Depuis son élection, les médias annoncent la publication par Léon XIV d’une encyclique sur l’IA. La reliant idéalement au nom choisi par le nouveau pape, en référence à l’encyclique (mais la 14ème !!!) Rerum Novarum de Léon XIII (1893).
Mission accomplie. L’encyclique sera présentée le 25 mai prochain, en présence du pape lui-même – ce qui est inhabituel.
Le sujet est certes d’une importance capitale pour l’ensemble de l’humanité, catholiques ou non (précision importante), et Benoît XVI s’y serait probablement lui-même attelé. Rappelons toutefois que ses deux premières encycliques, Deus Caritas es (2005) et Spe Salvi (2007) traitaient respectivement d’un des piliers de la foi (Dieu est amour) et de l’espérance chrétienne en relation avec la foi, et que le Saint-Père avait attendu 4 ans (2009) avant de publier sa grande encyclique sociale Caritas in veritate ,
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La priorité du pape n’est-elle pas de confirmer ses frères catholiques dans la foi? D’autres préoccupations gravissimes pour L’Eglise n’étaient-elles pas à traiter d’urgence, en tout cas avant celle-là? Et le sujet, d’une extrême complexité, dont personne n’a vraiment une vision d’ensemble, n’aurait-il pas mérité d’être plus longuement mûri?
Sans compter que sur la liste des participants à la présentation (en attendant celle des contributeurs) plane la grande ombre de Bergoglio. De quoi craindre le pire.
J’oubliais un détail: les exégètes auto-proclamés vont très probablement nous infliger des résumés et des commentaires… fabriqués par… l’IA (moins utilisée pour les précédentes encycliques), à laquelle tout le monde a désormais accès.!! Un cas inédit de phénomène récursif qui mérite réflexion.
Je laisse le pape libre de se consacrer à ce qu’il veut, bien sûr. Mais sommes-nous sûrs que, du point de vue de l’Église catholique, aujourd’hui, l’intelligence artificielle soit une priorité ?
Que l’algorithme soit avec vous ! La première encyclique de Léon XIV et les priorités de l’Église
Les églises (à l’exception de celles où l’on célèbre le rite ancien) se vident, les fidèles se font rares, les mouvements religieux agonisent, l’Église perd de sa crédibilité, les gens ont oublié les dix commandements, les hérésies se répandent, les catholiques sont persécutés dans de nombreuses régions du monde, la foi en la Présence réelle est un souvenir de plus en plus lointain, et que fait le pape ? Il consacre sa première encyclique à l’intelligence artificielle.
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Je laisse le pape libre de se consacrer à ce qu’il veut, bien sûr. Mais sommes-nous sûrs que, du point de vue de l’Église catholique, aujourd’hui, l’intelligence artificielle soit une priorité ?
Il est clair que le problème existe et que la parole du pape à ce sujet pourra aider à comprendre le phénomène. Mais le vicaire du Christ, au fond, ne devrait-il pas avoir à cœur, surtout en ce moment, d’autres petites questions ? Du genre « lesquelles » ? Eh bien, je dirais par exemple la crise des vocations, l’épuisement de la vie religieuse, la baisse progressive de la participation à la messe, la fin de l’idée que le salut ne se trouve que dans l’Église catholique.
Et que dire des relations internes, entre catholiques ? La division est totale et les fractures de plus en plus profondes, à tel point qu’il peut arriver que des frères dans la foi ne se comprennent plus. Et pourtant, le pape s’occupe d’intelligence artificielle. Penserait-il qu’à travers un système informatique, il sera possible de recommencer à se parler et à se comprendre ? Ou aurait-il trouvé l’algorithme qui répond à tous les problèmes ?
L’encyclique a été signée par le pape à l’occasion du 135e anniversaire de « Rerum novarum » de Léon XIII, et tous de commenter : voyez le lien très clair entre le document qui a fondé la doctrine sociale de l’Église et celui qui devrait fonder sa doctrine dans le domaine technologique.
Oui, mais il y aurait un petit détail à ne pas sous-estimer. « Rerum novarum » n’était pas la première des quatre-vingt-six encycliques de Léon XIII, mais la quatorzième. Et de quels sujets papa Pecci s’est-il occupé avant d’en arriver à la quatorzième ? Eh bien, de petites choses comme l’Église de Dieu et le salut des âmes, les dangers liés à la propagation de la « secte de ceux qui, sous des noms divers et presque barbares, se disent socialistes, communistes et nihilistes », la « connaissance plus précise et plus large des choses que l’on croit », la « compréhension plus limpide des mystères de la foi », le mariage catholique, l’évangélisation des peuples slaves, l’aide aux missions sacrées, les ennemis de l’Église en Italie, etc. En somme, Léon XIII a certes remodelé la doctrine sociale, mais il s’est d’abord attaché à consolider les fondements métaphysiques, théologiques et moraux de la foi. Et c’était une époque où ces fondements étaient infiniment plus solides qu’ils ne le sont aujourd’hui.
Léon XIV, en revanche, donne l’impression de commencer à construire par le toit. Ce qui lui vaudra sans doute les applaudissements du monde, mais posons-nous la question : avons-nous vraiment besoin, nous catholiques, d’une analyse, aussi précise soit-elle, de l’intelligence artificielle ? De plus en plus désorientés, de moins en moins affermis dans la foi, n’aurions-nous pas besoin d’autre chose en cette période si troublée et après un pontificat, celui de Bergoglio, dévastateur sur le plan doctrinal, moral et théologique ?
Le 25 mai aura lieu la présentation, et il suffit de parcourir la liste des intervenants pour avoir une crise d’urticaire. Dans l’ordre : l’incroyable signor préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, Tucho Besame Mucho ; le cardinal jésuite Michael Czerny, préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral et proche de Bergoglio ; Anna Rowlands, professeure de « Théologie politique et éthique théologique des migrations humaines », qui a contribué en tant que conseillère de confiance à la rédaction de « Fratelli tutti » de Bergoglio ; Christopher Olah, cofondateur de la société d’intelligence artificielle Anthropic et athée convaincu. Enfin, Leocadie Lushombo, professeure de « Théologie politique et pensée sociale catholique » à la Jesuit School of Theology de l’université de Santa Clara en Californie, une chercheuse surtout connue pour avoir collaboré avec Bergoglio sur les thèmes de la justice sociale. Le secrétaire d’État Parolin clôturera les interventions et, pour finir, Léon XIV donnera sa bénédiction.
Apparemment, il n’y aura pas d’androïdes. Mais qui peut le dire ?
Ah, au fait. Savez-vous ce que disait Philip Dick, l’auteur, entre autres, de «Do Androids Dream of Electric Sheep? / Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » (le roman qui a inspiré « Blade Runner », centré sur les frontières entre l’humanité et l’intelligence artificielle) ? Il disait que « l’outil fondamental pour manipuler la réalité est la manipulation des mots ».
Méditez, mes amis.
Et que l’algorithme soit avec vous !

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