Le curieux CV du secrétaire personnel de Léon XIV

3 Sep 2026 | Actualités

La nouvelle, dérangeante, est sortie dans la plus grande discrétion, elle est issue d’une biographie très favorable au Pape et a été relevée par InfoVaticana: son secrétaire personnel était un disciple du curé de Chiclayo accusé d’abus sexuels que Rome s’efforce d’étouffer.
On pourra objecter que c’est un simple ragot malveillant et que peut-être même, les intentions de l’ex-Mgr Prevost étaient bonnes. Mais je ne peux m’empêcher d’imaginer le scandale planétaire qui aurait éclaté si à la place de Léon XIV, on avait Benoît XVI, et à celle de l’abbé Rimaycuna (le secrétaire actuel) on avait Georg Gänswein. Là, silence radio. Tout va bien. Décidément, le climat de bienveillance éditoriale qui entoure la papauté depuis François et que nous évoquions ici avant-hier (cf. Scandale Epstein étouffé, pilori pour Benoît XVI: l’insupportable deux poids deux mesures) n’est pas un fantasme complotiste. Et ce n’est pas forcément un bon signe pour le pape. Encore moins pour l’Eglise.

Le secrétaire personnel de Léon XIV était un disciple de « Lute », le curé de Chiclayo accusé d’abus sexuels sur lesquels Rome refuse d’enquêter

INFOVATICANA
2 septembre 2026

Edgard Rimaycuna, secrétaire personnel de Léon XIV, est un disciple du père Eleuterio Vásquez, « Lute », le prêtre de Chiclayo accusé d’avoir abusé de mineurs prépubères âgés de 9 et 11 ans.

Cette information, jusqu’ici inédite, ne provient pas d’un média critique à l’égard du Souverain Pontife : elle est tirée d’El pastor y los lobos, l’ouvrage de Santiago Roncagliolo rédigé à partir de sources issues du milieu papal et ouvertement élogieux envers Léon XIV.

Cette révélation place le plus proche collaborateur du pape dans l’entourage du prêtre dont l’affaire — instruite sous l’égide de l’évêque de l’époque, Robert Prevost, dans le cadre d’une enquête que l’Église elle-même qualifie de « farce » — reste encore en suspens, après qu’une dispense de l’état clérical a tenté de mettre fin à la procédure canonique.

L’écrivain péruvien Santiago Roncagliolo vient de publier El pastor y los lobos , une chronique de l’ascension de Robert Prevost jusqu’au pontificat que l’auteur lui-même présente comme l’histoire d’un évêque qui s’est attaqué aux abus au sein de l’Église péruvienne.

Ce n’est pas un livre hostile au pape : Roncagliolo reconnaît que l’une de ses principales sources est la journaliste Paola Ugaz, proche collaboratrice de Prevost dans l’enquête sur le Sodalicio [Sodalitium Christianae Vitae, « Sodalité de vie chrétienne » société de vie apostolique de droit pontifical fondée au Pérou en 1971 et dissoute par le Vatican en avril 2025 à la suite de scandales d’abus sexuels, ndt] et, avec Pedro Salinas, l’une des voix qui défendent publiquement avec le plus de vigueur la gestion du Souverain Pontife.

C’est précisément pour cette raison que l’information que le livre laisse échapper, presque en passant, et qui n’avait jusqu’à présent pas été rendue publique, est d’autant plus surprenante : Edgard Rimaycuna, le secrétaire personnel de Léon XIV, est un disciple du père Eleuterio Vásquez González, « Lute », le prêtre de Chiclayo accusé d’avoir abusé de mineurs prépubères, dans une affaire dont l’instruction, sous l’autorité de l’évêque Prevost de l’époque, a été qualifiée par l’Église elle-même de « farce ». Une affaire toujours en cours et que l’Église semble déterminée à ne pas résoudre.

Ce que dit le livre

En racontant la relation entre l’évêque Prevost et le père Lute — à l’époque le prêtre le plus populaire du diocèse, promoteur de la dévotion au Niño del Milagro de Eten —, Roncagliolo écrit :

« Le fait de lutter ensemble a beaucoup rapproché l’évêque et le père. Le père Lute le tenait informé de tout ce qu’il faisait. Et l’évêque Prevost était fier de ses succès. Lute a présenté cinq mille témoignages de personnes guéries, aidées ou sauvées par le Niño del Milagro. Il en a obtenu vingt mille, que Prevost a remis au pape François en 2019. Dans le même temps, Prevost comptait sur la popularité de Lute pour évangéliser et susciter des vocations sacerdotales. Une fois devenu pape, il aurait fait venir au Saint-Siège, en tant que secrétaire particulier, un disciple de Lute, Edgard Rimaycuna ».

