale ne comptent pas car il s’agissait de postes vacants. Le reste de la Curie romaine reste tel qu’il était à l’époque de François, et tout le monde sait que cela ne plaît pas au pontife actuel, mais celui-ci est déterminé à ne procéder à aucun changement susceptible d’humilier celui qui a été remercié ; il attendra donc, à mon avis, que les délais prévus soient respectés.

Le pape sait que cette politique comporte le risque de continuer à cohabiter avec l’ennemi, mais c’est celle qu’il a choisie et il sait pourquoi il le fait. Cependant, il a clairement marqué, sur le plan symbolique, que son pontificat ne sera pas une continuation de celui de François, au-delà de ce qu’il puisse dire dans ses discours. Un détail qui est passé presque inaperçu, qui a attiré mon attention à l’époque et que j’ai ensuite entendu le P. Santiago Martín souligner : Léon n’était pas au Vatican le jour de l’anniversaire de la mort de Bergoglio. Il était en Afrique, un voyage programmé des mois à l’avance et qui aurait très bien pu être organisé pour se terminer deux jours plus tôt afin que le pontife puisse prononcer l’éloge funèbre de son prédécesseur et accomplir quelques gestes supplémentaires à Rome. Il a prononcé, comme il se doit, quelques petites phrases de circonstance en Angola, mais rien de plus. Pour ceux qui savent lire les symboles vaticans séculaires, c’est un geste plus qu’évident.

Ce distacco symbolique est très évident dans d’autres aspects que nous avons déjà abordés à l’occasion : l’utilisation de la mozetta, de la surmanche et des armoiries sur la ceinture ; la préférence pour de beaux ornements ; l’utilisation d’un véhicule adapté à son rang lors de ses déplacements ; le retour au Palais apostolique ; le jour de repos hebdomadaire à Castel Gandolfo et la réouverture du palais comme résidence, entraînant la fermeture du musée que Bergoglio y avait installé, et bien d’autres choses encore. Et la Curie, comme il se doit, s’est rapidement habituée à ces nouveaux rythmes.

La photo ci-dessus est très éloquente à cet égard : dans les deux cas, le pontife est photographié aux côtés des supérieurs et des élèves de l’Académie pontificale ecclésiastique ; François en 2021 et Léon en 2026. Il n’est pas nécessaire de commenter les changements.

Certains ont dit que s’attarder sur ces détails constituait un « outrage à l’intelligence ». Je crois que ne pas s’y attarder est un outrage aux principes et aux coutumes les plus élémentaires, non seulement de la Curie vaticane, mais de toute monarchie. D’autres disent qu’il « nous a achetés [nous, les modérés, comme on nous qualifie] avec un chiffon rouge », en référence à la mozetta. Encore une fois, je pense qu’il s’agit d’une méconnaissance du pouvoir réel que possèdent les symboles et du langage qu’ils expriment, un langage, il est vrai, qui est « réservé aux initiés », et que les initiés ont su déchiffrer immédiatement. D’autre part, si ce retour aux usages et coutumes de l’Église romaine, qui avaient été abandonnés avec mépris par François, n’avait pas été repris par Léon, ils auraient déjà été perdus à jamais.

il continue à rabâcher le refrain du changement climatique. L’image de sa bénédiction d’un bloc de glace était ridicule et il s’en est sûrement rendu compte lui-même. Pourquoi, alors, l’a-t-il fait ?

Il faut également dire que le pape Léon nous a réservé plusieurs déceptions, certaines causées par son progressisme théologique et d’autres par son incapacité ou sa faiblesse à briser les structures, c’est-à-dire par son caractère trop institutionnel. L’un des cas les plus flagrants, à mon sens, est qu’il n’ait pas reçu en audience le P. Davide Pagliarani, supérieur de la FSSPX, et qu’il ait désigné le cardinal Víctor Fernández comme interlocuteur dans cette affaire. Il est vrai que, depuis l’époque de Paul VI, c’est toujours le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi qui a été chargé de la « question Lefebvre », mais il est également vrai que, même si Tucho n’est pas le pire candidat, il est certainement le plus irritant. Le Pape aurait très bien pu désigner un autre interlocuteur avec des instructions précises pour éviter les ordinations et l’excommunication.

Le pape François a nommé Mgr Athanasius Schneider comme visiteur du séminaire de la Fraternité, et a reçu plus d’une fois Mgr Bernard Fellay en visite privée. Pourquoi Léon n’a-t-il pas fait quelque chose de similaire s’il recherche réellement l’unité de l’Église ?

