Le Pape en France: un basculement? Peut-être, mais sûrement pas « un triomphe »

29 Sep 2026 | Actualités

(Mise à jour le 30/9) J’y étais. Comme messine, et catholique, il aurait été impensable que je n’aille pas « voir le Pape ».

A Metz, la foule m’a semblé immense, et l’enthousiasme réel.

Mon sentiment est pourtant mitigé.

C’est indubitablement un succès, le pape (vu de loin, comme dans mon cas) dégage un authentique rayonnement personnel, et la déconfiture de Macron, sèchement remis à sa place est un motif de satisfaction.

Mais les réactions des médias, étrangement élogieux (méfiance…) , brouillent le message en le minimisant et en le banalisant. On a beaucoup entendu, par exemple, les mots« parenthèse magique », les mêmes mots exactement qui ont salué les JO de 2024. Or, on ne peut pas mettre sur le même plan un simple divertissement et un événement (qui devrait être) de portée spirituelle.

L’autre fait remarquable, c’est la différence avec le traitement réservé à Benoît XVI en 2008. Cette fois, il a été complètement oublié, dans les médias, mais aussi dans la perception populaire (et même dans les discours du Pape qui a évité de prononcer son nom, même s’il a puisé dans son magistère, notamment le fameux discours des Bernardins, sur les racines chrétiennes de la France), si j’en juge par les propos recueillis auprès de mes voisins d’attente: comme si l’on était passés directement de Jean-Paui II à François: « Benoît XVI, connais pas » . C’est pour moi un motif d’amertume. J’y reviendrai.

Quant aux messages du Pape Léon, les médias, qui ne les ont probablement pas lus, ont gardé (seulement) une phrase-choc, scandée avec force, un peu comme le « n’ayez pas peur » de Jean Paul II: « tout ce qui est légal, n’est pas moral » .
On ne peut qu’y souscrire, et la façon de les prononcer a certainement renforcé leur impact, mais le pape a évidemment dit beaucoup d’autres choses, y compris discutables, comme son éloge inopportun des acquis de la Révolution. C’est pourtant ce que les gens retiendront, en plus de « sa simple présence », comme le dit le père Jean François Thomas. Lequel, sur CNews, dans son beau commentaire de la messe « géante » des Champs Elysées le 26 septembre, voit un basculement:

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Je pense que nous vivons un basculement – un basculement en ce qui concerne la place du catholicisme dans la société française.
Il y a eu toute une période, depuis 1960, où la mode fut l’enfouissement, l’invisibilité. On assiste à un phénomène inverse
Et ce phénomène ne provient pas d’abord de la hiérarchie ou du clergé, dont je fais partie. Non, cela vient des fidèles laïques. On voit cet enthousiasme qui n’est pas simplement un enthousiasme épidermique. Non, là c’est une ferveur qui est intérieure.
Certes, il y a eu des manifestations extérieures, mais là, on voit que c’est plus profond. On voit que les Français, toutes croyances ou incroyances confondues,attendent quelque chose de ce passage, et plus encore que les mots que le pape peut prononcer, je pense que c’est sa simple présence qui peut changer les choses.

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https://lesalonbeige.fr/nous-vivons-un-basculement-concernant-la-place-du-catholicisme/

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Peut-être… Seul l’avenir pourra le confirmer.

Je vais conclure provisoirement en reprenant cette réflexion de Leonardo Lugaresi. Elle corrige l’enthousiasme médiatique suspect, et je la fais mienne sans hésiter.

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La notion même de « triomphe » est inappropriée à l’histoire de l’Église

A propos du Pape en France

Le voyage du pape en France a été un événement important : il l’a été pour ce qu’a dit Léon XIV, pour la manière dont il a mené cette visite et surtout pour l’accueil que lui ont réservé les catholiques français – qui existent bel et bien ! –, mais aussi pour l’attention et l’intérêt qu’il a suscités chez des millions d’autres Français qui ne sont pas catholiques.

Ce n’était pas (et cela ne pouvait / ne devait pas être) un triomphe, comme certaines réactions enthousiastes de ces dernières heures le décrivent.

La notion même de « triomphe » est inappropriée à l’histoire de l’Église. Le procès de Jésus, que le monde lui a intenté, ne s’est pas achevé devant Pilate ni même au lendemain de la résurrection : il se poursuit chaque jour à l’encontre de ses témoins, jusqu’à la fin de l’histoire, lorsque Lui, le véritable juge, viendra y mettre un terme. L’issue est certaine, la cause est gagnée, mais l’interrogatoire dramatique des témoins se poursuit jusqu’à la parousie.

Des événements tels que la visite du pape Léon en France démontrent que le témoignage chrétien est indissociable de l’histoire ; ils n’annoncent pas une « reconquête catholique », un « triomphe du christianisme » qui n’est pas en vue.

Ayant un certain âge, je me souviens très bien des innombrables enthousiasmes suscités par l’extraordinaire activité pastorale de saint Jean-Paul II lors de ses voyages apostoliques à travers le monde, et je peux les considérer avec le recul qu’exigent le temps écoulé et tous les événements qui ont suivi. Un recul, si l’on veut, qui peut s’étendre à toute l’admirable activité déployée par les grands papes du dernier siècle et demi, qui reste admirable, mais n’a produit aucun « triomphe ».

Quant au pontificat du prédécesseur de Léon XIV, je constate que, parmi tant de fruits que je me limite, par autocensure, à qualifier de problématiques, il m’en a laissé (peut-être involontairement, mais certainement de manière providentielle) un bon : il m’a vacciné contre le papisme, qui est une dangereuse dégénérescence du catholicisme.

Depuis le 8 mai 2025, je me réjouis et je remercie Dieu chaque jour car le pape est assurément catholique : cela suffit amplement. J’essaie d’écouter et de suivre, du mieux que je peux, ce qu’il enseigne, j’obéis à son autorité et je ne me soucie de rien d’autre. Je ne m’attends pas à ce qu’il résolve la crise de l’Église ni les problèmes du monde. Je souhaite seulement qu’il témoigne, comme il le fait, de la foi en Jésus-Christ, unique Sauveur de l’homme. Je le répète : c’est tout, et c’est amplement suffisant.

Mots Clés: Léon en France

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