Ce passage est doublement significatif. Premièrement, parce qu’il atteste d’une relation de confiance étroite et de collaboration entre Prevost et Lute — « le père Lute l’informait de tout ce qu’il faisait », « l’évêque Prevost était fier de ses succès » — au cours des années ayant immédiatement précédé les plaintes déposées par les victimes contre le prêtre auprès de Prevost lui-même, en avril 2022. Deuxièmement, parce qu’il place dans ce cercle, en tant que disciple de l’accusé, la personne qui partage aujourd’hui le quotidien du Souverain Pontife : son premier secrétaire personnel.

Le prêtre qui fabriquait des vocations

Pour comprendre la portée du mot « disciple », il faut comprendre qui était Lute dans le diocèse de Chiclayo. Ce n’était pas un curé comme les autres : c’était, de loin, le prêtre le plus charismatique et le plus populaire de Lambayeque. Le « Père du Niño », l’homme qui remplissait les églises, qui mobilisait les foules derrière le Divin Enfant du Miracle, qui mettait en place des cantines et des sanctuaires, qui recueillait vingt mille témoignages de foi. Un prêtre au style direct et entraînant, toujours entouré d’enfants et de jeunes, à qui les familles ouvraient les portes de leur maison sans aucune réserve.

Et il est vrai — tout le milieu diocésain le reconnaît — que ce charisme a porté ses fruits sur le plan des vocations : Lute a poussé de nombreux jeunes de ses paroisses vers le séminaire. Il le faisait comme il faisait tout : en intervenant de manière très directe auprès des familles, en parlant aux parents, en accompagnant personnellement le discernement des jeunes qui se distinguaient au sein de ses groupes paroissiaux. C’était, exactement, ce que décrit le livre : l’homme sur la popularité duquel Prevost « comptait » « pour évangéliser et susciter des vocations sacerdotales ». C’est dans ce contexte qu’il faut replacer l’affiliation de Rimaycuna : tout comme d’autres jeunes du même profil — assidus, dévots, ayant grandi dans les paroisses où Lute exerçait son magistère informel —, il a très probablement été encouragé et poussé vers le séminaire à cette époque par le prêtre aujourd’hui mis en cause.

Cette forme d’intermédiation directe avec les familles présente toutefois un revers sinistre, mis en évidence dans le dossier lui-même : c’était ce même mécanisme de confiance qui, selon les plaintes, permettait à Lute d’emmener des fillettes prépubères à la montagne.

Comme l’a raconté Ana María Quispe à Canal N, le père Lute « était un très bon ami de sa famille » et son statut religieux « lui a permis de convaincre les parents » afin que la fillette l’accompagne dans une mission située à cinq heures de Chiclayo. Cette même influence sur les familles qui ouvrait les portes du séminaire à certains ouvrait à d’autres la voie vers Cueva Blanca.

Qui est Edgard Rimaycuna

Edgard Iván Rimaycuna Inga (Chiclayo, 1989) est secrétaire personnel de Léon XIV depuis le 8 mai 2025, au lendemain de l’élection.

Ordonné prêtre à Chiclayo en novembre 2014, il a célébré sa première messe dans la paroisse San José Obrero de La Victoria, ce même milieu paroissial où les victimes situent une partie des faits dénoncés et où Lute lui-même avait exercé en tant que curé. En novembre 2025, le Pape le nomme aumônier de Sa Sainteté, l’intégrant ainsi à la famille pontificale. Il accompagne Léon XIV lors de son récent voyage apostolique en Espagne et, en ce mois d’août même, il est accueilli en grande pompe à Chiclayo, où il passe ses vacances. Il est, en somme, la personne la plus proche du Pape au quotidien au sein du Saint-Siège.

Le disciple en tant que témoin

Les révélations du livre n’imputent rien à Rimaycuna. Mais elles le placent là où personne ne l’avait encore placé jusqu’à présent : dans le cercle intime d’un prêtre dont la vie pastorale quotidienne — celle qu’un disciple partage par définition — est précisément ce que le procès canonique n’a jamais réussi à reconstituer.

Car ces pratiques n’étaient pas clandestines. Selon les plaintes, Lute emmenait des fillettes prépubères — âgées de neuf à onze ans — dans des villages de montagne de Lambayeque, à plusieurs heures de chez elles, et passait la nuit seul avec elles dans une petite chambre de Cueva Blanca, en présence de chauffeurs, de catéchistes et de fidèles qui servaient de témoins de ces déplacements. Les victimes décrivent avec précision l’un de ces témoins : le chauffeur qui conduisait le prêtre lors de ces voyages, un collaborateur de la paroisse de San José — facilement identifiable — qui dormait dans la voiture tandis que le prêtre passait la nuit avec les fillettes dans la pièce où se produisaient les abus extrêmement graves dénoncés.