D’autres faits très discutables à mon sens sont :

  1. Qu’il ait accepté d’autoriser la promulgation du document Mater populi fidelis. Je n’ai pas d’objections théologiques à ce document, car je ne suis pas partisan d’attribuer des titres à la Très Sainte Vierge qui, en tant que Mère de Dieu, réunit en elle-même le titre le plus digne et le plus complet qu’une créature puisse atteindre. Mais il s’agissait d’un document inutile et inopportun, dû exclusivement aux caprices hystériques que le cardinal Fernández traîne depuis l’époque où il était professeur à Buenos Aires. Le pape Léon n’a-t-il pas pris conscience de la réaction et du tort que cela susciterait ?
  2. Les nominations épiscopales aux États-Unis qui, si l’on en croit la presse, ont davantage une visée politique qu’ecclésiale. Il est vrai que tout au long de l’histoire de l’Église, on a recouru à ces moyens à maintes reprises pour favoriser ou entraver l’action politique d’un monarque, mais si nous sommes si modernes et libéraux, cette coutume pourrait être abandonnée.
  3. Des gestes maladroits qui sèment la confusion. Par exemple, peu après avoir mis en garde en Afrique contre les dangers des religions païennes, il reçoit au Vatican Mme Sarah Mullaly, prétendue archevêque de Cantorbéry. Il est vrai que, comme nous l’avons dit ici, il s’agit d’une laïque plutôt que d’un laïc, comme c’était l’usage sous les pontificats précédents, et il est vrai aussi que le cardinal Koch a affirmé catégoriquement que le Vatican ne reconnaît pas et ne reconnaîtra pas les ordres anglicans. Pourquoi, alors, la Maison pontificale n’a-t-elle pas établi un code vestimentaire demandant à Mme Mullaly de se présenter vêtue de noir et non déguisée en évêque ? Des maladresses qui suscitent le scandale.
  4. Je ne peux oublier la terrible gaffe de septembre 2025, lorsqu’il a déclaré : « Celui qui dit « Je suis contre l’avortement, mais pour la peine de mort » n’est pas vraiment pro-vie. Celui qui dit « Je suis contre l’avortement, mais je suis d’accord avec le traitement inhumain des immigrés aux États-Unis », je ne sais pas si c’est être pro-vie ». Il est vrai que lorsqu’on lui a fait remarquer la gravité de ses déclarations faites à tort et à travers à la sortie de Castelgandolfo, il a tenté d’éviter les embuscades médiatiques et, lorsqu’il n’a pas d’autre choix, il donne des réponses parfaitement mémorisées, mais ce qu’il a dit, il l’a dit, et cela montre un aspect assez problématique de sa pensée et révèle une inquiétante lacune théologique.
  5. Il est vrai qu’au cours des dernières semaines, le pape Léon a précisé que « le Saint-Siège s’est déjà entretenu avec les évêques allemands » au sujet des bénédictions de couples irréguliers, et il a également déclaré que « nous ne sommes pas d’accord avec la bénédiction formelle des couples homosexuels… au-delà de ce que le pape François a spécifiquement autorisé en disant que toutes les personnes reçoivent la bénédiction ».
  6. Et il est vrai qu’il a ordonné la publication d’une note de 2024 du dicastère pour la Doctrine de la Foi interdisant un rituel de bénédiction des couples irréguliers. Mais il pourrait se montrer un peu plus ferme et catégorique à l’égard de Fiducia supplicans.Je ne lui demande pas de brûler le document sur la place Saint-Pierre, ce qui serait la chose à faire, mais il pourrait au moins démettre le cardinal Fernández de ses fonctions. Ce serait un signe plus qu’éloquent, de ceux qu’il aime.
  7. Bien que d’une manière beaucoup plus modérée, il continue à rabâcher le refrain du changement climatique. L’image de sa bénédiction d’un bloc de glace était ridicule et il s’en est sûrement rendu compte lui-même. Pourquoi, alors, l’a-t-il fait ?

Bref, on pourrait ajouter plusieurs autres points blancs et beaucoup de points noirs. L’important, je crois, est de se rappeler qu’il n’est au pouvoir que depuis à peine un an, et qu’un an, c’est très peu de temps au rythme d’une Église bimillénaire.

Dóminus conservet eum, et vivíficet eum, et beatum fáciat eum in terra, et non tradat eum in ánimam inimicorum eius.

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