L’enquête menée sous la direction de Mgr Prevost a été si superficielle qu’on n’a même pas tenté de rechercher et d’identifier cette personne, une démarche que les victimes réclament expressément au Dicastère pour la Doctrine de la Foi, qui, à ce jour, les ignore avec une passivité inhabituelle. Ana María Quispe Díaz, la victime qui s’exprime publiquement, dénonce en outre qu’« il existe des témoins qui ont déclaré publiquement aux médias qu’il emmenait fréquemment d’autres enfants dans la même pièce » où se sont produits les abus dénoncés, affirmation également étayée par des témoignages télévisés. Les voyages « missionnaires » du prêtre le plus populaire du diocèse, en compagnie de mineurs et avec nuitée, étaient connus de son entourage paroissial.

C’est dans ce milieu que le livre situe Rimaycuna.

Personne ne peut affirmer ce qu’un séminariste de cette époque a vu ou n’a pas vu, et ce journal ne le fera pas. Ce que l’on peut constater est plus simple : celui qui a grandi, tant sur le plan pastoral que vocationnel, aux côtés de Lute connaît ce monde de l’intérieur, et est donc l’un des témoins les mieux placés pour aider à reconstituer ce que l’enquête ecclésiastique n’a jamais réussi à reconstituer. À une époque où tant d’institutions religieuses paient le prix de ne pas avoir su voir à temps ce qui se passait autour de leurs figures charismatiques, ce témoignage de première main aurait aujourd’hui une valeur inestimable pour les victimes. Ce serait un geste qui ferait honneur au secrétaire du Pape — et au Souverain Pontife lui-même — que de le mettre au service de la clarification d’une affaire que Rome préfère attribuer à des complots.

Une affaire en suspens que l’Église ne résout pas

En avril 2022, les victimes ont dénoncé à Prevost les abus subis par des fillettes aux mains du père Lute. L’instruction relative à cette plainte est rejetée par l’Église elle-même : le délégué ecclésiastique chargé de l’affaire, le canoniste Giampiero Gambaro, admet auprès des victimes, le 23 avril 2025, que l’enquête menée sous la responsabilité de Prevost est « une farce », « très mal menée », comportant « de nombreuses erreurs » et faisant preuve de « beaucoup de superficialité », et que « pratiquement rien n’a été demandé » à l’accusé. Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi va jusqu’à classer le dossier en invoquant la prescription civile péruvienne, un argument que Gambaro lui-même qualifie de « très étrange ».

La procédure, cependant, n’est pas pour autant classée : Lute demande la dispense de l’état clérical et Léon XIV la lui accorde le 15 septembre 2025, une décision par laquelle on prétend mettre fin à la procédure pénale canonique qui devait faire la lumière sur les faits. Une prétention qui, selon de hautes sources judiciaires du Vatican consultées par InfoVaticana, est sans fondement : la dispense n’éteint pas la procédure. Indépendamment du fait que l’auteur des faits passe à l’état laïc, rien n’empêche — et tout y incite — que l’enquête se poursuive en vue de la clarification des faits et de la réparation des victimes. C’est exactement ce que celles-ci continuent de réclamer, par des courriers et des démarches persistantes, auprès des autorités ecclésiastiques qui, pour l’instant, ne réagissent pas. Les victimes dénoncent que cette décision les laisse « sans défense », réclament au Dicastère pour la doctrine de la foi les mesures les plus élémentaires qui n’ont jamais été prises et annoncent des actions canoniques contre les responsables des négligences, à commencer par « le premier responsable de l’affaire, l’évêque Robert Prevost ». À ce jour, ni la vérité n’a été établie, ni la réparation promise n’a été accordée.

Les questions soulevées par le livre

La révélation de Roncagliolo — soulignons-le, un auteur favorable au pape et s’appuyant sur des sources en qui celui-ci a une confiance absolue — oblige à poser des questions dérangeantes. Si l’entourage même du Souverain Pontife considère comme allant de soi que son secrétaire personnel soit un disciple de Lute, dans quelle mesure cette proximité personnelle et affective du cercle papal avec le prêtre mis en cause pèse-t-elle dans la gestion de l’affaire ? A-t-elle un rapport avec le fait que Prevost n’ait jamais suspendu l’accusé de la célébration publique de la messe, et avec les lacunes de l’enquête préliminaire que l’Église elle-même reconnaît ?

Le livre dépeint un Prevost « fier » des succès de Lute, qui apporte au Vatican vingt mille témoignages de sa dévotion et qui « comptait sur la popularité de Lute pour évangéliser et susciter des vocations sacerdotales ». L’une de ces vocations nées dans l’ombre du prêtre d’Eten travaille aujourd’hui dans le bureau voisin de celui du pape, tandis que l’affaire de ses victimes se poursuit sans vérité, sans justice et sans réparation.

Rien de tout cela n’avait été raconté jusqu’à présent. C’est paradoxalement un livre écrit pour présenter Léon XIV comme le berger qui a affronté les loups qui en fait le récit.

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